février 18th, 2010

Le Lavoir moderne parisien, contre vents et marées

Installée depuis 24 ans, l’association ProcréArt affiche, à travers le Lavoir moderne parisien, un solide bilan culturel : 7 000 abonnés, 500 spectacles et concerts par an, 100 000 visiteurs annuels. Tout a pourtant failli s’arrêter l’année dernière…

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Le Lavoir moderne parisien (LMP) est un petit bijou. Haut lieu de culture et d’échanges au cœur du quartier de la Goutte d’Or, il compte 1 000 adhérents et 7 000 abonnés. Plus de 1 500 artistes au rayon théâtre, musique, cirque, danse, ont investi ses planches depuis son ouverture. L’association ProcréArt, présidée par Hervé Breuil, a redonné vie à cette salle parisienne de 160 m² en 1986. Né d’un ancien lavoir public, l’établissement mène une politique culturelle de proximité, tout en recevant des compagnies théâtrales et groupes de la France entière (voir le programme ici).

Durant la période estivale, le Lavoir moderne parisien organise un festival eurafricain, mettant en scène les cultures du quartier de la Goutte d’Or. A cette occasion, tous les mercredis, blogtof1un repas de quartier réunit autour de plats africains les habitants du quartier venus goûter dans un esprit de partage, à cette ambiance conviviale et bon enfant. «Chaque semaine nous vous invitons à venir découvrir de nouvelles saveurs, à travers les goûts et les couleurs de nos voyages vers l’Afrique : le couscous du Maghreb, le maffé d’Afrique de l’Ouest, le wot éthiopien, le bissap…», se délecte Hervé Breuil.

Un endettement de 48 000 euros l’an dernier

Pourtant, tout n’a pas été facile. Il y a tout juste un an, l’association affichait un endettement de 48 000 euros. herve-breuilTrois raisons expliquaient, selon le maître des lieux, les difficultés de son établissement : le loyer, qui a bondi de 45 % en dix ans, les subventions qui n’ont pas suivi et l’apparition d’une nouvelle concurrence. «La Ville vient de rouvrir les Trois Baudets. L’année d’avant, c’était l’espace musical Barbara (voir post précédent Soutenir les jeunes dans leur créativité) tout proche… C’est très bien de créer de nouveaux lieux de culture. Mais ils programment le même type d’artistes que nous, avec de meilleurs moyens techniques et des tarifs inférieurs. On a du mal à s’aligner», déplorait-il.

Cette ardoise aurait pu définitivement « couler » le LMP, comme le rappelait le Parisien. L’association Procréart, qui gère le LMP et la salle de concerts de l’Olympic café voisin, risquait ni plus ni moins qu’une liquidation judiciaire. Heureusement le lieu de culture est sorti de l’impasse. «Nous avons convaincu le Tribunal qui finalement a notifié le désistement des poursuites, annulant ainsi toute procédure à l’encontre de l’association Procréart», se réjouit Hervé Breuil. L’aventure continue.

Lavoir moderne parisien
35 rue Léon
Métro Château Rouge
www.rueleon.net
01.42.52.09.14
Tarifs : de 5 à 15 euros

février 11th, 2010

Ecrivain public, médecin des âmes

Le quartier de la Goutte d’or recueille une population immigrée maîtrisant peu ou pas assez le français. Pour des documents officiels, des CV ou monter des dossiers, ils sont nombreux à recourir à un écrivain public. Comme à l’accueil Laghouat, trois fois par semaine.

«Conforter l’égalité des chances et les échanges entre les Français et les immigrés habitant le quartier». C’est l’ambition affichée par l’accueil Laghouat, une association qui accompagne l’évolution de ce coin de Paris depuis les années 1980. Pour ce faire, elle mène de front cinq types d’activités : accompagnement à la scolarité des enfants, cours d’apprentissage du français pour les adultes, médiation sociale, cours d’alphabétisation, et permanence d’écrivains publics. Les prestations sont gratuites.

L’écrivain public, ou écrivain conseil, est «un trait d’union entre les personnes et les I04-ecrivain-publicadministrations», explique le Groupement des écrivains conseils (Grec). Ce scribe des temps modernes doit bien sûr maîtriser les règles de grammaire, de syntaxe et disposer d’un vocabulaire étendu. En faisant preuve d’écoute et d’empathie, il est un acteur social qui permet aux individus de répondre à leurs obligations.

