Le standard idéal se déroule du 8 au 24 février, à la MC93 de Bobigny. Le week-end dernier, un Tartuffe réinterprété a ouvert le bal. Surtitré en français mais joué dans la langue de Goethe, le texte classique a été entrecoupé de textes contemporains d’Heiner Müller, dramaturge est-allemand. L’équipe du festival l’avait promis, le metteur en scène bulgare Dimiter Gotscheff a su ramener « le présent dans une pièce bien connue », comprenez « du passé ».
Moderniser Molière ! Cela commence par une soubrette sobrement punkette qui s’agite sur la scène. Introduction. Elle s’appelle Dorine, frêle petite brune clopinant dans ses claquettes. Elle joue la servante d’Orgon. Ce personnage devenu aussi sottement que soudainement fervent croyant, par la grâce d’un imposteur nommé Tartuffe. En quelques phrases d’allemand, de français et de baragouinage franco-allemand elle plante le décor : une réinterprétation de la pièce de Molière, jouée pour la première fois en 1664.
Cette représentation s’inscrit dans le festival Standard idéal de la MC93 de Bobigny (93). Le thème retenu questionne le regard des étrangers sur le théâtre et la littérature française. Premier constat : il y a chez l’auteur de l’Avare un brin d’actualité. Tartuffe évoque des thèmes aussi riches et intemporels que l’hypocrisie, la religion ou la grande bourgeoisie. Inutile de le justifier davantage, nous sommes au cœur de sujets qui ont traversé une actualité plus ou moins récente.
Il y a le décor. Après l’introduction, un rideau métallique se lève et laisse apparaître les personnages qui avec fastes et fracas s’avancent pompeusement sur le devant de la scène. Le show commence : une dizaine de canons font jaillir une profusion de paillettes, strass, confettis et cotillons pendant une bonne minute. La musique est à plein volume. A côté, Johnny –même au Stade de France – peut aller se rhabiller. Portée à son paroxysme, la démesure étourdit certains spectateurs qui, benoîtement, applaudissent quand les canons cessent. Dorine, la soubrette, avait prévenu : il sera question de la France, de Louis 14 à Carla (Bruni). Le néologisme le plus pointu du moment, « bling bling », est prononcé plusieurs fois pendant le spectacle. D’ailleurs, on ne qualifierait pas autrement la scène désormais recouverte par plusieurs centimètres de strates multicolores et brillantes.
Le mensonge : il est question, vers la fin de la pièce, d’une cassette. Le personnage principal, Orgon, dépossédé de tous ses biens par Tartuffe, faux bigot manipulateur, se soucie surtout d’une VHS qui a disparu. Bizarrement, on repense à une autre cassette qui, en des temps peu éloignés, a fait trembler un autre palais (celui de l’Elysée).
Ensuite, il y a la prédominance du religieux. Tartuffe incarnent ceux qui, sous couvert de valeurs pieuses, gouvernent par la manipulation. Une attitude stigmatisée par Molière qui oppose ses faux bigots à la sincérité des vrais croyants, qui en deviennent vulnérables. Là aussi, des liens se tissent entre une société du XVIIe corsetée par l’omniprésence de l’Eglise et la nôtre qui voit un retour en force des croyances exploitées jusqu’au fanatisme.
Au bout de 2 heures de spectacle, la fatigue pointe. La rafale d’applaudissements et de cris qui salue les comédiens rappelle à l’ordre le spectateur assoupi. Dorine, la punkette, a les faveurs du public. Elle tient le dynamisme du spectacle par son bon sens manifeste et son énergie communicative, faisant le lien entre des personnages plus ou moins anxiogènes ou complètement barrés. En condensant le propos (le spectacle dure 2h10), le metteur en scène aurait gagné en pertinence et évité à certains spectateurs de piquer du nez.
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