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Reportage : La Justice à visage découvert

On la dit lente ou expéditive. On pointe du doigt ses erreurs, jamais ses justes choix. La Justice française traverse une période de doutes. Pourtant, la Justice est toujours là, debout. Chaque jour, elle donne des réponses spécifiques à des erreurs précises. Dans l’indifférence générale. Dans la méconnaissance de tous. Plongée au TGI de Nanterre aux côtés d’un jeune Substitut passionné par son métier.

Il fait froid ce matin-là. Le soleil vient à peine de se lever qu’une longue file de silhouettes attend déjà près de la grille. Des dizaines de voitures passent à vive allure sans vraiment y faire attention. L’habitude probablement. Le Tribunal de grande instance (TGI) de Nanterre s’impose pourtant. Construit dans les années 1970, le TGI a cette particularité d’être non loin de la Défense et des quartiers sensibles des Hauts-de-Seine. Un département pas comme les autres, le plus riche de France. Pourtant, le tribunal est le second en importance derrière Paris. Autant dire que le lieu est très fréquenté.

D’un pas décidé, Michael Humbert, Substitut du procureur, se dirige vers l’entrée sécurisée du pôle administratif. Costume cravate, lunettes de vue noires, il m’ouvre les portes d’un lieu que la plupart d’entre nous méconnaît.

Originaire de Villiers-le-Bel dans la Seine-Saint-Denis, Michael Humbert - bientôt 30 ans - est issu de la classe moyenne. Mère secrétaire médicale, père commandant de police. Il est ce que l’on appelle un « substitut placé ». Placé en fait sous l’autorité du Procureur général de Versailles. Il peut ainsi travailler dans les tribunaux de Nanterre, Pontoise, Chartres et Versailles. D’ailleurs, le mois prochain, il fait ses cartons et quitte Nanterre pour Pontoise. « Ca évite de tomber dans la routine, c’est le pire des travers pour un magistrat », confesse-t-il. Le substitut placé vient en renfort dans les tribunaux où il manque du personnel. Tous les deux ans environ, le substitut doit donc changer de lieu de travail et de service. Mais Michael Humbert y voit des avantages : « J’ai une vision transversale du métier et de la procédure […] je comprends mieux les contraintes des autres services. » A son âge, c’est en effet une expérience inestimable. « En deux ans, j’ai travaillé dans quatre tribunaux et dix services. C’est un peu prétentieux, mais je connais du monde et c’est très utile pour débloquer une affaire délicate. » Il faut, en effet, savoir se démarquer pour réussir. A Nanterre, vingt-sept substituts travaillent sous l’autorité de Philippe Courroye, Procureur de la République nommé début mars. La concurrence est donc un fait.

Dire le droit et rappeler le civisme

Devant l’entrée, quelques robes noires grillent la clope matinale. Après un deuxième contrôle - où les ceintures sonnent cette fois-ci - le tribunal se dévoile enfin. A l’intérieur, pas de bavardages. Un hall des pas perdus. Il n’y a pas un moment où les talons ne résonnent sur le marbre blanc.

Michael Humbert fait partie de ces magistrats passionnés et passionnants. La vocation de la justice lui a été donnée par son père. Il voulait faire une école de comédie, mais son père lui a rétorqué : « Si tu veux faire de la comédie, va travailler dans la justice ! » Avec le recul, il s’en amuse : « On passe son temps à mettre en scène son travail, à faire des effets de manche vis-à-vis du public. »

Justement, le public attend. Vingt-cinq affaires devront être jugées ce matin. Les dossiers sous le bras, le cartable dans l’autre main, Michael Humbert enfile sa robe avec énergie. Dans moins d’un quart d’heure, il pourra changer le cours d’une vie. Il en est conscient. Il cite Montesquieu. « Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. » Le petit bureau qui lui est attribué est étonnamment bien rangé. Une bougie brûle. Quelques notes de musique classique résonnent. Deux posters sont accrochés, « je n’arrête pas de les décrocher », s’amuse le jeune magistrat à qui l’on fait changer de bureau dès qu’il change de service. Au quatrième étage du tribunal, la vue sur la banlieue parisienne est surprenante. Parfois, il faut savoir s’évader l’esprit… « Je travaille depuis une semaine sur une affaire de viols ». Une dizaine de tomes est en effet posés sur le sol. Forcément ça occupe. Michael Humbert se définit comme celui qui dit le droit et rappelle le civisme mais il aimerait que la justice soit plus simple. « Les politiques et les journalistes doivent avoir un rôle plus pédagogique. »

