Louis Mermaz, dans les traces des plus grands

Depuis 2001, Louis Mermaz est sénateur de l’Isère. Auparavant il avait occupé les plus hautes fonctions de l’Etat, dont celle de ministre. Pourtant ce socialiste convaincu ne fait pas parti des personnalités les plus connues de la scène politique. Son style, la discrétion dans l’action.

Un travailleur de l’ombre, voilà résumé en quelques mots Louis Mermaz. Le sénateur de l’Isère a occupé plusieurs ministères dont celui de l’Agriculture, de 1990 à 1992, et a été président de l’Assemblée Nationale pendant cinq ans à partir de 1981. Pourtant il ne fait pas partie des personnalités qui évoluent sur le devant de la scène et lorsqu’il parle de politique il dit encore « nous ».
L’ancien maire de Vienne (Isère), bien qu’ayant connu les plus hautes fonctions, appartient à la famille des discrets. Réservé, il l’est dans sa manière de vous parler sans toujours vous regarder, avec une sorte de réserve naturelle. A la recherche des mots exacts.
Réticent à parler de lui. « Vous me confessez comme un curé ! », lâche-t-il dans un sourire mi-amusé, mi-gêné, lorsque vient l’heure des questions sur sa vie privée. Il ne se dérobe pas pour autant : « La politique n’est pas tout, il faut trouver un équilibre avec la vie de famille. Vous savez, il n’y a rien de pire que de n’avoir que des hommes politiques autour d’une table ! » Un juste milieu qu’il a pu trouver en partie grâce à sa femme, Annie, qui a toujours soutenu son engagement.
Mais il ne faut pas voir là de fausse modestie. Lorsqu’il défend ses valeurs, l’homme se fait plus revendicatif. Ce n’est cependant pas un hasard s’il dénonce ce que beaucoup ignorent : les conditions de vie dans les centres de rétention administrative.

Aux côtés de François Mitterrand

A l’évocation de ce sujet, le vieil homme, assis dans le fauteuil de son bureau de la rue Vaugirard (en face du Palais du Luxembourg), se lève. Et d’un pas alerte, se dirige vers une étagère. Juste à côté des photos et des dessins d’enfants, trônent quelques exemplaires du livre Les geôles de la République qu’il a publié en 2001 sur ce thème. Il vous le tend, et, d’un air désolé : « Aujourd’hui ça s’est encore aggravé. »
Sa mine reste grave sous sa chevelure blanche lorsqu’il évoque le sort du Parti socialiste, dont il a assisté à la « naissance à Épinay en 1971 ». « Aujourd’hui le PS est à la recherche d’un leadership. » Pour lui, pas de doute, face à la droite de Nicolas Sarkozy, c’est Ségolène Royal qui représente l’avenir. « Elle apporte de la fraîcheur. Mais il faut qu’elle se méfie. Elle doit rester spontanée tout en trouvant la bonne mesure, ce que savait très bien faire François Mitterrand. »
François Mitterrand, c’est avec une lueur dans les yeux que ce professeur d’histoire en parle. Le « rassembleur de la gauche » est l’une des personnalités qui a le plus compté dans sa vie. « Je suis entré en politique, à l’UDSR (Union démocratique et socialiste de la résistance, ndlr), en 1955, sur la base de son programme. » Il était aussi à Château-Chinon (Nièvre), un soir de mai 1981, pour assister à l’avènement du premier président socialiste de la Vème République.
Des moments que Louis Mermaz relatera à coup sûr dans ses mémoires. A bientôt 77 ans, ce socialiste convaincu a décidé de sortir de l’ombre. Depuis quatre ans il s’attèle à rédiger l’ouvrage de sa vie. « Je veux l’avoir fini dans deux ans, » explique-t-il. Puis, s’excusant presque derrière ses grandes lunettes, il conclu : « J’aimerais qu’il soit terminé avant que je ne meure. »

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