La recherche de Bertrand Monthubert n’est pas celle du profit

Le président du collectif « Sauvons la recherche » a plaidé pour une recherche française performante au dépend de la rentabilité hier lors d’une conférence à l’Institut pratique de journalisme dans le 9ème arrondissement de Paris.

« L’Etat doit permettre à la recherche de s’épanouir sans considération économique. » Le message est clair, il est signé Bertrand Monthubert. Le professeur de mathématique l’explique simplement, « l’Europe a besoin d’une recherche française indépendante qui étudie tous les champs du savoir. »
Pour le scientifique toulousain, l’Union Européenne doit mettre l’accent sur la mobilité des chercheurs plus que sur une spécialisation géographique par type de recherche. « La collaboration entre chercheurs doit être facilité mais il est essentiel pour la France d’avoir des personnes qui comprennent ce qui se passe dans tous les secteurs. »
Et cela quitte à mettre de côté la rentabilité immédiate. « Dans la recherche il faut assumer le fait de gaspiller de l’argent public parce que l’on ne peut pas anticiper les grandes avancées », explique-t-il au risque de déplaire.
Pour illustrer sa pensée, il prend l’exemple de la maladie de Kreuzfeld Jacob. Cette maladie, dite de la vache folle, a pu être diagnostiquée grâce à « des études sur une protéine, le prion, qui intéressaient peu de laboratoires ». Il enchaîne avec la découverte en 1983 du virus du sida par l’équipe de Luc Montagnier rendue possible grâce aux travaux de son laboratoire sur les rétrovirus. Et il termine avec l’exemple du prix Nobel de physique 2007, le français Albert Fert. Ses recherches fondamentales sur la magnétorésistance géante ont abouti à développer, par exemple, les lecteurs de musique mp3. « Il ne s’est pas lancé dans ces travaux pour faire des mp3, mais il lui a été donné la possibilité de faire ses recherches » assène Bertrand Monthubert.
Pour le mathématicien, la recherche française doit donc s’intégrer dans l’Europe sans nier son caractère « global ». Une telle ambition nécessite des moyens. Et avec 2,13% de son PIB consacré à la recherche en 2005, la France est loin des objectifs européens fixés lors du conseil de Lisbonne en 2000. « La barre des 3% de PIB alloués à la recherche pour 2009 est hors d’atteinte. Pourtant c’est un engagement européen mais il n’est pas concrétisé dans les faits », déplore le scientifique. Une constatation d’autant plus inquiétante pour lui que ce pourcentage à tendance à diminuer. En 1992, la France dépensait 2,3% de son PIB dans la recherche. Et il y a encore 5 ans cette proportion était de 2,23%.



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