«80% des demandes concernent un dossier de Dalo»

Courriers de tous types, CV, discours, testaments, réécritures, faire-parts, biographies, formulaires ou corrections constituent le travail quotidien de l’écrivain public. A l’accueil Laghouat, rue Richomme, «80% des demandes concernent un dossier de Dalo (Droit au logement opposable, ndlr), révèle Séverine Berneline, bénévole de l’association. Il y a un vrai problème de mal logement. Les appartements ne sont pas toujours en mauvais état, c’est plutôt la surface qui est trop petite pour le nombre de locataires.»

A chaque permanence, une dizaine de personnes attendent patiemment leur tour. «Les gens qui font appel à nous ne sont pas forcément illettrés. Accueil-Laghouat-75018.jpegMais les formulaires administratifs, les décisions de justice ou de banques sont quelques fois incompréhensibles», soupire Marie-Amélie, l’autre bénévole de permanence. Pour répondre ce soir, elles sont seulement deux. Presque obligées de refuser du monde. Greffière ou communicante, Séverine et Marie-Amélie sont au fait des pratiques juridiques. Pour autant, pas de compétences spécifiques requises, juste de la bonne volonté.

La permanence doit s’achever à 21h. En réalité, Séverine et Marie-Amélie recevront jusqu’à 21h30. «Cette situation est difficile car, à chaque fois, il y a une situation personnelle. Nous montons des dizaines et des dizaines de dossiers, et tellement peu avancent», avoue Séverine. De temps à autre, des demandes sortent de l’ordinaire. Dernièrement, un sans-papier a demandé à rédiger une lettre de remerciement à une association qui l’avait aidé à obtenir un permis de travail.

«Vous êtes très gentille Madame»

Une mère de trois enfants, expulsable début avril, veut monter un dossier Dalo. Séverine la rassure: «L’huissier, malgré ce qu’il dit, ne peut pas vous mettre dehors en ce moment.» Mais elle la ramène à la réalité: «Seules 10% des personnes qui montent un dossier sont relogées. Le délai moyen d’attente pour bénéficier d’un logement de la Ville de Paris est de onze ans», lâche-t-elle. D’abord, la bénévole s’informe sur le dossier. Après une écoute attentive, elle se met à rédiger sur son ordinateur une lettre type à l’intention de l’adjoint au maire ou de Paris habitat. Silence absolu, seul émerge le bruit des touches du clavier. Les bénéficiaires sont reconnaissants : «Vous êtes très gentille Madame», répète inlassablement la mère de famille.

«Je savais que la personne que j’avais en face de moi ne serait pas entendue en haut lieu. Et pourtant, je le faisais car l’écouter avait déjà un effet bénéfique. Cela participe au sentiment d’avoir essayé quelque chose, de ne pas s’être laissé abattre», témoigne sur son blog, une ancienne bénévole. Assimilant les écrivains publics à des médecins des âmes. «Tenez moi au courant, insiste Séverine auprès de chacun, à la fin de l’entretien. Il faut garder courage.»

Accueil Laghouat
2 rue Richomme, 75018 Paris
Tél : 01 42 59 07 51
Permanences d’écrivain public assurées, sans rendez-vous, le mardi et le mercredi de 18h30 à 20h30, le samedi de 9h30 à 12h.


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février 6th, 2010

Mais vas-y, on te dit

Malgré quelques ennuis par le passé, Isabelle Cherchevsky tient, presque tous les jours, la barre à son café. Mélange original d’atelier de couture et de salon de thé, le Vas’y Léon est un havre de paix et de chaleur.

Sitôt le seuil du Vas’y Léon franchi, une certaine envie de se prélasser nous saisit. Et une interrogation : pourquoi un atelier de couture dans la même pièce qu’un salon de thé? «J’avais peur de m’ennuyer en faisant l’un ou l’autre. J’ai donc décidé de faire les deux!», répond Isabelle Cherchevsky. La formule est inédite et elle séduit.

Le salon de thé attire les habitués et badauds du quartier, «l’atelier de couture, le monde entier», lâche-t-elle dans un sourire. Car, faut-il le rappeler, le quartier réunit des gens de partout.DSC_0146 On vient bouquiner, papoter, siroter un vin naturel, dévorer le plat du jour. Côté couture, Isabelle Cherchevsky propose bérets, pantalons, jupes, manteaux. La gérante organise également des événements spéciaux : une journée crêpes ou un vide-grenier. Elle aimerait relancer ses «apéros chantants». Avant l’incendie, chaque vendredi ou samedi soir, un artiste venait danser ou chanter. «Mais il faut retrouver le courage», soupire-t-elle.

