Bruno Le Roux est un homme politique ambitieux. Certes, tout politique est ambitieux. Mais, Bruno Le Roux le dit sans arrière pensée. Il espère devenir un jour ministre. A 25 ans, il abandonnait la gestion et le management pour devenir directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy, alors Premier secrétaire du Parti socialiste. C’est donc un ambitieux expérimenté qui occupe au PS le poste de Secrétaire national chargé des élections.
Bruno Le Roux, 42 ans, a bâti sa carrière politique en Seine-Saint-Denis. D’abord, comme membre du Conseil général de 1992 à 1997, puis comme maire d’Epinay-sur-Seine en 1995, avant d’être élu à l’Assemblée en 1997.
En 2001, la thématique de l’insécurité est en tête des préoccupations. Bruno Le Roux s’empare alors du dossier en devenant rapporteur pour l’Assemblée nationale du projet de loi sur la sécurité quotidienne. Ainsi, en brouilleur de piste, il revendique récemment “l’ouverture” à des personnalités non membres du PS dans la constitution des listes pour les élections municipales.
Interview avec un socialiste qui aime faire bouger les lignes.
Dans cinq semaines, les Français iront voter pour élire leurs maires. La campagne pour les élections municipales entre dans une nouvelle phase. Vous qui êtes chargé des élections au PS, quelle est votre opinion quant à la nationalisation du scrutin prônée un temps par Nicolas Sarkozy ?
Tant mieux ! Je me félicite plutôt de cette décision. Vous savez, les Français ne sont pas dupes. Ils savent comment les choses seront interprétées si l’UMP remporte ces élections. On dira que les Français plébiscitent la politique actuelle du gouvernement et approuvent la manière dont Nicolas Sarkozy préside. Les Français n’iront pas voter pour les listes UMP parce qu’ils ne veulent pas adouber la politique nationale. Politiser le scrutin, nationaliser les municipales : c’est un cadeau pour le PS.
C’est pour cela que le chef de l’Etat a changé d’avis sur la question ?
Bien sûr. Il a du faire machine arrière quand il a vu que les maires UMP refusaient la nationalisation d’élections purement locales. Il s’est rendu compte qu’il avait plus à y perdre qu’à y gagner.
Nicolas Sarkozy a déjeuné récemment avec Françoise de Panafieu, candidate UMP à la Mairie de Paris. Seriez-vous choqué si Nicolas Sarkozy prenait part à la campagne pour les municipales ?
Plus rien ne me choque. S’il veut s’associer au scrutin, qu’il le fasse. A partir du moment où l’UMP se rassemble chaque semaine à l’Elysée, Nicolas Sarkozy ne peut pas être le Président de tous les Français. Désormais, il apparaît comme le chef d’un parti et non pas comme le chef d’un Etat. Il n’a jamais été aussi partisan. Vous voyez, si Nicolas Sarkozy n’avait pas été au Congrès de l’UMP début janvier, cela m’aurait paru grotesque !
Vous qui êtes député de la première circonscription de la Seine-Saint-Denis et conseiller général, que pensez-vous du cumul des mandats ?
C’est très difficile de s’imposer une règle quand cela n’est pas exigé par une loi nationale. Je suis d’accord avec le cumul des mandats, ça permet de garder les pieds sur terre. Par contre, l’idée qu’un ministre puisse également être maire me choque. Un ministre doit avoir pour seule et unique mission de s’occuper de la France.
Selon un sondage CSA les listes de gauche obtiendraient 46% d’intentions de vote au premier tour des municipales, contre 40% pour celles de la majorité. Pensez-vous que la gauche est en mesure de remporter les élections municipales ?
Oui, la gauche a la possibilité de gagner. Le PS revient à une position assez forte. Que l’on arrête avec cette idée que le PS va mal ! Je suis confiant. Les Français savent faire la part des choses. Au moment de voter ils se poseront la question de soutenir ou pas la politique du gouvernement. Et, par ailleurs, je parie que nos compatriotes sauront voir que les programmes des listes socialistes sont de qualité !
Si la gauche l’emporte le 17 mars prochain. Pensez-vous que ce sera le signe d’une nouvelle étape au PS ?
J’espère que ce sera le cas, que le Parti socialiste écrira une nouvelle page. C’est surtout pour le PS un moyen d’éviter une grave crise. Si on perd on devra se lancer dans un long processus de rénovation, nous n’aurons pas le choix. Mais si l’on gagne, il faudra aussi faire ce constat : le PS apparaîtra comme le parti des élections locales, et l’UMP comme celui de la gouvernance nationale. Il faudra que l’on prouve aux Français que le PS a aussi un projet national solide et peut gouverner le pays.