ALERTE GENERALE

ECONOMIE. La Société Générale victime d’une fraude record de 4,9 milliards d’euros. Rumeur de rachat, président sur la sellette, suspicions de délit d’initié et enquête de la brigade financière : la banque vit un cauchemar. La réputation de la place financière parisienne est aussi en jeu.

4,9 milliards d’euros. C’est le montant de la fraude dans les activités de marché de la Société Générale rendue publique le 24 janvier. Une perte colossale qui s’ajoute aux 2,1 milliards d’euros de dépréciations d’actifs suite à la crise des « subprimes ». Cette annonce a inauguré une quinzaine noire pour la Société Générale.
Jérôme Kerviel, l’homme par qui tout est arrivé, a laissé entendre au cours de son audition que sa hiérarchie était au courant de ses agissements. La crédibilité et l’indépendance de la Société Générale sont en jeu. Celle-ci est plus que jamais à la merci d’un rachat. BNP Paribas est déjà sur les rangs tout comme le Crédit Agricole.
Pour guider le navire dans la tempête, le conseil d’administration décide à deux reprises, le 24 et le 31 janvier, de maintenir Daniel Bouton à son poste mais nomme un comité spécial chargé de l’encadrer et de tirer les leçons de la crise. Une augmentation de capital de 5,5 milliards d’euros pourrait intervenir avant la fin de la semaine pour combler les pertes subies et sauver l’indépendance de la banque.

Dans son combat, Daniel Bouton peut aussi compter sur le soutien des 130.000 salariés de la Générale qui possèdent 7% du capital de l’entreprise et qui avaient déjà permis en 1999 d’éviter un rachat par BNP Paribas.

Renforcer la sécurité

En revanche, l’Elysée, vexée d’avoir été tenue à l’écart, a invité Daniel Bouton à prendre ses responsabilités. D’autant plus que l’Autorité des marchés financiers et son homologue américaine, la SEC, ont ouvert une enquête pour délit d’initié à l’encontre d’un des administrateurs de la banque.
Lundi 4 février, Christine Lagarde, ministre de l’Economie, a remis son rapport sur l’affaire Kerviel. Le document met notamment en lumière les défauts de contrôle de la banque sur ses opérations de trading. Mais c’est aussi la réputation de la place financière parisienne qui risque d’être mise à mal. Le rapport souligne ainsi que ces événements doivent inciter l’ensemble de la place, établissements et autorités, à une réflexion approfondie en vue de renforcer la sécurité des opérations de marché.
Une lueur d’espoir à l’horizon, le titre Société Générale a clôturé, lundi 4 février, à 83,61 euros. Un formidable rebond après avoir touché le fond le 28 janvier à 68,80 euros.

: Pierre Cheminade



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