Des colliers au mur, un abat-jour de cuillères et de fourchettes

Ce mercredi soir, le mercure frôle les 0°. Les clients (plutôt des clientes d’ailleurs) s’y réfugient, chassés par le froid. DSC_0142Le Vas’Y Léon prend des allures de chalet de montagne. Pourtant, rien n’y fait penser ici. Un comptoir, une quinzaine de chaises, l’atelier au fond avec des morceaux de tissu en vrac, des colliers aux murs, un abat-jour composé de cuillères et de fourchettes. La fringante propriétaire des lieux, Isabelle, accueille les visiteurs le sourire aux lèvres. La Goutte d’Or, rue Léon et rue Myrrha, c’est son quartier. Celui où vivent sa mère et sa soeur.

La situation n’a pas toujours été aussi facile. Installée depuis le 6 mai 2006, DSC_0144l’artiste-hôtellière a subi plusieurs dégradations en 2007 : un cambriolage puis l’incendie de son local. Elle a donc quitté le quartier, «quatre mois dans un endroit sordide». Sitôt les travaux effectués, elle est revenue. Car Isabelle Cherchevsky se révèle être une battante. Elle fait ce qui lui plaît. Celle qui travaillait, il y a six ans encore, dans l’industie pharmaceutique «n’aime pas faire comme tout le monde». Ce salon de thé est à son image.

Vas’y Léon
du mercredi au dimanche de 11h45 à 20h00
35, rue Myrha
http://www.vasyleon.fr/


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janvier 29th, 2010

1, 2, 3, 4, viva l’Egypte !

Hier soir, l’Algérie rencontrait l’Egypte en demi-finale de la Coupe d’Afrique des nations. Le pays maghrébin n’a pas fait le poids face aux Pharaons. Pour autant, c’est la bonne humeur qui régnait à Barbès.

Vingt ans que l’Algérie n’a pas gagné la compétition continentale. Récemment qualifiés pour la Coupe du monde en Afrique du Sud, les joueurs et supporters maghrébins voulaient poursuivre dans la même veine. Sur l’affiche Algérie-Egypte soufflait comme un air de revanche, après les événements passés (voir post précédent).

Mais ils sont tombés sur plus fort qu’eux. Réduits à dix, puis neuf et même huit joueurs, les Algériens n’ont pu résister à des Egyptiens en état de grâce. Les “one, two, three, viva l’Algérie”, ont fait long feu. 4-0 à la fin du match, les Pharaons ont remporté leur troisième Coupe d’Afrique des nations de suite. Malgré la défaite, la rencontre s’est déroulée dans un bon climat. Aucun gros débordement ou dégradation n’a été à signaler.

Résumé de la soirée, en images, dans un café de Barbès.

janvier 20th, 2010

Pourquoi la « Goutte d’Or »?

Ce quartier est bien connu pour son marché et sa population colorée. Mais difficile de trouver un Parisien qui connaisse l’origine de son nom. Il puiserait ses racines au Moyen-Age, dans la couleur d’un brevage renommé, issu des vignes de Montmartre.

Aristide Bruant, chansonnier et écrivain français mort en 1925, savait-il l’origine de ce nom quand il a chanté A la goutt’ d’Or aristide bruant(vous pouvez retrouver sa chanson sur Deezer ici) ? Le quartier tire son nom du vin que l’on produisait jusqu’au XIXe siècle, la « Goutte d’Or », sur ces terres agricoles situées à la périphérie de Paris. « Ruinées par les guerres aux XIVe et XVe siècles, les dames de Montmartre se sont vues contraintes de vendre des terrains au bas de la butte », comme le rappelle le site de la mairie du XVIIIe arrondissement. Sur ces terres sont venus s’établir les acquéreurs, laboureurs et vignerons pour la plupart. Mais la Goutte d’Or était un prestigieux vignoble de vin blanc depuis le Xe siècle. Grâce à l’ouvrage de Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, on connaît même plusieurs anecdotes sur cette période viticole célèbre. La ville de Paris offrait chaque année au roi, lors de l’anniversaire de son couronnement, quatre muids (fûts de 1000 litres) du breuvage doré. montmartre_vignesSous le règne de Saint Louis, lors d’une fameuse beuverie, un philosophe nommé Rudolf, le déclara « Roi des vins », ex aequo avec les vins de Malvoisie et d’Alicante, mais après le vin de Malaga qui emporta le titre d’empereur des vins. En octobre dernier, l’habituelle fête des vendanges de Montmartre a célébré les 50 ans du jumelage des vignerons de Viré-Clessé avec la butte parisienne. La tradition perdure…

décembre 2nd, 2009

Soutenir les jeunes dans leur créativité

Offrir de bonnes conditions de travail à des groupes amateurs de musiques actuelles : hip-hop, metal, R’n’B … C’est l’ambition du Centre musical Fleury Goutte d’Or-Barbara, planté entre Barbès-Rochechouart et La Chapelle.