Orienter les enquêtes mais aussi requérir

Le métier de substitut est un des rouages essentiels dans le fonctionnement de la justice. Dans un TGI, il assiste le Procureur de la République. Sa mission est très variée, de l’infraction au suivi de la condamnation en passant par le procès, le substitut est présent d’un bout à l’autre du système judiciaire.

Le téléphone sonne. Une policière au bout du fil. Elle sollicite un conseil à propos d’une affaire complexe. Son commissaire a porté plainte contre l’auteur d’un blog sur lequel on trouve une photo. On peut y observer un sujet armé exposant un message insultant envers la police. Michael Humbert réfléchit. Directif et pédagogue, il tente de se remémorer l’affaire et rappelle la spécificité du droit de la presse et sa courte prescription. Son travail c’est aussi cela. Une permanence téléphonique grâce à laquelle il oriente les enquêtes des officiers de police judiciaire (OPJ). Il reçoit aussi par courrier une centaine de procédures par semaine. Certaines méritent une attention particulière avant de déclencher une enquête. D’autres sont des affaires mineures.

C’est l’heure. Etre substitut c’est aussi requérir aux audiences. Le substitut formule au président de la séance quelle condamnation demande le ministère public pour une affaire. « Le substitut est certes l’accusateur mais il fait un examen impartial des faits, c’est pour cela que j’admire le modèle français », explique Michael Humbert. Des dizaines de personnes attendent devant la Chambre située au rez-de-chaussée du tribunal. L’ambiance est lourde. Les justiciables sont venus en famille. Ils sortiront différents de cette petite salle austère. Du marbre blanc au sol. Des bancs inconfortables. Un officier de police se tient à l’entrée. Au cas où. Michael Humbert salue la foule. La rumeur du brouhaha n’en tient pas compte. A l’intérieur, la présidente, le greffier et l’huissier s’entretiennent déjà dans une petite salle adjacente.

« La justice est une ingrate »

A la barre, le jeune substitut démontre l’ampleur de son talent théâtral. Pendant ses réquisitions, il hôte ses lunettes et les tiens dans la main droite. Un tic probablement. Quand il requiert une peine, Michael Humbert se montre solennel et pédagogue. Debout, il parle d’un ton dur mais posé et veille aux mots qu’il emploie. Un jeune homme arrive à la barre, penaud. Arrêté au volant avec une bonne dose d’alcool et de cannabis dans le sang, il se défend en avouant fumer pour décompresser. La présidente lui rétorque : « Vous risquiez de vous décompresser tellement que vous auriez pu vous retrouver au Père Lachaise. » Les magistrats sourient. Les prévenus ne bronchent pas.

Michael Humbert aimerait qu’on le voit aussi comme celui qui peut donner une chance de repartir dans la vie. Mais il avoue : « Je doute tout le temps, j’ai toujours peur de faire une erreur ». Amer, il lance « la justice est une ingrate : la seule mauvaise décision que je prendrais effacera toutes les bonnes que j’aurais prises ».

Pourtant, le jeune magistrat qui postule pour devenir Juge d’application des peines, est lucide. « La vérité judiciaire n’est pas LA Vérité, mais une vérité. » Sur vingt-cinq dossiers, une grande majorité concerne des affaires de drogue, d’alcool au volant, d’outrage à agents, voire les trois en même temps. Le problème pour Michael Humbert c’est qu’auparavant les justiciables avaient peur de la police. Désormais, ils n’ont peur ni de la police ni de la justice. « La Justice ne doit pas être contre la société mais en adéquation avec elle », expose-t-il. « Je suis peut-être démagogique mais je crois qu’il faut aimer les gens pour faire ce métier. » Il lui reste encore plusieurs dossiers à régler avant de rentrer chez lui. Une fois que le juge d’instruction a traité une affaire, il doit clore le dossier avant que le Procureur ne rédige l’acte d’accusation.

