Le tribunal s’émeut du sort d’un jeune séropositif
Entre 13h30 et 19h30 ce vendredi 14 mars, la 23ème chambre correctionnelle de Paris va étudier 12 dossiers en comparution immédiate. Parmi eux, Karim, un jeune homme de 25 ans qui a fui la Tunisie pour pouvoir vivre son homosexualité. Suspecté d’avoir fait usage de cocaïne et d’avoir joué l’intermédiaire entre un acheteur et un revendeur, il encoure aujourd’hui 4 ans de prison.
La tête enfoui dans les épaules, Karim pleure. Suspecté d’avoir consommé de la cocaïne et d’avoir été l’intermédiaire entre un vendeur et un acheteur en état de récidive, il passe en comparution immédiate à la 23ème chambre correctionnelle de Paris.
En septembre 2006, il s’était fait arrêter pour consommation de stupéfiant. Près de deux ans après, il encoure une peine plancher de 4 ans de réclusion. Ce boucher vient de raconter son histoire en moins d’une demi-heure et s’accroche à son mouchoir.
Il est aux alentours de 15h ce vendredi, lorsque Karim se lève dans le box des accusés. Le regard perdu, il écoute les faits qui lui sont reprochés. « Je reconnais ma faute. J’ai fais une connerie. Je vous demande pardon. »
Maître Albert, le président de la cour, l’interpelle depuis son estrade : « En faisant l’intermédiaire, vous vous êtes rendu complice. Vous êtes un rabatteur. On peut rendre service pour certaines choses, mais lorsque l’on a déjà été condamné on évite de rendre ce genre de service. » Sous son crâne rasé, le Tunisien ne cherche pas à se trouver d’excuses : « C’est vrai. »
Vient l’examen de personnalité. Le président l’interroge : « Votre famille est en Tunisie ? » Il répond calmement : « Oui, mon père est commissaire et ma mère avocate. Mes deux frères travaillent et ma sœur est en troisième année de médecine. » Il continue, explique pourquoi lui a préféré traverser la Méditerranée. « Moi, je suis venu en France après mon bac… parce que je sentais que j’étais homo. »
Cela fait 13 ans que Karim a fait ce voyage. Aujourd’hui il est suivi sur le plan psychologique et est séropositif. Aujourd’hui, il martèle : « Je ne prends plus de cocaïne, à part ce samedi. Mon état de santé ne me le permet pas et puis je n’en ai pas les moyens. » Dans la salle, le public, captivé par l’histoire, paraît visiblement ému.
Son avocat souligne qu’« il s’est présenté de lui-même lorsque son employeur lui a signifié que la police le recherchait. » Rappelant dans le même temps que son client n’a rien gagné dans la transaction. Il insiste également sur la vie du Tunisien : « C’est quelqu’un qui est venu en France parce qu’il ne pouvait pas vivre sa vie en Tunisie. Il est intégré, travaille et a un domicile. Il faut l’aider. »
La procureur semble convaincu par la défense du jeune homme. « On se demande ce qui a pu lui passer par la tête. Mais à l’évidence la prison n’est pas adapté à son cas. » Résultat, elle ne requerre pas la peine plancher de quatre ans, mais une sanction alternative de huit mois de prison avec sursis et obligation de soin.
Le tribunal aussi a dû être attendri par son histoire. C’est tout du moins ce qu’il ressort du délibéré. Il est près de 22h lorsque celui-ci tombe enfin. La peine plancher n’est pas retenue. Au lieu de cela, Karim écope de 6 mois de prison avec sursis, accompagnés de deux ans de mise à l’épreuve avec obligation de soins.
L’homme ne sourit pas. Debout, il écoute attentivement. D’un geste de la tête, il acquiesce à chaque mot que prononce le président. Et avant de recouvrer la liberté, il chuchote, de manière à peine audible, un « merci » plein de pudeur.