L’espace a ouvert ses portes en janvier 2008. Depuis, il ne désemplit pas. logo-fgo Equipement unique à Paris, le Centre musical Fleury Goutte d’Or – Barbara est voué aux musiques actuelles et au développement de projets et de pratiques artistiques de jeunes groupes amateurs ou en voie de professionnalisation. Ce site de 1 500 m² dispose de studios de répétition et d’enregistrement, d’un centre-ressources, d’un Kiosque Jeunes, de salles de pratiques collectives et d’une salle de spectacle de 280 places.

Alain Bashung et Olivia Ruiz pour parrain et marraine

Baptisé Barbara en hommage à la « longue dame brune », le centre a pour parrain Alain Bashung et pour marraine Olivia Ruiz. alain-bashung-2778020jnowm_1350 Signalons que le chanteur aujourd’hui décédé résidait à quelques centaines de mètres de là. En plein quartier de la Goutte d’Or. Occupant quatre niveaux, l’espace se présente comme un volume entièrement recouvert de vitres. Et pas n’importe lesquelles : sérigraphiées, elles renvoient, de nuit comme de jour, l’image de quatre partitions musicales lumineuses, colorées d’or ou d’argent. 166c38afe1 Ce nouvel équipement public développe une aide personnalisée forte en termes d’accompagnement et de soutien aux groupes et à leurs projets musicaux. A la croisée des pratiques « amateurs » et du secteur artistique professionnel, le Centre musical Fleury Goutte d’Or – Barbara est une véritable passerelle entre les pratiques musicales. Pour découvrir quelques créations, vous pouvez consulter la page myspace du centre.

Des critères de soutien précis

Pour bénéficier d’un accompagnement, il faut être un groupe de jeunes musiciens amateurs ou en voie de professionnalisation, ayant déjà un répertoire. Plus de 50 % de membres du groupe doivent être âgés de 13 à 28 ans. Un artiste solo peut aussi être accompagné, sur ces mêmes critères. Le parcours est constitué de modules d’une durée moyenne de 20 à 30 heures, qui coûtent chacun 60 euros par personne. Les accompagnateurs sont des professionnels, musiciens et techniciens. Et celui qui en parle le mieux, c’est son directeur, Gilles Christophe.

La Goutte d’Or reste un quartier populaire de Paris. Ce centre musical relève le défi de revenir vers ce qui fait l’intérêt du quartier : foisonnement culturel, lieu de toutes les rencontres, où l’on prend le temps de discuter au détour d’une rue, dans un bar ou dans un square.

Centre musical Fleury Goutte d’Or – Barbara
1 rue Fleury, 75018 Paris. Métro Barbès-Rochechouart
Ouvert tous les jours, sauf le lundi.
Contacts : 01.53.09.30.70 et contact@fgo-barbara.fr
Site : www.fgo-barbara.fr


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novembre 24th, 2009

“One, two, three, viva l’Algérie”

Mercredi soir, l’Algérie jouait sa qualification pour la Coupe du monde de football 2010 face à l’Egypte. Une victoire un à zéro a plongé Barbès dans l’euphorie. Les chants de supporters algériens et les djembé ont résonné toute la nuit dans le quartier de la Goutte d’Or.

Plus personne dans les rues. La station Barbès-Rochechouart, d’habitude noire de monde, est déserte. Mais les bars qui retransmettent le match Algérie – Egypte sont bondés. DSC_0314 Comme celui de l’Hôtel du Parc, rue Cavé. Les deux pays ont rendez-vous pour un dernier match à Khartoum, au Soudan, en vue de la qualification à la Coupe du monde de 2010. Le vainqueur rejoindra l’Afrique du Sud, le perdant restera chez lui. L’enjeu est énorme. La tension à son comble dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris. Avant le match, des concerts sont improvisés ci et là. Le cri des supporters, “One, two, three, viva l’Algérie”, est chanté du boulevard de la Chapelle à la rue Myrrha.

