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Un an avec sursis pour conduite la tête à l’envers

Voilà plus d’une heure que Gilbert B., 46 ans, s’ennuie ferme. Les mains croisées, posées sur les genoux, il paraît calme derrière la vitre du box des accusés de la 23ème Chambre Correctionnelle du Tribunal de Paris. Dehors, le soleil est radieux. Malgré la rumeur de l’exigüe Chambre, rien ne dérange la méditation de Gilbert. Le regard tourné vers une fenêtre, il semble se demander ce qu’il fait en ce vendredi après-midi assis entre un consommateur de cocaïne récidiviste et un restaurateur accusé de vol avec violence.

Pourtant, si Gilbert est là c’est parce qu’il s’est retrouvé la tête à l’envers. Il est deux heures du matin, jeudi 13 mars, quand Gilbert se décide à quitter ses clients et à monter à bord de sa Renault Clio pour rejoindre son domicile parisien. Commercial pour une société qui vend du Champagne à Reims (Marne), Gilbert a pris l’habitude de partager quelques coupes avec ses potentiels clients. Durant son retour, sa Clio percute un plot de travaux et se retrouve sur le toit au milieu d’un passage-piéton, en face du 50 rue de Vaugirard (VIème). La tête à l’envers, il est recueilli - sans blessure - par la police qui le soumet à un contrôle d’alcoolémie. Le résultat est sans appel : 1,20 mg/L d’air expiré soit 2,20 g d’alcool dans le sang ! Après un détour en cellule de dégrisement et une nuit passée au dépôt, les policiers découvrent que Gilbert a déjà été condamné à deux reprises pour conduite en état alcoolique, ce qui justifie la comparution immédiate le lendemain.

Le Président peut enfin se détendre. Voilà une affaire qui va lui permettre de respirer un peu. « Les faits sont excessivement simples » commente le Président Albert, ancien doyen des Juges d’instruction qui a instruit l’Affaire Ferrara. « On vous reproche outre une conduite en état d’ivresse, un défaut de maîtrise de votre véhicule » explique-t-il. Gilbert, désabusé, tente de se justifier : « c’est à cause des travaux rue Vaugirard ! » éructe-t-il. Le Président d’un ton glacial rétorque du tac-au-tac : « c’est sans intérêt les circonstances ! […] qu’auriez-vous fait si un piéton s’était trouvé au milieu de la rue ? ». Penaud, Gilbert ignore la question. Le Président poursuit son interrogatoire tout en mordillant une branche de ses lunettes : « Qu’aviez-vous bu ? ». « Une dizaine de coupes de champagne » répond inaudible le prévenu. « Vous rigolez ? Il faudrait au moins boire trois bouteilles de champagne à vous seul pour atteindre un tel taux » s’énerve le Président soulignant d’ailleurs qu’un quidam serait déjà en coma éthylique avec un tel taux. Le président s’amuse, le justiciable tremble debout. « Ce qui est dramatique, c’est qu’il y a récidive ! Vous n’avez pas tenu la route si je peux me permettre. » Quelques gloussements se font entendre. Un avocat des parties civiles ne retient pas un rire. Le Président exulte : « Ce n’est pas parce que l’on travaille pour une société de spiritueux que l’on doit liquider les stocks de son employeur ». Gilbert regarde le sol ne sachant que dire. Le Président rappelle alors que le prévenu travaillait auparavant pour Ricard : « vous devriez mieux choisir vos employeurs si vous avez un problème avec l’alcool ». Gilbert relève la tête. « Je nie toute dépendance à l’alcool, j’en consomme de manière journalière mais seulement quand je travaille » explique le commercial.

Le Procureur commence son réquisitoire. Gilbert s’assoit. « Beaucoup d’entre nous aurait du mal à se relever de leur siège avec un tel taux. […] Vous n’est pas obligé de consommer avec vos clients, l’eau pour désaltérer c’est bien aussi ! » développe la Procureur impassible qui requiert 4 mois de prison assorti d’une mise à l’épreuve et l’annulation de son permis. L’avocat du prévenu tente le tout pour le tout : « Mon client est commercial, il fait 25 000 km par an. Il est contrôlé régulièrement. Trois infractions c’est peu mais c’est trop, c’est surtout loin de la description d’un alcoolique chronique ! ». Et d’ajouter : « il faut lui tendre la main et l’aider, n’annulez pas son permis ». « J’ai peur de tout perdre en une journée : mon permis et mon emploi » conclut Gilbert qui n’y croit plus.

Vers 19h, le verdict tombe. Gilbert est condamné à un an de prison avec sursis et une mise à l’épreuve de 2 ans. Malgré le plaidoyer de l’avocat, le permis de conduire de Gilbert est annulé (application automatique de la loi) avec une interdiction de le repasser avant 6 mois. Gilbert semble soulagé. Peut-être que cette troisième condamnation calmera ses ardeurs. Toujours est-il que Gilbert B. ne devrait pas fêter cette nouvelle… au champagne.