Patrick Fandio, quand le hasard façonne une vie

« Le journalisme est un état d’esprit. On apprend des façons de faire mais pas le savoir-faire » dit-il souvent. D’emblée, on doit apprivoiser un regard : noir, lourd, solennel. Il agit comme une radiographie instantanée, comme s’il ne pouvait s’empêcher d’analyser tout ce qui lui passe devant les yeux. Bien qu’il doive beaucoup au hasard, Patrick Fandio, grand reporter au service Événements de TF1 était destiné à devenir journaliste.

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Né à Garoua au Cameroun il y a 33 ans, Patrick Fandio grandit à Yaoundé dans une famille plutôt aisée mais attachée aux règles traditionnelles de l’éducation africaine. « J’étais un enfant dorloté à l’extrême » avoue-t-il dans un sourire. Studieux, il s’évade « dans les cahiers », joue seul et apprécie la solitude. Pourtant, Patrick est déjà ailleurs. Une de ses occupations favorites est de se prendre pour un chauffeur de bus. Assis sur son lit, les bras levés, il fait du bruit avec sa bouche et se surprend à rêver pendant de longues minutes.

Adolescent, il part au lycée dans l’Est du Cameroun à Bangangté, loin des grandes villes. Il y passe un Bac scientifique, mais tâtonne déjà le journalisme : il produit au club UNESCO un journal hebdomadaire. Sans en parler à qui que ce soit, il s’inscrit - un peu par hasard - dans une fac de communication française. « Mon dossier a été accepté et j’ai du faire toutes les démarches en moins de deux mois » commente nostalgique Patrick. A son arrivée à Nancy, à l’automne 1993, « c’était lugubre » raconte-t-il. « J’étais là comme un mercenaire, j’ai vécu ces moments-là comme des années d’excitation. »

Quelques mois plus tard, au CELSA (une école de journalisme), son professeur Rachid Arhab le pousse à envoyer une maquette à France 2. Il s’exécute sans vraiment y croire. La commission des stages de la chaîne est convaincue et lui propose un stage estival. En 1998, il arrive ainsi dans une chaîne de télé sans vraiment l’avoir voulu. La Coupe du Monde de football et les affaires de dopage sur le Tour de France lui permettent de dévoiler son talent d’écriture. Il croise alors Marcel Trillat qui le prend sous son aile et lui conseille de lire de la poésie !

Patrick apprécie la capacité d’une plume à vous faire voyager par la seule puissance des mots. Amoureux de la prose d’Annick Cojean et des romans de James Ellroy ou Jean Hatzfeld, il considère aujourd’hui Marcel Trillat comme un père spirituel. Patrick « a tout pour lui : il est humble, sympa, intelligent et doué » confesse cet ancien grand reporter qui reste néanmoins amer quant au départ de France 2 de son protégé. « Ca m’a déçu qu’il parte à TF1. J’espérais qu’il continuerait à faire passer l’éthique avant le carriérisme. Je voulais qu’il résiste », explique Marcel Trillat.

Patrick a quitté le service public pour TF1 voilà cinq ans. « On est venu me chercher, c’est toujours gratifiant. C’était un challenge, une possibilité d’avoir plus de mobilité » se défend Patrick. « Je crois beaucoup à la mobilité professionnelle. J’espère que dans dix ans j’aurais pris une année sabbatique pour faire de l’humanitaire ou que j’aurais mené des projets liés à la presse en Afrique», ajoute-t-il. Voilà au moins une certitude, Patrick Fandio n’aime pas la routine. Désormais Français, il reste africain de cœur et le dit sans ambages : « Je rentrerai un jour. »

Photo : S. Bellery

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