LE PARTI COMMUNISTE A L’ETROIT

BORDEAUX. A trois mois des municipales les plus ouvertes depuis l’après-guerre, le Parti Communiste, qui compte deux élus à la mairie de Bordeaux, dont Vincent Maurin ci-contre, prône une liste unique à gauche et une alliance avec le Parti Socialiste pour faire tomber Alain Juppé. Les marges de manoeuvre pour la négociation apparaissent pourtant étroites.

« L’élection municipale peut-elle avoir un effet sur la vie quotidienne des Bordelais ? » Pour Vincent Maurin, conseiller communiste à la mairie et à la communauté urbaine de Bordeaux, « la réponse est oui ». Adressant un message à la fois au Parti Socialiste et à la Ligue Communiste Révolutionnaire, il ajoute : « la ville peut changer ses priorités mais pour cela il faut une victoire de la gauche. On va avoir besoin de tout le monde, d’un grand rassemblement des forces de gauche, modérées et extrêmes ».

C’est clair, le Parti Communiste (PC) veut une liste unique à gauche. Il est bien décidé à négocier sa place sur la liste du socialiste Alain Rousset. Reste à savoir sur quelles bases.

Le PC bordelais compte deux élus municipaux depuis 1983 et entend bien les conserver voire même décrocher de nouveaux sièges en cas de victoire de la gauche. Les négociations sont ouvertes depuis début novembre mais le PS a s’est d’abord tourné vers les Verts. Un regret de Vincent Maurin car, en 1995, 2001 et 2006, les communistes ont toujours été les alliés naturels des socialistes à Bordeaux.

Les législatives de juin 2007 explique ce changement de stratégie du PS : dans les trois circonscriptions touchant de manière plus ou moins importante la ville de Bordeaux, les Verts ont obtenu 9,4% des suffrages, quand les communistes n’en réalisaient que 2,02%.

Trouver la bonne clef de répartition

L’actuelle opposition municipale à gauche se compose de six élus socialistes, trois verts et deux communistes.
Selon Jean Petaux, politologue à Science Po Bordeaux, « dans une coalition, le grand parti a toujours tendance à se serrer pour laisser aux petits partis davantage de visibilité. A la mairie de Bordeaux, on a six socialistes pour deux communistes alors que dans les urnes le rapport est de plus de dix pour un. Le Parti Communiste a donc tout intérêt à monter sur le cheval de Rousset en négociant deux sièges en cas de défaite et davantage en cas de victoire. »

La nouvelle clef de répartition est donc au coeur des discussions. Selon Jean Petaux, la répartition serait plutôt d’un socialiste supplémentaire, soit sept élus, au détriment des deux élus communistes qui ne retrouveraient qu’un seul siège dans le cas où la gauche ne remporteraot pas la mairie.

Vincent Maurin de son côté prévient ainsi qu’il n’y aura pas d’alliance en dessous de deux sièges communistes garantis.

Pour faire évoluer ce ratio, les communistes doivent convaincre Alain Rousset qu’ils peuvent lui apporter davantage que les 1607 votes récoltés le 10 juin dernier. L’appareil militant, le matériel et la présence du PC sur le terrain, en particulier dans les quartiers les plus populaires, pourraient peser en leur faveur.
« Alain Rousset ne doit pas se couper des quartiers comme Bacalan, Bastide et Belcier qui ont beaucoup voté Juppé en juin”. Justifie Vincent Maurin, lui-même directeur d’école à Bacalan. “Nous sommes très présents sur le terrain et nous pouvons lui apporter notre expérience dans une campagne qui s’annonce difficile ».

La contingence dicte l’alliance

Au delà des négociations techniques, il faudra définir un programme commun. Là aussi les discussions vont bon train. L’objectif est de définir des thèmes clefs comme la culture ou les logements sociaux et d’avancer. Il devrait y avoir un terrain d’entente selon Vincent Maurin : « Sur le plan économique nous sommes souvent plus proches du PS que des Verts mais quand il le faut, nous savons marquer notre différence comme sur la question des délégations de service public.»

Pour Jean Petaux, cette stratégie d’union tient de la contingence d’autant plus que la Ligue Communiste Révolutionnaire réfute l’idée d’une liste unique à gauche et exclue une alliance de premier tour avec le PC.

Vincent Maurin ne tient pas un autre discours : « Le PC est identifié par tous les Bordelais comme une force de gauche, pas d’extrême gauche. Au second tour, les électeurs communistes voteront socialiste pour battre la droite. On doit prendre en compte cette donnée là » explique-t-il, un brin résigné.

Le PC reste déterminé à peser sur les choix d’Alain Rousset pendant la campagne. La base militante ne voit pas forcément d’un bon oeil cette proximité avec les socialistes. Se voulant rassurant, Vincent Maurin ajoute : « Nous ne serons pas une opposition mais une vraie différence. Quoi qu’il arrive, on fera notre propre campagne avec notre matériel et notre identité».
Les listes devraient être bouclées à la mi-janvier.

Pierre Cheminade avec Marie Bolinches

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