Quand Bo dévoile ses bobos

19 février 2010

Bo – Hey

L’auteur-compositeur Bo revient ces jours-ci avec Hey, son troisième album autoproduit. Un mélange efficace entre pop rock anglo-saxon et french touch à la Katerine, dans lequel surnagent quelques bijoux folk et intimistes.

Si son cœur penche définitivement du côté de la pop anglo-saxonne, le turbulent Bo fait partie de cette génération d’auteurs-compositeurs qui n’hésitent pas à piocher dans le glorieux héritage de leurs aînés gaulois. La preuve avec Hey, troisième album de l’intéressé, sur lequel planent à la fois l’ombre discrète de l’homme à la tête de chou et celle, plus flagrante, des quatre scarabées de Liverpool. Bo a grandi avec une oreille de chaque côté de la Manche et cela s’entend.

4728_218673620444_196280865444_7304339_1390889_nCes influences, il en fait ici une sympathique combinaison, à coups de mélodies power pop ciselées et de textes – la plupart en français – tantôt ironiques, tantôt amers, portés par une voix évoquant régulièrement le dandysme délirant de Philippe Katerine. Ce serait un peu faible si l’homme ne cherchait pas en permanence à surprendre l’auditeur. Il y parvient lorsque sa pop en demi-teinte passe la cinquième (le survitaminé « Tokyo » et ses clins d’œil à la Brigitte Bardot de « Harley Davidson ») ou se pare d’arrangements classieux (les cordes 70’s de « Millionaire » ou celles, très beatlesiennes, de « Zeppelin »).

En revanche, Bo convainc moins quand il invoque le fantôme de Lou Reed sur le morceau du même nom, à grand renfort de piano de cabaret et de claps poussifs, ou lorsqu’il braconne sur les terres de Dionysos dans le crispant « Lord ».

Finalement, les plus belles réussites de l’album se cachent dans ses moments acoustiques. Là, Bo tombe le masque et, en ralentissant le tempo, déploie tout son talent d’orfèvre de la mélodie. La réjouissante simplicité de « Hey » et les arpèges délicats du magnifique « Chemical Kick », en duo avec Brisa Roché, révèlent une facette plus intime du personnage. Assurément pas la moins intéressante.


Bo – Yokohama
par boldeche

J.D. Salinger est mort

29 janvier 2010

L’écrivain américain, décédé le mercredi 27 janvier à 91 ans, restera dans l’histoire littéraire du XXème siècle pour son roman « L’attrape-cœurs », récit initiatique qui a marqué plusieurs générations de lecteurs.

J.D. Salinger en 1951

J.D. Salinger en 1951

Un roman culte : pour une fois, le terme n’est pas usurpé. Lorsqu’en 1951 paraît The Catcher in the Rye (L’attrape-cœurs en français) aux États-Unis, son auteur Jerome David Salinger est encore inconnu du grand public. Roman d’initiation, le livre relate le bref séjour que le jeune narrateur, Holden Caulfield, passe seul à New York après s’être fait expulser de son collège. Pendant deux jours, il se heurte au monde désenchanté des adultes avec lesquels il tente vainement de communiquer.

Écrit dans un style très oral, plein d’argot, L’Attrape-coeurs s’est immédiatement imposé comme une œuvre puissante sur les tourments de l’adolescence et a été lu depuis sa parution par 60 millions de personnes. Aujourd’hui encore, il est considéré comme un classique de la littérature du XXème siècle et est régulièrement étudié dans les écoles américaines. En France, il s’est attiré les suffrages de personnalités aussi diverses que  Nicolas Sirkis, chanteur d’Indochine, qui a chanté sur Salinger, ou Nicolas Sarkozy, qui dans une interview en 2007 à Beaux-Arts Magazine, déclarait s’être toujours identifié à Holden Caulfield…

