Comment les grèves ont-elles impacté les salles de spectacle d’Ile-de-France ? Quatre mois après les mouvements sociaux de la RATP et de la SNCF d’octobre 2007, les structures ont fait leurs comptes. A la Maison de la culture de Bobigny, il y a un principe : assurer les spectacles quoiqu’il arrive. Des solutions ont été trouvées pour respecter la programmation prévue. Mais, ces différents aménagements ont un coût.
« Ce n’est pas compliqué de venir à la MC93 ». La voix du standardiste de la maison de la culture de Bobigny s’applique à expliquer. « Il faut s’arrêter au terminus de la ligne 5, direction Bobigny Picasso, sortie hôtel de ville. Une fois sur l’avenue Pablo Picasso, vous marchez cinq minutes avant d’apercevoir le bâtiment ». Accéder à la maison de la culture de Bobigny (Seine-Saint-Denis) en transport en commun n’a rien d’une aventure…sauf en période de grève !
Lors du mouvement des syndicats de la RATP, la ligne 5 était touchée de plein fouet avec un trafic quasi nul. Quand on sait que le public de la MC93 vient à 70 % de Paris et souvent par les transports publics, on imagine des salles de spectacle vides et un lieu déserté. Les responsables de la billetterie confirment. Même en retardant d’1/4 d’heure le début du spectacle, le public ne s’est pas déplacé. « Heureusement, nous étions sur une petite jauge de 70 personnes. L’impact est moins grand que si le spectacle se jouait dans la grande salle, prévue pour accueillir 1000 personnes, précise Anne-Geneviève Noël, responsable de la billetterie. Le système du report a bien fonctionné : les spectateurs peuvent décaler leurs dates de spectacle ou en choisir un autre. Dans tous les cas, le théâtre ne rembourse aucun billet car la grève n’est pas de leur fait. Ce système limite les incidences financières.Ce qui a coûté cher à la structure, ce sont les deux tournées produites par la MC93. « Nous sommes sur un différentiel de 7000 € pour Les trois sœurs de Tchekhov» explique Elias Oziel, le directeur administratif et financier. Les trois sœurs est une « grosse » production qui mobilisent 35 personnes. La pièce devait se produire à Lyon. A défaut de train, il a fallu louer un bus pour transporter l’équipe. Coût de la facture : 2700 €. En période de grève, les entreprises de location, submergées par la demande, refusent de négocier les tarifs. S’ajoutent à cela, les frais afférents à l’indemnisation du personnel. Transport, hébergement, paiement des repas. Dans son grand bureau feutré, le directeur financier a fait ses comptes. Un avenant de 2000 € s’est ajouté au contrat de production.
La facture est moins lourde pour La mort d’Hercule, en représentation à Grenoble. La majeure partie de la troupe a pu prendre le train. Des modifications d’horaire ont permis d’arriver dans les temps. Ici, les dépenses s’élèvent à quelques centaines d’euros notamment pour des trajets en taxi.
Le traumatisme de 1995
Quand on évoque les grèves d’octobre dernier, le personnel administratif répond de façon univoque : « Chantal ! ». Chantal est un symbole, plus qu’un cas représentatif de la tendance générale. Cette assistante comptable n’est pas venue travailler pendant 6 jours. Et pour cause : « avec un bus et deux changements de métro, j’ai laissé tomber. Maintenant je dois récupérer ces 6 jours sur mes RTT », lâche-t-elle encore énervée. Son supérieur, Francis Rossi, le chef comptable se désole : « c’est vrai que c’est dommageable pour ceux qui ne pouvaient pas venir. Personnellement, j’ai profité de la voiture d’un coursier de la maison qui a accepté de faire un détour. » Un système de covoiturage, improvisé entre collègues, s’est mis en place. Sur les 46 salariés permanents que compte la structure, la plupart ont réussi à s’organiser.
Valérie Dardenne, directrice de la communication, allait chercher des personnes « à droite, à gauche ».
Francis Rossi compare la situation avec celle de 1995. « Finalement les grèves, cette année, n’ont duré qu’une semaine [du 18 au 24 octobre 2007]. Rien à voir avec le traumatisme de 1995. » Dans la même veine, Elias Oziel, ne veut pas parler d’un surplus de stress pour son équipe. Il évoque plutôt une grande fatigue collective à cause des heures de trajet qui s’allongent « dans les embouteillages, à ramener les uns et les autres. » Il se saisit de sa calculatrice : « sans compter les intermittents, pour le personnel permanent, on est sur une perte théorique de 10 000 € pour les heures non travaillées ». Il ne réclamera pas à ses salariés toutes les heures perdues.
A en croire Elias Oziel l’addition aurait pu être plus salée. En novembre 2005, les spectateurs effrayés par les émeutes en banlieue ne voulaient plus venir jusqu’à Bobigny. Cette perte de public a coûté 100 000 €. « Les grèves d’octobre, c’est minime par rapport aux émeutes. Nous avons mis une saison à nous en remettre. »
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