Elle use de sa plume acerbe pour faire rire les lecteurs de la rubrique Vous de Libération. Fantasque, généreuse, plus fragile qu’elle n’ y paraît, “la Peyret” (comme l’appellent certains de ses collègues) se livre.
De la gouaille et du charisme qui occupent l’espace en douceur. Emmanuelle Peyret, 41 ans, écrit dans Libération depuis plus de 20 ans. Rattachée en 2005 à la rubrique Vous, elle y décrypte les tendances en vogue avec un cynisme et un humour décapants. Le dernier bar à chignon, la pilosité masculine ou la descente des alpages à Annecy : sa plume affûtée traite la diversité, souvent le futile. Elle n’a pas son pareil pour décocher des flèches d’ironie et décrocher le sourire du lecteur.
Elle affirme, entre deux bouffées de cigarette, que dans son métier, il faut se construire “un personnage”. Le sien semble taillé sur mesure. Physiquement, cette petite brune ressemble à Yolande Moreau, sans les yeux en amande. Son rouge à lèvres pourpre déborde du contour naturel de ses lèvres. Un chignon haut emprisonne négligemment ses cheveux foncés. Les quelques mèches qui y ont échappé et le mascara noir très épais soulignent son visage rond. Elle a choisit de jouer l’exubérance, le décalé…comme pour se protéger. Une hypothèse confortée par Thierry, le père de ses deux fils : “elle a une aura naturelle. Mais, il y a une différence entre le personnage public et le personnage privé qui regarde tranquillement la TV avec nous.”
Outre son mari et ses enfants, l’autre famille de la journaliste s’appelle Libération. Un rapport “affectif” existe avec “le journal qu’on lisait à la maison”. La jeune femme a passé son enfance dans une famille de normaliens. Son grand-père et son père, le metteur en scène Jean-François Peyret, auteur du Cas de Sophie K., ont été journalistes. Emmanuelle Peyret ne s’en cache pas : c’est grâce aux relations paternelles qu’elle obtient ses premiers stages dans la presse.
Conserver sa liberté
A 21 ans, elle signe son premier papier dans le quotidien créé par Sartre et July. La jeune étudiante devient vite une pigiste remarquée. D’abord au service culture, qu’elle quitte rapidement pour éviter l’ambiguïté avec les activités artistiques de son père. Bientôt elle participe à l’aventure du cahier Europe. Les reportages s’enchaînent à travers le vieux Continent. Le 1er janvier 1992, elle est embauchée définitivement au 11, rue Béranger. En deux décennies, cette extravertie va connaître plusieurs services : étranger, multimédia, bureau de Lyon. En revanche, elle n’a jamais voulu des responsabilités qu’on lui proposait : “cela ne m’intéresse pas, je veux conserver ma liberté.”
Chez Emmanuelle, comme dans une pièce de théâtre, certains dialogues servent à amuser la galerie, à intégrer de la légèreté pour que le public se détende. Mais, il ya ces mots, prononcés d’un ton égal, qui comptent plus que les autres. Liberté et déontologie font partie de cette catégorie. Car derrière l’apparente frivolité, se cachent la fermeté et l’exigence, le sérieux et la rigueur d’une professionnelle qui ne déroge pas à ses principes. “Je n’ai jamais menti, jamais accepté un seul cadeau et j’ai toujours écrit ce que je voulais écrire”, résume-t-elle non sans fierté. Il suffit de lire ses articles pour s’en convaincre.
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