Exil volontaire
J.D. Salinger semble ne s’être jamais vraiment remis de ce plébiscite. Après avoir publié plusieurs recueils de nouvelles qui ne rencontreront pas le même succès, il choisit de s’isoler dans un village du New Hampshire. Il ne publie plus rien à partir de 1965, date à laquelle il s’enferme dans un silence dont jusqu’à sa mort, il n’est jamais sorti, refusant toute apparition publique.
Ne pas publier représentait “une paix extraordinaire“, avait-il dit dans l’un de ses rares entretiens, accordé en 1974 au New York Times. “C’est paisible. Calme. Publier est une invasion terrible de ma vie privée. J’aime écrire. J’adore écrire. Mais je n’écris que pour moi et mon propre plaisir.”
De cet exil volontaire, quasi-mystique, naîtra l’aura de mystère qui entoure Salinger. Très peu d’éléments de son mode de vie nous sont connus, même si en 2000, sa fille Margaret Ann Salinger avait publié un livre où elle dressait un portrait accablant de son père. L’écrivain Frédéric Beigbeder, qui avait réalisé avec Jean-Marie Périer le documentaire L’attrape-Salinger, n’était pas parvenu à le rencontrer, finissant même son film devant le portail de la maison de l’écrivain… Pour (re)découvrir cet auteur majeur, il ne reste plus donc qu’à se plonger dans L’Attrape-Coeurs, bien sûr, mais aussi dans ses cinq recueils de nouvelles. En attendant, qui sait, la publication des écrits tenus secrets de son vivant ?

Une pétition lancée par des acteurs du monde la nuit parisienne tire la sonnette d’alarme : la ville lumière serait asphyxiée par une “loi du silence” nocturne instaurée par les pouvoirs publics.

Le temps où l’on venait de toute l’Europe faire la fête dans les cabarets parisiens semble révolu. Aujourd’hui, selon une pétition intitulée “Quand la nuit meurt en silence”, Paris s’est fait largement distancer par les folles nuits de Berlin, Madrid ou Londres. Sur la page Facebook de la pétition, plus de 16 000 personnes ont déjà rejoint la cause et n’y vont pas par quatre chemins pour dénoncer la mollesse de la vie nocturne de l’ex-ville lumière, “capitale mondiale du sommeil”, “ville mortuaire” et “soumise”.

Les Parisiens seraient-il devenus des pisse-froids de la fête ? D’après les auteurs de la pétition (les associations Plaqué Or et Technopol et le disquaire Electro Kitchen), les causes s’avèrent multiples.  Elles sont d’abord structurelles : Paris souffre d’une pression foncière et économique (le prix très élevé des loyers) qui empêche le développement de lieux d’expression culturelle à la hauteur de la capitale. Un état de fait renforcé par des normes  drastiques en matière de sécurité et de limitation sonore. Car la raison est aussi législative. Avec la loi anti-tabac, les fumeurs sortent dans la rue et s’attirent les foudres du voisinage, qui n’hésite pas à porter plainte pour tapage nocturne. La pétition dénonce par ailleurs les pressions “grandissantes” de la préfecture et des services de police sur les lieux de vie nocturne pour faire respecter la tranquillité des riverains. Depuis quelques années, les fermetures de bars, de salles de concert et de clubs se sont succédées (voir carte).


Afficher Lieux de vie nocturne menacés ou fermés sur une carte plus grande

D’où l’exil de nombre d’artistes parisiens vers des villes européennes plus branchées. D’après Eric Labbé, disquaire à Electro Kitchen à l’origine de la pétition, “à la fin du XIXème siècle, Paris était LA ville du plaisir, mais depuis, ça ne fait que descendre. Du coup, Berlin est en train de prendre le leadership à tous les niveaux de la culture : avec la vie nocturne, elle attire toutes les activités artistiques“. Pour résumer : si les artistes s’ennuient à Paris, ils iront voir ailleurs, et c’est tout le rayonnement de la capitale qui en souffrira.

Rivalités à Venise

10 novembre 2009

Peinture : Titien, Tintoret et Véronèse au Louvre

Jusqu’au 4 janvier, le musée du Louvre propose l’exposition “Rivalités à Venise : Titien, Tintoret, Véronèse”. Visite guidée parmi les toiles des trois grands maîtres de la Renaissance vénitienne.

