« LE PATRIOTISME ECONOMIQUE EST UN TRES MAUVAIS INVESTISSEMENT »

John FitzgeraldQuestions à John FITZGERALD, économiste irlandais à l’Economic and Social Research Institute à Dublin.

Lundi 28 janvier, Nicolas Sarkozy, le président français, déclare qu’une crise comme celle de la Société Générale “ne peut pas rester sans conséquences s’agissant des responsabilités” visant directement Daniel Bouton, le PDG de la banque privée. Une semaine plus tard, le lundi 4 février, le président de la république promet aux salariés d’Arcelor-Mittal à Gandrange que « l’État est prêt à prendre en charge tout ou partie des investissements nécessaires » pour pérenniser l’usine. Menacée d’un plan social prévoyant la suppression de 595 emplois, elle est considérée comme non rentable par l’industriel indien Lakshmi Mittal, propriétaire du groupe sidérurgiste Arcelor Mittal.

John Fitzgerald, un économiste irlandais nous livre son analyse de la stratégie de Nicolas Sarkozy sur ces deux affaires.
 

Pierre CHEMINADE : Sur les affaires de la Société Générale et d’Arcelor-Mittal, les déclarations de Nicolas Sarkozy s’inscrivent dans une logique de patriotisme économique. Est-ce judicieux ?

John FITZGERALD : A mon sens, ce n’est pas très raisonnable. Les Etats européens ne doivent pas tenter à tous prix de retenir des industries vieillissantes sur leur territoire. Si la France subventionne un groupe multinational bénéficiaire comme Arcelor-Mittal, c’est tout simplement un très mauvais investissement. Le gouvernement français ne pourra retenir Arcelor-Mittal si elle décide de quitter le pays.

Quelles suites concrètes peuvent avoir de telles déclarations ?

L’Union Européenne ne tolèrera pas de telles subventions qui viendraient fausser la concurrence. De plus, quand Nicolas Sarkozy déclare vouloir subventionner Arcelor-Mittal cela ne signifie nullement qu’il entend donner une suite à sa déclaration ni même qu’il souhaite qu’il y ait une suite.

Le gouvernement est donc condamné à être un spectateur ?

Non, il existe d’autres moyens d’intervenir. S’il reste de l’argent dans ses caisses, il serait plus judicieux d’investir dans la formation, la recherche et le soutien aux industries en développement. Dans dix ans, les bénéfices seront supérieurs.

La tentation du patriotisme économique existe-t-elle dans d’autres pays européens ?

Oui, bien sûr. Quand une grande entreprise nationale est menacée de rachat par un groupe étranger, tous les gouvernements se disent concernés. La vraie question est de savoir jusqu’où ils sont prêts à aller pour défendre leurs champions nationaux. L’Italie et l’Espagne ont déjà eu recours à ce type d’actions. La France n’est pas une exception. En revanche, elle est peut être un peu plus extrême que les autres.

Qu’en est-il dans votre propre pays ?

En Irlande, le problème s’est posé à plusieurs reprises. Le cas de la compagnie aérienne irlandaise Aer Lingus est le plus emblématique. En 2006, le gouvernement a plié aux exigences européennes. Aujourd’hui, la compagnie, privatisée et réorganisée, est devenue très prospère. La législation européenne est un formidable moteur pour la compétitivité des pays membres. Elle les incite à investir dans les secteurs d’avenir et non pas à regarder vers le passé.

Propos recueillis par Pierre Cheminade.

Leave a Reply

*
To prove you're a person (not a spam script), type the security word shown in the picture.
Anti-Spam Image