Posts Tagged ‘Conférence’

XXI, l’alternatif, s’invite dans la Presse française

« L’information grand format », c’est le concept de la nouvelle revue XXI, en vente depuis le 17 janvier dernier. Lancée par le grand reporter Patrick de Saint-Exupéry, XXI veut faire bouger les lignes. En congé sans solde du Figaro, Patrick de Saint-Exupéry, journaliste diplômé de l’IPJ et lauréat du Prix Albert-Londres est venu présenter son magazine – plutôt atypique - aux étudiants de l’IPJ mercredi dernier.

« Appelez-le comme vous le voulez : un journal, une revue, un magazine… Trouver un qualificatif, c’est comme se poser la question du sexe des anges » s’amuse Patrick de Saint-Exupéry en préambule de sa conférence.

À 44 ans, ce descendant d’Antoine de Saint-Exupéry s’est lancé dans un pari fou : créer une revue qui laisse place à « toutes les formes de récit ». « Il y avait en nous une volonté farouche d’éprouver le réel, de rassembler des récits de toutes catégories. », explique celui qui est également Rédacteur-en-chef de XXI. Un chiffre comme nom, en lettres romaines et sans signification particulière. « Peut-être XXIème siècle » avoue cet ancien de L’Express.

Refusant le formatage des reportages dans la presse écrite Française, Saint-Exupéry a voulu franchir le cap : « Il n’y avait pas de format satisfaisant à mes yeux, on a donc eu l’audace de créer un journal. » XXI ne ressemble, en effet, à aucun autre titre de la presse française. Trimestriel, tout en couleur, imprimé sur un papier de qualité, XXI s’expose sur plus de 200 pages.

Patrick de Saint-Exupéry veut – au travers de XXI – poser un « regard neuf sur le monde » en utilisant non pas du reportage mais de longs « récits ». « L’intitulé reportage est galvaudé, ce que l’on lit [dans la presse] est trop synthétique. On a voulu revenir sur le format originel du reportage : écrit et long. » Mais pas seulement. Saint-Exupéry a voulu faire de son magazine, un ouvrage « pluri-récits » et moderne. On y trouve donc beaucoup d’illustrations mais aussi des planches de bandes-dessinées qui sont toutes un regard sur l’actualité, décalé mais novateur.

XXI est vendu au prix de 15 euros dans les kiosques mais aussi dans les Fnac ou les Relay des gares. Interrogé durant la conférence sur le prix élevé de sa revue, Patrick de Saint-Exupéry s’est montré embarrassé. « Les gens trouvent cela cher parce que c’est nouveau. L’information n’est pas gratuite, faudra s’y faire ! », s’est ainsi énervé Patrick de Saint-Exupéry. Son crédo ? « 100% de lecteurs et 0% de publicité ». Celui qui achète XXI paie pour un « travail d’artisan » a ainsi développé Saint-Exupéry.

Dans tous les cas, XXI est un succès en librairie. Près de 40 000 exemplaires se sont déjà vendus, le seuil de rentabilité s’établissant à 20 00 exemplaires. Reste à savoir si les lecteurs seront de nouveau au rendez-vous au numéro deux prévu pour début avril.

De l’art de faire de l’Histoire un sujet journalistique

Eric Pelletier, grand reporter à L’Express, et Jean-Marie Pontaud, rédacteur en chef dans le même magazine, s’étaient associés pour publier le 6 octobre 2005 un numéro spécial du magazine. Ils venaient d’avoir une idée. Les archives de la gendarmerie datant de la Seconde Guerre Mondiale étaient enfin déclassées. Des informations inédites allaient donc émerger pour comprendre un peu plus cette « France occupée ». Deux ans après, les deux journalistes publient chez Michel Laffont : « Chronique d’une France occupée. Les rapports confidentiels de la gendarmerie, 1940-1945. » Ils étaient mercredi les invités d’une conférence à l’Institut Pratique de Journalisme.

Deux années de travail. Des kilomètres de rapports à lire. Une fastidieuse tâche pour arriver à produire un ouvrage cohérent de plus de 730 pages. Les deux auteurs – visiblement complices tant dans le travail que dans la vie – ont voulu démontrer que par passion, on peut se lancer dans des projets fous.

Ils ont lu, classé, enquêté sur des rapports confidentiels qui avaient été écrits par la gendarmerie durant la Seconde guerre mondiale. La France occupée est sous les ordres du Maréchal Pétain. La maréchaussée devient contre son gré le témoin d’une société en déliquescence. Eric Pelletier souligne justement que cet épais ouvrage est un « portrait de la France d’époque, de la mentalité d’hier ». Pour lui, cette enquête lui a fait prendre conscience de « l’extrême pauvreté des campagnes à l’époque ». Il avoue d’ailleurs « on croit connaître l’Histoire proche mais on méconnait la vie quotidienne » durant cette période.

L’ouvrage a été construit autour de quatre axes : la déportation des juifs, la résistance, la vie quotidienne et la libération. « Ce n’est pas un livre sur la gendarmerie » se défend Jean-Marie Pontaud. Eric Pelletier poursuit d’ailleurs : « on a fait ce livre avec notre regard de journalistes, avec notre sensibilité. Ce n’est pas un travail d’historien : on ne fait pas dans l’exégèse ou dans l’exhaustif. On a fait des choix. »

Choisir c’est renoncer, cet axiome journalistique est la base de cet ouvrage. Car les journalistes ont compilé une série de rapports en les ordonnant. Leur investigation est visible parce qu’ils ont incorporés des informations biographiques entre les lignes.