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Suzanne et les vieillards, du Tintoret

Venise, 16ème siècle. Dans la République des Doges, trois peintres se livrent à une formidable concurrence. C’est cette lutte pour la suprématie picturale que le musée du Louvre présente aujourd’hui, à travers 85 œuvres de Titien, Tintoret et Véronèse, mais aussi de quelques artistes moins connus comme Bassano ou Giorgione. Le résultat est époustouflant. L’exposition, découpée en plusieurs thèmes (les portraits, les scènes religieuses, les nus féminins…), met en lumière l’exceptionnelle émulation artistique qui fit de cette période une des plus riches de la Renaissance italienne.

Une émulation qu’on retrouve dans l’unité des sujets (Tarquin et Lucrèce, Suzanne et les vieillards, la Cène), mais aussi dans leur traitement. L’importance accordée par les trois maîtres au jeu sur les lumières et les couleurs, au détriment du dessin, se fait flagrante à mesure que le visiteur découvre ces toiles issues des plus grands musées du monde. Si bien que les non-initiés peineront à deviner au premier coup d’œil l’auteur de telle ou telle peinture.

Pourtant, les trois artistes possèdent chacun leurs particularismes, que l’exposition a le mérite de mettre en avant. Titien, figure tutélaire de l’art vénitien du milieu du Cinquecento, s’impose comme le maître de la noirceur à travers ses portraits ahurissants de vérité (Le doge Francesco Venier, 1554-1556) et ses représentations bibliques à la violence spectaculaire (Les tentations de Saint-Antoine, 1552-1553).

Le Tintoret, qui entretenait avec Titien une solide antipathie, se fait plus mystérieux, plus étrange que son aîné de trente ans, tant dans sa maîtrise d’un clair-obscur torturé (La dernière Cène, 1547) que dans l’audace de ses choix d’angle et de cadrage. Comme dans son troublant Autoportrait de 1588, où l’artiste vieillissant, échappant aux traditionnelles représentations de trois-quarts, se représente de face et semble nous dévisager pour l’éternité.

Véronèse enfin, fait montre d’un style plus apaisé, proche du maniérisme dans ses toiles lumineuses comme Les pèlerins d’Emmaüs (1559), ou annonciateur du baroque lorsqu’il nimbe d’une douce clarté son Christ mort de 1565.

Le doge Francesco Venier, de Titien
Le doge Francesco Venier, de Titien

L’exposition, en replaçant chacun de ces grands peintres dans le contexte économique, politique et culturel de la Venise flamboyante de l’époque, structure admirablement le parcours. On regrettera simplement que celui-ci soit gâché, comme souvent dans ce genre de manifestations victimes de leur succès, par un flux ininterrompu de visiteurs qui empêchera les amoureux de peinture d’établir un contact plus direct avec les œuvres. De quoi soupirer en songeant à un amateur d’art comme Stendhal qui, parcourant l’Italie au début du 19ème siècle, se plaignait lorsqu’un ou deux badauds l’empêchaient de profiter seul de ces toiles exceptionnelles…

Musée du Louvre, jusqu’au 4 janvier. 11 euros.

Le site de l’exposition : http://mini-site.louvre.fr/venise/index_fr.html

BD : Pascal Brutal T.3 – “Plus fort que les plus forts”, de Riad Sattouf

Riad Sattouf revient avec le troisième album des aventures de son héros Pascal Brutal. Pour le plus grand bonheur des amateurs d’humour subversif, de références ultra-modernes et de gags en-dessous de la ceinture.

Pascal_BrutalLa France, dans un futur proche. Alain Madelin est président de la République. Le pays est plongée en pleine régression économique, sociale et culturelle. La Bretagne a fait sécession et constitue un territoire autonome. Dans ce monde apocalyptique, un homme impose son style : Pascal Brutal, héros hyper-musclé, fan de Diam’s et doté d’un pouvoir d’attraction sexuelle inédit dans l’histoire de l’humanité.

