« Le journalisme d’investigation est un choix. De facto, il s’intéresse aux phénomènes extrêmes, à la marge de notre vécu quotidien. Il faut essayer de découvrir ce qui est caché par les autres journalistes. » Mohamed Sifaoui est d’emblée comme cela : franc et direct. C’est peut-être ce qui en fait un journaliste si controversé en France.
Arrivé en retard à la Conférence qu’il tenait, jeudi 10 janvier, à l’Institut Pratique de Journalisme, Mohamed Sifaoui, 40 ans, est de ceux que l’on croit prêt à tout. Réfugié politique en France depuis 1999, ce « musulman laïque et démocrate » (comme il se définit) a préféré quitté son Algérie natale pour continuer à faire son métier. Un métier qu’il aime profondément mais envers lequel il ne mâche pas ses mots : « Je pense qu’aujourd’hui en France s’installe une mentalité dans le milieu journalistique où l’on fait tout pour préserver son carnet d’adresses. »
Mohamed Sifaoui, lui, est un journaliste d’investigation qui ne se soucie guère de froisser ou pas ses contacts. Spécialisé dans l’islamisme et le terrorisme, il n’en est pas moins ouvert sur d’autres thématiques. Il a, par exemple, mené une enquête d’un an sur le milieu asiatique français pour le magazine - non moins critiqué - de TF1, « Le Droit de Savoir ».
Sa longue expérience du terrain lui confère un regard sur le métier de journaliste sur lequel il a longuement discouru pendant sa conférence. « Le journaliste doit donner une information honnête et complète au citoyen pour instaurer une relation de confiance » a, ainsi, expliqué M. Sifaoui. Une confiance qu’il est pourtant prêt à mettre en péril durant ses reportages. Il est, en effet, un adepte de la caméra-cachée. Soulignons qu’il n’a pas précisé ce qu’il pensait de cette méthode, d’un point de vue déontologique. Car pour lui, le journaliste ne doit rien caché au citoyen au risque de devenir « propagandiste » et non plus journaliste.
« Je suis pour la subjectivité, qu’il faut assumer » a-t-il poursuivi. Parole plutôt étonnante dans la bouche d’un journaliste avant d’expliquer qu’« il est normal qu’un journaliste puisse tout critiquer ». M. Sifaoui regrette, pourtant, que « personne ne critique la presse » en France et que le milieu des médias soit si corporatiste. Il illustre d’ailleurs sa pensée : « Un flic ne donnera jamais tort à un autre flic. Il y a un tel corporatisme dans les médias que l’on ne peut les critiquer. » Pour démontrer son opinion, il a pris l’exemple du pamphlet sur la rédaction de TF1 paru récemment : « si on est obligé de parler anonymement des médias, c’est grave ».
Le journaliste, également auteur de plusieurs ouvrages, a enfin prévenu son auditoire : « Il faudra se battre pour les questions d’indépendances journalistiques ». Il glisse aux étudiants intéressés par l’investigation que l’indépendance et le statut de free-lance ne sont pas négociables. « N’ayez pas peur de dire non » a-t-il conclu. Et de s’amuser de sa propre expérience : « on m’a toujours viré, je n’ai jamais pu démissionner ».