L’ALLEMAGNE PARALYSEE PAR DES GREVES
Débrayages massifs dans les aéroports et fonctionnaires en grève, hier. La tradition allemande de négociation et de consensus semble fragilisée.
Aéroports bloqués, transports paralysés, crèches, hôpitaux et administrations tournant au ralenti : le modèle social allemand de négociations a été mis à mal mercredi. Pour la première fois depuis le début du mouvement social lancé à la mi-février par le syndicat Verdi, plusieurs aéroports allemands ont été touchés par des débrayages massifs.
À Francfort, Munich, Düsseldorf, Stuttgart, Hambourg et Hanovre, plusieurs centaines de vols ont été annulés ou retardés. À Berlin, la capitale, les salariés de BVG, la société de transport en commun, ont entamé une grève qu’ils entendent prolonger jusqu’au 14 mars.
Verdi, le syndicat des services, négocie depuis le début de l’année avec l’État fédéral, les Länder et les communes, un accord salarial pour 1,3 million de fonctionnaires. Le syndicat réclame une augmentation des salaires de 8 % quand le patronat ne propose que 4 % assortis d’une hausse du temps de travail.
Des manifestations d’une telle ampleur sont plutôt exceptionnelles outre-Rhin où la plupart des conflits se règlent autour de la table des négociations. Mais cette soudaine démonstration de force est intervenue à la veille d’une rencontre cruciale entre représentants des syndicats et des employeurs qui doit se tenir aujourd’hui.
De plus en plus d’Allemands estiment ne pas avoir bénéficié de l’embellie économique qui a débuté en 2004 et ont du mal à joindre les deux bouts. Selon l’OCDE, entre 1995 et 2005, le fossé entre riches et pauvres s’est aggravé davantage en Allemagne que partout ailleurs en Europe hormis en Hongrie et en Pologne.
: Pierre Cheminade
Article publié le jeudi 06 mars 2008 dans Ouest France