DANGEREUSEMENT VÔTRE




Patrick Médioni, 50 ans, est un professionnel de la cascade au cinéma. Il est notamment à l’affiche de Taken, un thriller de Pierre Morel avec Liam Neeson qui sort la semaine prochaine. Forte de plus de 200 films, la carrière internationale de Patrick Médioni influence directement sa vie quotidienne et celle de ses proches. Portrait.

Traverser une baie vitrée pour venir s’écraser sur une table de verre douze mètres plus bas ou s’enflammer de la tête aux pieds pendant de longues minutes, c’est le quotidien de Patrick Médioni, cascadeur professionnel.
Un métier qu’il a embrassé par pur hasard en 1983. Venu sur un tournage (1) voir sa femme, alors secrétaire du cascadeur Rémy Julienne, il doit remplacer au pied levé un cascadeur qui ne vient pas. Ni une, ni deux, il interprète tant bien que mal le tueur à moto censé abattre un juge marseillais. « Ce jour-là, c’est le déclic. Je comprends que c’est ce que je veux faire de ma vie » raconte ce grand gaillard, crâne rasé, visage anguleux, le regard vif et acéré.
A 50 ans, Patrick, 1,77 mètres pour 69 kilos, maîtrise l’escrime, le judo et est instructeur de boxe thaïlandaise. Pour lui, être cascadeur c’est plus qu’un métier : «Comme dans les arts martiaux, il y a un code, une ligne de conduite professionnelle qui s’applique aussi dans la vie personnelle en termes d’éducation, de fidélité, d’amitié. Un cascadeur n’a pas d’ego, la vie de ses pairs prime sur le reste » explique Patrick Médioni.
Cette solidarité professionnelle compte beaucoup en 1995 lorsque sa femme meurt d’un cancer. Jean Louis Airola, son mentor, un mythe pour tous les cascadeurs français, le soutient pendant cette épreuve.
« Personne n’a envie de mourir »
Le décès de son épouse remet tout en question pour Patrick : « est-ce que je dois continuer à prendre des risques et à être régulièrement absent alors que je dois m’occuper de ma petite fille Julie ? ». Il décide finalement de continuer sa carrière tout en étant le plus possible à leur domicile du Plessis Robinson dans les Hauts de Seine. « Quand je suis à la maison, je le suis à 100% et j’ai plus de choses à raconter à ma fille qu’un employé de bureau lambda » se justifie-t-il en ajoutant qu’il préserve ses proches autant qu’il le peut : « J’évite de prévenir ma fille et mes parents avant une cascade à risque. Je ne veux pas les inquiéter, c’est mon jardin secret » précise Patrick l’air soudain plus paternel.
Un cascadeur n’est jamais à l’abri d’un dérapage technique. « Il y a une notion de risque très claire. En cas de problème, notre seule protection c’est notre corps. Une cascade, c’est un grand moment de solitude » souligne Patrick avant d’énumérer ses blessures de guerres : « fractures des épaules, du genou et de plusieurs côtes et nombreuses brûlures». Cascadeur mais pas casse-cou pour autant. Connaissant parfaitement les risques, Patrick est plutôt prudent en dehors des tournages. « Personne n’a envie de mourir » lâche-t-il tout sourire.
Avec plus de 200 films à son actif, il est satisfait de son parcours : « J’ai tourné avec les plus grands acteurs et réalisateurs dont Luc Besson (2), j’ai participé à un James Bond (2) et je prends toujours du plaisir » affirme-t-il. Dans les années à venir, il entend passer de cascadeur à coordinateur de cascades. Après avoir jouer la torche humaine pendant des années, il songe ainsi de plus en plus à passer le flambeau.
: Pierre Cheminade
(1) Le Juge de Philippe Lefebvre, 1984.
(2) Jeanne d’Arc de Luc Besson, 1999.
(3) Dangereusement Vôtre de John Glen, 1985.