“ON EST BOUFFE PAR LES FRAIS” Daniel Grolier, marin-pêcheur

SOCIAL. Confrontés à une hausse du gazole sans précédent, les marins-pêcheurs de La Rochelle (Charente-Maritime) restent à quai depuis plusieurs jours. Comme dans d’autres ports français, ils bloquent le port de pêche et le dépôt de carburant. Portrait de l’un d’entre eux.

Cela fait plus de vingt ans qu’il prend la mer presque tous les matins mais, aujourd’hui, il est sur la terre ferme. Il bloque l’accès au dépôt de carburant de La Pallice par un barrage filtrant fait de barrières en travers de la route et de quelques pneus enflammés.


Daniel Grolier, 48 ans, est patron-pêcheur à La Rochelle et depuis six jours il a laissé Snoopy à quai. Snoopy c’est son ligneur de 9 mètres qui lui coûte près de 1000 euros pour cinq jours de navigation, rien qu’en carburant. « Il y a vingt ans, quand j’ai commencé, j’achetais le litre de gazole à 15 centimes d’euro, aujourd’hui je le touche à plus de 0,70 centimes d’euro. On est bouffé par les frais » regrette-t-il, désabusé.


Son ligneur consomme moins que les chalutiers. Pourtant, Daniel voit son chiffre d’affaires partir en fumée, ou plutôt en gazole. Ces derniers mois, 43% de ses recettes passent directement dans l’achat de carburant. « Comment voulez-vous que l’on tienne ? D’autant plus qu’avec la flambée du pétrole, c’est tout le matériel qui coûte plus cher : les filets, les câbles en acier, le nylon… tout augmente ! » lance le commandant du Snoopy tout en ajoutant un pneu au barrage qui dégage une épaisse fumée noire.

Des perspectives d’avenir bien sombres

Et pourtant, Daniel avoue lui-même ne pas être le plus en difficulté. En deux décennies de pêche il a pu profiter des jours meilleurs pour amasser « une petite trésorerie » qui fait vivre sa femme et ses deux enfants. « Cela nous permet de nous en sortir un peu mieux que la plupart des autres marins-pêcheurs, mais je reste solidaire du mouvement. Et puis crevé maintenant ou dans six mois, quelle différence ?Nous sommes dans un engrenage douloureux qui va durer longtemps ».
Les perspectives d’avenir semblent bien bouchées. La profession n’attire plus les jeunes. « Ce n’est pas que du bonheur le métier, c’est très physique, c’est des journées de plus de 10 heures mais c’est aussi un plaisir quand on part en mer » explique-t-il alors qu’un collègue laisse passer un camion après s’être assuré qu’il n’y avait ni gazole ni poissons à l’intérieur. « Je pense surtout à mon fils de 19 ans qui veut faire le métier, continue Daniel, il passe son bac pro au lycée maritime de La Rochelle. C’est l’un des derniers jeunes motivés dans la région. Je ne veux pas le décourager. Il aime le métier, comme moi…et puis, il en faut des pêcheurs, on va pas arrêter de manger du poisson, non ? » questionne-t-il comme pour s’en persuader lui-même… avant de se porter volontaire pour passer la nuit sur le barrage.

: Pierre CHEMINADE



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