A la mi-temps, l’Algérie mène 1-0 face à l’Egypte. Dans le quartier, les supporters sont enthousiastes. Leur pays est en passe de se qualifier pour la première fois depuis 25 ans à la phase finale de la Coupe du monde. Abdel et Karim se félicitent de la bonne ambiance qui règne à Barbès. Surtout par rapport au climat dans lequel s’est déroulé la rencontre au Caire entre les deux équipes trois jours auparavant.

Après la victoire, la fête dans les rues de Barbès et de Paris

Au coup de sifflet final, c’est l’explosion de joie. Ca y est, c’est fait! Ils la tiennent leur Coupe du monde.

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Après le match, une foule compacte d’Algériens, de Maghrébins, rejoint le boulevard de la Chapelle, toujours au cri de “One, two, three, viva l’Algérie”. La circulation est interrompue, des dizaines de policiers prêts à intervenir. Des attroupements se forment avec drapeaux, pétards et cris de joie, mais aucun dérapage. Aux abords de la station de métro Barbès, de nombreux jeunes montent dans les arbres, sur les capots des voitures ou sur des pylônes électriques, tirant pétards et feux d’artifice dans une ambiance de liesse.

150 personnes interpellées

Des milliers d’Algériens et de Maghrébins vont faire la fête dans la rue pendant toute la nuit. Mais elle sera ternie par quelques incidents. Malgré la victoire, des dégradations ont été commises dans plusieurs grandes villes de France : à Paris mais aussi à Marseille, Strasbourg ou Lyon. Plus de 150 personnes ont été interpellées dans la nuit, notamment pour jets de projectile, violence et outrage à agent.


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novembre 17th, 2009

Le square où se retrouvent les anciens

Tous les jours en fin d’après-midi, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, le square Léon voit affluer les habitants du quartier de la Goutte d’or. Pour les anciens, c’est l’occasion de discuter avec des compatriotes, loin du pays natal. Ils jouent aux dames et se remémorent des souvenirs.

Le soleil resplendit en cet après-midi d’automne. Un vent léger réchauffe les corps endoloris, les arbres frémissent. Au square Léon, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, c’est l’effervescence. Comme chaque jour, à la fin de la journée, les habitants ont besoin de se réunir. Ibrahim et Mohamed, deux Algériens amis de longue date, se présentent tous les soirs aux alentours de 17 heures dans le parc de la Goutte d’or. « On est à la retraite, alors la vie c’est un peu ennuyant », confessent les septuagénaires, dans un français bredouillé. « On vient ici retrouver des amis et on parle du bled, de la famille, de tout et n’importe quoi ! » Assis sur un banc, un bonnet sur la tête et la main posée sur une canne, les deux vieillards discutent pendant deux à trois heures.

A mi-chemin entre Marrakech et Bamako

Le square Léon se noie dans les origines et de couleurs de peau différentes. Le quartier de la Goutte d’or – entre le boulevard de la Chapelle, les voies ferrées de la gare du Nord, la rue Ordener et le boulevard Barbès – est un des quartiers les plus cosmopolites de la capitale. Plus d’un tiers de ses habitants sont nés à l’étranger. Les gens proviennent du Maghreb, du Sénégal, du Mali ou du Burkina Faso. Ils parlent arabe, bambara, soniké. Le square Léon se situe à mi-chemin entre la place Jamaâ El Fna de Marrakech et le centre-ville de Bamako.

Les différentes générations se côtoient mais ne se mélangent pas. Les hommes âgés se concentrent sur leurs parties de dames. Les six ou sept tables quadrillées sont prises d’assaut. On commente, on critique, on soutient, on conseille, on plaisante. « Aïe, aïe, aïe », chuchote un spectateur à un joueur. « Tu n’aurais jamais du faire ça ! », s’époumone un autre. Les pions sautent, la table résonne, les éclats de voix percent le silence. Faute de moyens, des bouchons de bouteilles en plastique verts, rouges, bleus ou blancs font office de dames. Sitôt la dernière place avalée, le gagnant exulte. « Qui veut m’affronter maintenant ? Qui veut m’affronter ? » Une foule de mains se lève pour prendre la relève.

« Ce square me permet d’oublier ma tristesse »

Le fier vainqueur s’appelle Hicham. Il enchaîne tous les jours les parties endiablées. Arrivé en France il y a quelques mois, ce Sénégalais vit de petits boulots de nuit. Et il n’est pas le seul. Près de la moitié des habitants de la Goutte d’or qui possèdent un travail sont ouvriers ou employés. Ce square, « c’est un peu ma bouée de sauvetage. J’ai laissé toute ma famille à Dakar et c’est un peu dur. