JACQUES DELORS : “TOUT N’EST PAS POLITIQUE”
Jeudi 29 novembre 2007, Jacques Delors était l’invité des rencontres Sciences Po – Sud Ouest. L’ancien président de la Commission Européenne a livré à une foule d’étudiants et de curieux sa vision de la société française et de la construction européenne.

« Un pays qui demande trop à l’Etat ne peut être gouverné ».Vingt ans après sa première visite, Jacques Delors a délivré aux étudiants de l’institut de sciences politiques un message clair. Martelant à plusieurs reprises que « tout n’est pas politique », il a souligné l’importance de la société qui « compte, change et peut prendre sa revanche sur le politique ».
Il avoue ainsi son regret de n’avoir pas su imposer une social-démocratie à la suédoise lorsqu’il était en fonction auprès de Jacques Chaban Delmas de 1969 à 1972, puis comme ministre de l’Economie du gouvernement Mauroy de 1982 à 1984. « J’ai probablement pêché par idéalisme » glisse-t-il du haut de ses 82 ans. Quant à son renoncement à représenter la gauche à l’élection présidentielle de 1995, il répond simplement : « Ce n’est pas mon goût d’être un leader ».
S’il ne se veut pas leader, Jacques Delors a néanmoins présidé la Commission Européenne de 1985 à 1995. Il était donc venu aussi et surtout pour parler d’Europe avec les nouvelles générations. Il a évoqué les exigences d’un tel poste. « Il faut beaucoup de franchise et parfois de la brutalité pour faire avancer l’Union Européenne » explique-t-il.
A travers la réunification de l’Allemagne ou l’exemple du marché unique, l’ancien président de la commission souligne la difficulté de mettre en place des politiques européennes commune. Il se félicite alors du succès du programme d’échange Erasmus qu’il a porté à bout de bras en 1987.
Inventeur de simplicité
Jacques Delors est conscient du déficit de popularité de l’Union Européenne. Il avoue « ne pas savoir expliquer l’Europe à tous les publics ». D’autant plus, qu’il le répète « tout n’est pas politique, il existe des problèmes contre lesquels l’Europe ou la France ne peuvent rien. Mais Il faut arriver à inventer de la simplicité, cela confère efficacité et transparence ».
Lorsqu’on en vient à l’actualité française, Jacques Delors ne perd rien de sa franchise. Il réitère son soutien à Ségolène Royal lors de la dernière élection présidentielle : « Au parti socialiste, je suis un petit canard dans une cuvée de poussins, mais je reste fidèle à mon passé militant: pas d’abstention ».
Interrogé sur la politique européenne de Nicolas Sarkozy, il affirme, un brin ironique : « Oui, la France est de retour en Europe. Reste à savoir pour quoi faire ? ». Selon lui, la présidence française de l’Union Européenne, au second semestre 2008, devra se mettre au service de l’Europe, comme le fait l’Allemagne aujourd’hui. Il conviendra de choisir deux ou trois thèmes clefs comme l’énergie et d’avancer.
Affirmant un certain pragmatisme, l’ancien chef de l’exécutif européen juge le projet d’Union Méditerranéenne, défendu par Nicolas Sarkozy, plutôt irréaliste : « Je ne propose pas de choses impossibles » ajoute-t-il avant de se prononcer sur le traité modificatif : « C’est bien mais ce n’est pas un miracle, trop de concessions ont été faites aux Anglais et aux Polonais ». Enfin, sur le point de savoir si un référendum s’impose pour ratifier ce traité, il paraphrase Woody Allen : « Ma réponse est oui, mais quelle est la question ? »
: Pierre Cheminade