ANTOINE DETOURNE : « LA GAUCHE A TOUT A GAGNER DE CETTE ELECTION »
A six semaines des élections municipales, le président du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS), Antoine Détourné, 26 ans, expose sa vision du scrutin et des principaux enjeux pour les électeurs et les élus de gauche.
Pierre CHEMINADE : « Debout la gauche ! » C’est votre slogan de campagne. Comment voyez-vous les élections municipales à venir ?
Antoine DETOURNE : Cette élection est très politique. Elle doit être le point de départ d’une refondation du Parti Socialiste (PS) avec en ligne de mire l’élection présidentielle de 2012. Il faut politiser cette élection parce que la droite veut la dépolitiser et la cantonner à une échelle locale sans influence sur la politique nationale. La dynamique nationale de Nicolas Sarkozy repose sur le soutien des élus locaux, c’est pour cela qu’il a repoussé ses mesures les plus impopulaires pour l’après municipales.
Pour la gauche, c’est l’occasion d’affronter la droite sur un terrain politique et de délivrer un avertissement fort au gouvernement.
Le Parti Socialiste mise donc sur le vote sanction à l’encontre de Nicolas Sarkozy ?
Non, c’est là tout l’enjeu de l’élection. Le PS doit attirer les gens sur un projet. Il faut dépasser le vote sanction. Nous devons tirer les leçons des élections régionales de 2004 qui avaient vu une large victoire de la gauche restée sans suite. Le PS s’était contenté de ramasser les fruits du mécontentement des Français. Aujourd’hui, le PS doit innover et prouver sa capacité de gestion et sa crédibilité au niveau local.
Des projets comme celui de Bertrand Delanoë à Paris sont de vrais atouts pour la gauche. A l’échelle d’une municipalité, la différence entre droite et gauche se voit très clairement sur des questions telles que la place de la jeunesse, la culture, l’accueil des étudiants ou les places en crèche. Les Français ont une aspiration légitime à mieux vivre et sont très attentifs à la question du pouvoir d’achat. Quand on a un budget limité, avoir une municipalité de gauche fait la différence.
Qui a le plus à gagner ou à perdre dans ce scrutin ?
Le PS a tout a gagné de cette élection. Il doit montrer dans chaque ville qu’il est une force de proposition crédible et alternative. En face, la droite a probablement davantage à perdre même si la plupart des grandes villes sont déjà à gauche et pourraient basculer. Cette élection est clairement un test pour le gouvernement et le président de la République. En cas de victoire de la gauche, cela marquera un coup d’arrêt pour Nicolas Sarkozy quoi qu’il en dise. Nous espérons le contraindre à infléchir sa politique.
Quelle est votre position par rapport aux alliances ponctuelles avec le Modem ?
A mon sens, la stratégie politique du Modem est biaisée. Aller une fois à droite, une fois à gauche pour chercher des soutiens de circonstances n’est pas viable. D’autant plus que le Modem n’a qu’un seul but : promouvoir la seule personne de François Bayrou.
Pensez-vous que les municipales marqueront un nouveau départ pour le Parti Socialiste ?
Je l’espère. Nous voulons faire de 2008 un coup d’envoi pour la présidentielle de 2012. D’ici à 2012, il y aura plus d’une élection par an (européennes en 2009, régionales et sénatoriales en 2010, cantonales en 2011), chacune d’elle doit être une étape et permettre à la gauche de se reconstruire en vue de la présidentielle. En cas de victoire les 9 et 16 mars, il faudra refonder le PS avec des nouvelles têtes et une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques comme Benoît Hamon, Vincent Peillon ou Mireille Le Corre.
: Propos recueillis par Pierre Cheminade
<< Encadré >>
Antoine Détourné est le président du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) depuis le mois de novembre 2007. Il succède à ce poste à Razzie Hammadi. Originaire du Pas-de-Calais, Antoine Détourné est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. A 26 ans, il devient président du MJS après avoir adhérer au MJS et au PS au lendemain du 21 avril 2002. Il est réputé s’inscrire dans l’aile gauche du PS et du MJS.
Pour rappel, le MJS est une association indépendante du PS depuis 1993 comme l’explique Antoine Détourné : « Au MJS nous avons notre propre liberté de ton mais soutenons pleinement le PS dans tous ses combats électoraux ». Antoine Détourné n’est pas candidat aux élections municipales car il entend assumer sa tâche de président et sillonner la France pour soutenir les nombreux candidats MJS engagés sur des listes de gauche. PC.