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SYNDICALISTE ENGAGE MAIS PAS SACRIFIE.
Nicolas Wallet, responsable départemental du Syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles (Snuipp) est un « engagé du quotidien ». Un homme mesuré qui ne fait pas de son engagement syndical une fin, un aboutissement, mais plutôt un moyen de défendre des valeurs auxquelles il croit.
« Petit déjà, j’étais toujours délégué de ma classe » se souvient Nicolas Wallet en riant. C’est par cette pirouette que l’homme aux cheveux poivre et sel, évacue la question des origines de son engagement. Pas de raisons divines ou transcendantes invoquées, pas d’histoire de fées au garde à vous sur son berceau. Non, mais une nature tournée vers les autres et des circonstances propices. Nicolas Wallet, jean et tee shirt noirs, raconte son histoire ses yeux bleu plantés dans les votres. A dix neuf ans, alors qu’il est pion dans un collège de Seine-et-Marne, « un ami communiste » de ses parents lui dit qu’il devrait se syndiquer. « Je ne lisais pas beaucoup la presse syndicale à l’époque, » avoue t-il, mais il franchit le pas. Trois ans après, il est délégué du personnel. Nicolas Wallet explique avec légèreté : « J’ai sympathisé avec les animateurs qui s’occupaient d’un stage syndical auquel je participais. Ils avaient besoin de renfort. Les anciens partaient, il fallait assurer la relève. J’ai accepté. » Un rire fort et franc ponctue parfois ses fins de phrases. Un rire qui tranche avec la réserve dont sont empreints ses propos.
« Combatif et teigneux » Rêveur il ajoute : « Une fois qu’on a mis le pied dedans, le processus est enclenché. » Presque plus qu’il ne le souhaiterait. Sa préparation du concours pour devenir professeur de lettre, coïncide avec les grandes grèves de décembre 1995. Son engagement prend le pas. « C’était une période tellement intense. » Il devient instituteur l’année suivante et entre « tout naturellement » au Syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles. Et voilà comment à 37 ans, il est responsable départemental du Snuipp-Paris.
Danièle Czalczynski, membre du bureau du conseil syndical du Snuipp Paris, connaît l’homme depuis longtemps. « Il n’est pas où il est par hasard. Il est combattif, teigneux et a le soucis de rechercher l’unité,» Bien plus, pour cette ex-secrétaire adjointe du syndicat enseignant, une des qualités essentielles de Nicolas Wallet est son absence de toute pensée sectaire. « Il a une indépendance d’analyse qui le conduit à comprendre des points de vue différents et trouver des compromis. » Un événement en particulier l’a marquée. C’était à la fin des années 1990, le syndicat a connu une grave crise en interne qui a failli le faire éclater. « Nicolas a été, à ce moment, l’artisan du dépassement des désaccords entre les militants. Il a permis d’éviter la scission, » Elle concède « Ce n’est pas un homme de foule, un agitateur de masse,» et ajoute « Mais il agit de manière intelligente et mène toujours les débats sur le fonds : ces interventions ne tournent jamais en invectives ». Ce qui lui vaut la reconnaissance de ses collègues.
Engagement oui, sacrifice non.
Le syndicaliste ne cherche pas à embellir, réécrire ou mythifier son histoire. Son engagement n’est pas survalorisé ni brandit comme une raison de vivre. Il se joue à tous les niveaux, avec sérénité et simplicité. Et pas seulement sur le terrain syndical. Avec sa femme, Claire, ils parrainent une famille de sans papiers chinois, dans le cadre des actions de Réseau Éducation sans frontière (Resf). « On essaie de les suivre. La petite est une des copines de ma fille, c’est normal. »
Syndiqué et syndicaliste depuis bientôt 20 ans, il a une vision très lucide de son engagement. « Je ne vis pas mon engagement comme un sacerdoce. La vie ne doit pas être consacrée 100% à cela. » Mais cette prise de distance n’amoindrit en rien l’implication. Au contraire, elle l’affine et la rend plus réfléchie. Il poursuit : « C’est une erreur de penser qu’on est indispensable. Cela conduit à manquer de recul. Engagement ne signifie pas sacrifice. » Claire, sa femme, cadre à la Ratp, explique que cette façon de concevoir les choses est vecteur d’équilibre. « Pour Nicolas, avoir plus de responsabilités ne devait pas se faire au détriment de notre vie de famille. Il a connu trop d’exemples de couples qui ont volé en éclat au fur et à mesure que les responsabilités devenaient plus importantes.» Du coup dans la famille Wallet, la règle est simple : pas plus d’une soirée par semaine accordée aux réunions syndicales. «Nicolas rentre souvent plus tôt que moi et s’occupe des enfants. » Et de soupirer en souriant: « Par contre ça a un peu déteint sur eux. Quand ils n’ont pas envie de se doucher par exemple, ils font des banderoles et ils manifestent! Ils ont pris le plis! »
« Une injustice reste une injustice. »
Alors bien sûr Nicolas Wallet a connu des phases d’abattements, parfois aussi des moments de lassitude et l’impression fugace de se battre contre des moulins à vents. Mais rien qui pour le moment brise la corde de l’engagement. « Beaucoup de choses poussent à continuer : l’idée que si on laisse tomber ce sont les valeurs d’égalité et de solidarité qui partent avec. Mais c’est aussi beaucoup l’adversité, ceux contre qui il faut se battre qui incitent à poursuivre la bataille. » Quel que soit l’adversaire. Le syndicaliste accorde autant d’intérêt aux combats nationaux ou aux grandes mobilisations qu’aux luttes syndicales quotidiennes. « Une injustice reste une injustice ». Un souvenir enthousiasmant d’une mobilisation? L’an dernier, lorsque Valérie Boukobza, la directrice de l’école primaire de la rue Rampal (XXe) a été convoquée au commissariat pour s’être opposée à l’arrestation d’un grand père sans papier, qui venait chercher son petit fils. « La profession a agit de manière rapide et forte. Les collègues sont arrivés tout de suite à l’école. En une semaine, il y a eu une belle dynamique et une réactivité qui poussent à continuer. » s’enthousiasme Nicolas Wallet.
Quand on lui parle de l’avenir , le syndicaliste hausse les épaules et confie être « à la croisée des chemins. » Se retrouver plus souvent face à une classe lui manque : « Je n’ai pas du tout l’impression d’avoir fait le tour du boulot. ». Plus de responsabilités syndicales le tentent.
Tiraillé Nicolas Wallet.
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