Ceux qui avaient aimé les deux premiers tomes de Pascal Brutal ou ceux qui ne connaissent de Riad Sattouf que No sex in New York ou Retour au collège adoreront cet album. On retrouve dans cet opus son univers génialement féroce, sorte de miroir déformant du nôtre : les punks à chien sont présents dans toutes les couches de la société, la police nationale utilise des méthodes dignes de la Gestapo et l’ultra-libéralisme généralisé a renvoyé des pays comme la Russie à l’âge de pierre.

pascal_brutal3_imageAu milieu de ce chaos, Pascal Brutal, improbable croisement entre Joey Starr et de James Bond, emballe toutes les filles qui se présentent, explose les voyous et fume des joints sur son bolide, une “Kawa Snake” rouge. Et c’est jubilatoire. Sans doute  parce que Riad Sattouf, en plus d’être un réalisateur talentueux – Les beaux gosses, c’est lui -, est un dessinateur en plein dans son époque. Débarrassé de tout complexe d’infériorité vis-à-vis de ses aînés (Hergé ? Franquin ? C’est qui ?), il fait parler ses personnages en verlan et n’hésite pas à ridiculiser certaines tendances bien actuelles. Ainsi, lorsqu’il dessine un Maghreb devenu un vaste Etat permissif, tolérant et prospère, c’est pour dresser le portrait en creux d’un certain idéal de société dont nous nous éloignons à vitesse grand V. A cet égard, cette dernière livraison d’un auteur majeur de la bande dessinée actuelle fait figure de grand coup de pied dans le cul aux bien-pensants de tous bords. Salutaire.

Pascal Brutal sur Myspace : www.myspace.com/pascalbrutal
Une interview de Riad Sattouf dans le magazine “Têtu” :http://www.tetu.com/actualites/culture/riad-sattouf-raconte-les-dessous-de-pascal-brutal-dans-ttu-15217

Musique : Coming Soon – “Ghost Train Tragedy”

En 2008, les (très) jeunes Français de Coming Soon avaient surpris le public rock français avec un premier album anglophone et rafraîchissant, New Grids. Ils reviennent aujourd’hui avec ce Ghost Train Tragedy impressionnant de maturité.

On les avait laissés sur un premier opus très folk qui sentait bon la sève et le sapin, défendu sur scène lors d’une série de prestations assez épatantes. Aujourd’hui, les six jeunots de  Coming Soon,  tous entre seize et vingt-sept ans, durcissent le ton avec ce nouvel album maîtrisé de bout en bout.

Enregistré en Haute-Savoie, Ghost Train Tragedy ne traite pourtant ni de l’Aiguille du Midi, ni de fondue au coin du feu. Les fantômes qui le hantent sont plutôt à chercher de l’autre côté de l’Atantique : au pays des comptines malades de Lou Reed et des mélopées vaudou de Nick Cave.

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L’ambiance bon enfant qui régnait sur leur premier album a quasiment disparu. Fini le temps des mélodies gentillettes sur fond de guitare sèche, Coming Soon veut en découdre et le prouve sur ces 15 titres rageurs et désabusés, où les riffs les plus électriques (« Pillow Talk ») côtoient de fantastiques mélodies, tantôt nonchalantes (« Steel Wire », « Weather Changes »), tantôt faussement enjouées (« School Trip Bus Crash »). Mais toujours avec une science de l’enchaînement couplet/refrain que lui envieraient bien des collègues américains.

Le registre des paroles a lui aussi évolué : plus sombres qu’auparavant, les textes (en anglais) évoquent presque tous la déception amoureuse : ” Love is a cruel game / When you’re dead “, s’époumonent-ils sur le magistral “Walking”, qui inaugure le disque. Le tout avec leur ensemble de voix adolescentes désarmantes de spontanéité.

C’est d’ailleurs là que réside la véritable marque de fabrique du groupe : dans cette fraîcheur, cette grâce innocente dont une bonne part de la concurrence est dépourvue. Surtout dans nos contrées, d’ailleurs…

Découvrir Coming Soon : www.myspace.com/starsoon

Coming Soon – Moonchild