Pour garder les pieds sur terre quand on exerce un tel métier, il faut savoir se libérer l’esprit pour ne pas perdre les repères, « 100 grammes de cannabis à Nanterre, ce n’est pas pareil qu’à Versailles. », admet-il. Il fait nuit noire dehors. Au loin, les fenêtres des immeubles scintillent. La Justice, beaucoup la détestent. Pourtant certains en sont fous amoureux. Peu importe au final, la Justice est de celles qui ne laissent personne indifférent.

Tracter pour « servir à quelque chose »

 

A trois mois des municipales de mars 2008, les militants socialistes sont déjà sur le pied de guerre dans le XIème arrondissement parisien. Le PS présente un candidat contre le maire sortant MRC. Portrait d’un jeune motivé par l’enjeu mais lucide.

C’est ce que l’on appelle une coïncidence. La nuit vient de tomber et le temps se rafraichit en ce mardi soir, Ambroise Solomon interpelle les parisiens du XIème arrondissement à la sortie du métro… Saint-Ambroise ! Un tract à la main, une pile dans l’autre bras, Ambroise sourit, distribue, remercie. Voilà dix ans qu’il a adhéré au Parti socialiste, c’était pendant la campagne législative de 97. « J’avais envie de servir à quelque chose » explique-t-il.

Chargé de communication dans une association, Ambroise – 30 ans - l’avoue volontiers « je suis entré au PS car mes parents étaient soixante-huitards ». Résolument ancré à la gauche du PS, Ambroise aimerait voir Benoît Hamon à la tête du parti l’année prochaine. Mais de préciser dans la foulée « je déteste la personnalisation du pouvoir ». Il est pourtant là une fois de plus, quelques minutes avant 20h, à « tracter » pour les municipales de mars prochain. Il soutient, en effet, la candidature de Patrick Bloche à la mairie du XIème. Cette année, il est même 21ème sur la liste du député socialiste. « Histoire de m’investir encore plus » confie-t-il.

Sur cette terre de gauche, tracter « c’est un vrai bonheur » admet le jeune militant, « je ne sais pas si on convainc beaucoup de monde, mais ça crée du lien » poursuit-il. Un bonheur qu’il nuance tout de même : « Parfois, des gens nous interpellent sur l’action du maire sortant ». Ambroise très critique sur l’action du PS lâche même que les plus virulents sont généralement de gauche. « Il faudrait quand même entamer un processus de rénovation au PS, mais vraiment à gauche » soupire Ambroise.

Toujours est-il qu’il prend son rôle bien à cœur. La députée socialiste de la circonscription passe encourager les militants. Les usagers de la ligne 9 se font de plus en plus rares. Mais, Ambroise a déjà repris son tas de tracts et le voilà qui court après deux jeunes. C’est toujours ça de gagné !

Duel à gauche dans le XIème ?

Georges Sarre, maire MRC du 11ème arrondissement parisien depuis 1995 est, à 72 ans, un irréductible. Alors qu’il pourrait se lancer dans un septième mandat s’il se présentait aux municipales de mars 2008, la tension s’exacerbe dans les rangs de la gauche du XIème. En effet, un accord a été signé le 9 décembre 2006. Ce dernier stipule que “le PS s’engage à ce que la tête de liste de la gauche aux élections municipales dans le 11e arrondissement de Paris soit désignée par le MRC”. Mais, Bertrand Delanoë ne l’entend as ainsi et a décidé de soutenir la candidature de Patrick Bloche (photo), député PS de Paris. Cet arrondissement facilement gagnable par la gauche pourrait donc être au printemps le théâtre d’un duel fratricide à gauche qui pourrait faire le jeu de la candidate UMP, Claude Annick-Tissot.

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