Bousculés durant la séance des questions-réponses sur la légitimité d’un journaliste à enquêter sur l’Histoire, les journalistes ont répondu qu’ils ne s’étaient jamais posé la question. « On ne s’est pas demandé si on avait une légitimité ou pas. » Preuve que le journaliste reste un professionnel ouvert et curieux. Au risque de déplaire quand il s’aventure sur les plates-bandes d’autres professionnels.

LCI.fr tisse sa toile sur le net

Vincent Le Baron, en charge des Relations Humaines à TF1 et LCI et Pascal Emond, rédacteur en chef à LCI.fr étaient, mercredi soir, à l’Institut Pratique de Journalisme (Paris, IXème) pour présenter aux étudiants le site Internet www.lci.fr, le troisième site français d’information en ligne.

Avec une audience de 2,5 millions de visiteurs uniques chaque mois, LCI.fr a réussi un pari. Faire de son site une source d’information en ligne reconnue des internautes francophones. LCI.fr a su profiter du dynamisme et de la réputation de TF1 et LCI pour devenir un acteur incontournable du web. LCI.fr est, en effet, une rédaction parfaitement indépendante, mais liée aux deux chaînes et à ses rédactions. Le site profite ainsi de ses reportages pour agrémenter la vitrine numérique en vidéos.

Avec ses quinze journalistes d’une moyenne d’âge de 30 ans, LCI.fr propose aux internautes des informations actualisées sept jours sur sept, dès 6h du matin et jusqu’à 23h. Une course contre la montre qui demande à ses journalistes une excellente maîtrise d’outils très divers. Pascal Emond, rédacteur en chef à LCI.fr, souligne d’ailleurs que les journalistes du site « ont une culture du breaking news, les méthodes de l’agencier, et une rigueur sur le fond et la forme ».

L’année 2007 a été un tournant pour le site LCI.fr. Avec sa nouvelle version et une forte actualité franco-française, le site d’information de la chaine payante a vu son audience décoller. « En semaine, le site a multiplié sa fréquentation par deux, et le week-end par quatre ou cinq. » selon les statistiques données par Pascal Emond.

Le positionnement « info zéro délai et priorité à la réactivité » (selon les mots de Pascal Emond) a permis à LCI.fr d’intéresser les annonceurs au site web. L’équilibre budgétaire ne devrait, toutefois, être atteint que « vers la fin 2008, début 2009. »

Le web, « arrivé à maturité » pour Pascal Emond, ouvre donc ses portes aux journalistes. Avec un potentiel de couverture de 15 millions d’internautes français, LCI.fr est face à un défi : faire de son site web l’alter-égo de son grand frère TF1, un numéro 1 de l’information en ligne.

Le journalisme, un cadavre à la renverse ?

« Le journalisme d’investigation est un choix. De facto, il s’intéresse aux phénomènes extrêmes, à la marge de notre vécu quotidien. Il faut essayer de découvrir ce qui est caché par les autres journalistes. » Mohamed Sifaoui est d’emblée comme cela : franc et direct. C’est peut-être ce qui en fait un journaliste si controversé en France.

Arrivé en retard à la Conférence qu’il tenait, jeudi 10 janvier, à l’Institut Pratique de Journalisme, Mohamed Sifaoui, 40 ans, est de ceux que l’on croit prêt à tout. Réfugié politique en France depuis 1999, ce « musulman laïque et démocrate » (comme il se définit) a préféré quitté son Algérie natale pour continuer à faire son métier. Un métier qu’il aime profondément mais envers lequel il ne mâche pas ses mots : « Je pense qu’aujourd’hui en France s’installe une mentalité dans le milieu journalistique où l’on fait tout pour préserver son carnet d’adresses. »

Mohamed Sifaoui, lui, est un journaliste d’investigation qui ne se soucie guère de froisser ou pas ses contacts. Spécialisé dans l’islamisme et le terrorisme, il n’en est pas moins ouvert sur d’autres thématiques. Il a, par exemple, mené une enquête d’un an sur le milieu asiatique français pour le magazine - non moins critiqué - de TF1, « Le Droit de Savoir ».

Sa longue expérience du terrain lui confère un regard sur le métier de journaliste sur lequel il a longuement discouru pendant sa conférence. « Le journaliste doit donner une information honnête et complète au citoyen pour instaurer une relation de confiance » a, ainsi, expliqué M. Sifaoui. Une confiance qu’il est pourtant prêt à mettre en péril durant ses reportages. Il est, en effet, un adepte de la caméra-cachée. Soulignons qu’il n’a pas précisé ce qu’il pensait de cette méthode, d’un point de vue déontologique. Car pour lui, le journaliste ne doit rien caché au citoyen au risque de devenir « propagandiste » et non plus journaliste.

« Je suis pour la subjectivité, qu’il faut assumer » a-t-il poursuivi. Parole plutôt étonnante dans la bouche d’un journaliste avant d’expliquer qu’« il est normal qu’un journaliste puisse tout critiquer ». M. Sifaoui regrette, pourtant, que « personne ne critique la presse » en France et que le milieu des médias soit si corporatiste. Il illustre d’ailleurs sa pensée : « Un flic ne donnera jamais tort à un autre flic. Il y a un tel corporatisme dans les médias que l’on ne peut les critiquer. » Pour démontrer son opinion, il a pris l’exemple du pamphlet sur la rédaction de TF1 paru récemment : « si on est obligé de parler anonymement des médias, c’est grave ».

Le journaliste, également auteur de plusieurs ouvrages, a enfin prévenu son auditoire : « Il faudra se battre pour les questions d’indépendances journalistiques ». Il glisse aux étudiants intéressés par l’investigation que l’indépendance et le statut de free-lance ne sont pas négociables. « N’ayez pas peur de dire non » a-t-il conclu. Et de s’amuser de sa propre expérience : « on m’a toujours viré, je n’ai jamais pu démissionner ».