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La folle semaine de Kerviel et Bouton

La place financière parisienne a tremblé le 18 janvier dernier. On apprenait ce jour-là qu’un homme de 31 ans, trader de son état, était à l’origine d’une perte abyssale de 4,9 milliards d’euros à la Société Générale. Opérations frauduleuses. Dissimulations d’informations. En pleine crise boursière due aux subprimes américaines, l’annonce ne pouvait pas plus mal tomber. Après le choc et les commentaires, l’Affaire Kerviel a pris un nouveau tournant la semaine dernière avec la mise en examen de « l’Homme qui valait cinq milliards » et le renouvellement de confiance à celui qui n’a pas su (voulu ?) éviter cette perte, Daniel Bouton, PDG de la SocGén. Retour sur une semaine sans fin.

“C’est une grande victoire, mais ça n’est que justice”. Me Elizabeth Meyer, avocate de Jérôme Kerviel, se félicite devant une marée de journalistes, en ce lundi 28 janvier. Son client vient d’être mis en examen par la justice, mais laissé libre. Placé sous contrôle judiciaire par les juges Renaud Van Ruymbeke et Françoise Desset, Jérôme Kerviel peut enfin souffler, pour la première fois depuis dix jours.

Les juges ont décidé de ne pas suivre le parquet qui réclamait la détention provisoire du trader. Le breton de 31 ans, originaire de Pont-l’Abbé (Finistère), est tout de même poursuivi pour “faux, usage de faux, introduction dans un système de traitement automatisé de données et abus de confiance aggravé”. Un palmarès qui pourrait lui coûter jusqu’à sept années d’emprisonnement.

Jérôme Kerviel a décidé de coopérer avec la justice. Durant son interrogatoire, il avoue avoir voulu devenir un « trader d’exception » mais accuse sa hiérarchie d’avoir fermé les yeux. « Il n’a pas agi pour son profit direct et personnel. Il a agi comme un trader, dépassant certes les autorisations, mais pas pour spolier la banque par des opérations frauduleuses”, a ainsi indiqué le procureur.

Bouton maintenu

Toujours est-il que Kerviel fait tanguer le puissant patron de la banque française. Daniel Bouton ne se fait guère d’illusions sur son sort. Lundi matin, sur Europe 1, il explique que sa démission est toujours “sur la table”. Dans la journée, pour ne rien arranger, le Chef de l’Etat laisse entendre que son départ serait une bonne chose. Pourtant, mercredi, après cinq heures de réunion, le Conseil d’administration de la banque maintient à l’unanimité Bouton à son poste. Il faut dire qu’il tient les rennes de l’entreprise bancaire depuis une décennie et qu’il en a fait une puissante société financière. Un comité spécial chargé de superviser la gestion de la crise est, néanmoins, mis en place. Bouton reste donc à bord et adresse ses excuses, le soir même, en direct sur France 2. N’estimant pas être “sous surveillance”, il s’est présenté “en homme de devoir, qui accomplira son devoir”. Bouton, debout, mais pour combien de temps ? Il doit maintenant faire face à des accusations de délit d’initié portées à l’encontre de l’un de ses administrateurs, Robert Day. Celui-ci a cédé plus de 130 millions de titres dans les jours ayant précédé l’Affaire Kerviel.

La BNP aux aguets

C’est un rebondissement de plus qui fragilise la Société Générale, ternit sa réputation, et la rend vulnérable. En fin de semaine ce sont ainsi multipliées les rumeurs de rachat. Et la BNP Paribas a admis jeudi qu’elle réfléchissait à une offre sur la SocGén « comme tout le monde en Europe. » Le gouvernement français a, d’ailleurs, sous-entendu qu’il empêcherait qu’un repreneur étranger fasse main basse sur la SocGén. Un gouvernement qui avait chargé Christine Lagarde, ministre de l’Economie, de mettre en lumière les zones d’ombre de l’affaire. Hier, elle a rendu son rapport en main propre à François Fillon. «En ce qui concerne les contrôles, très clairement certains mécanismes de contrôles internes de la Société Générale n’ont pas fonctionné, et ceux qui ont fonctionné n’ont pas été toujours été suivis des modifications appropriées», a indiqué Christine Lagarde. Un rapport qui comme le reste de l’affaire est d’un flou parfait.