Des représentants consensuels pour une Europe du compromis
Après des semaines de suspense et des élections à huis clos, l’Europe s’est dotée d’un président et d’un haut représentant de la politique étrangère : le Premier ministre belge Herman Van Rampoy, et la britannique Catherine Ashton, membre de la Commission Européenne. Inconnus du grand public, leur nomination montre la difficulté pour l’Europe de construire un projet politique solide et cohérent.

Le traité de Lisbonne, en instaurant deux postes – clés censés donner un visage humain à l’Europe, était présenté comme un pas décisif vers une Union plus proche de ses citoyens, et plus puissante sur la scène internationale. La politique du compromis, si chère à l’UE, a affaibli ces objectifs. La nomination d’Herman Van Rompuy et de Catherine Ashton relève d’un jeu d’équilibre entre susceptibilités nationales et volonté d’appliquer le traité de Lisbonne. Et dans ce concert européen, l’Allemagne et la France ont à nouveau joué les chefs d’orchestre. Paris et Berlin ont rapidement fait du Premier ministre belge leur favori. En France, on salue sa parfaite maîtrise de la langue française et son opposition à l’entrée de la Turquie dans l’UE. Côté allemand, on apprécie son appartenance à l’aile chrétienne-démocrate. L’Angleterre s’est également vue satisfaite, avec la nomination de la baronne Catherine Ashton. De quoi consoler le pays après l’échec de Tony Blair, qui était également candidat à la présidence.
Le consensus l’a donc emporté sur la puissance charismatique. Décrit comme un personnage « terne », « incolore », Herman Van Rompuy n’est connu de personne, sauf des Belges. Un comble quand on est censé représenter et superviser vingt-sept pays. Certes, il a réussi à calmer la longue crise politique qui a touché la Belgique. Mais cela reste un argument faible au regard de la tâche qui l’attend pour les deux années à venir. De son côté Catherine Ashton, jusqu’à présent commissaire européenne au commerce, n’a aucune expérience diplomatique. Et surtout aucune stature internationale, ce qui n’aidera pas l’Europe à s’affirmer sur la scène internationale. Outre ce manque de légitimité, certains craignent que la nomination de la baronne britannique n’affaiblisse le désir de l’Europe de s’imposer face aux Etats-Unis.« Les Britanniques ont tendance a faire des choix plus atlantistes (…). C’est un aveu d’abandon de l’ambition de l’UE », a commenté le socialiste Pierre Moscovici.
Mais l’aspect consensuel des deux nouveaux élus n’a pas uniquement des aspects négatifs. Herman Van Rompuy et Catherine Ashton sont désormais respectivement président du Conseil de l’Europe et vice-présidente de la Commission Européenne. Quand on sait qu’ils devront articuler leur action avec les différentes instances européennes – relations qui restent mal définies par le traité de Lisbonne – et prendre des mesures communes aux vingt-sept Etats-membres, le compromis pourrait être la meilleure solution dans ce galop d’essai. Certains soutiennent que seules des personnes dotées du charisme de Chruchill ou de De Gaulle seraient capables de remplir cette mission. Seul le temps apportera une réponse claire. Une seule certitude demeure : l’ascension d’une véritable Europe politique continue d’être freinée par les intérêts individuels de chacun de ses membres.
En décembre 2008, le dictateur guinéen Lansana Conté s’éteint, après 24 ans d’un pouvoir sans partage. Il laisse derrière lui un pays exsangue. Quelques heures après l’annonce du décès, des putschistes prennent le pouvoir. Très vite leur chef, le militaire Dadis Camara, s’autoproclame président. Cet homme aux origines modestes se présente comme un redresseur de torts. Les Guinéens sont plongés dans la misère ? La faute aux dirigeants corrompus, « responsables des crises sociales et économiques sans précédent ». Accueilli avec enthousiasme par les Guinéens, Camara promet l’organisation d’élections libres « fin décembre 2010 au plus tard » . Mais la lune de miel est de courte durée. La presse et l’opposition sont muselées et peu à peu le pays se divise : putschistes d’un côté, militaires pro – gouvernement et opposants de l’autre. C’est dans ce contexte national tendu qu’a lieu le massacre du 28 septembre dernier. Les forces de l’ordre ont tiré sur les milliers d’opposants réunis dans le stade de Conakry. Bilan : 150 morts.







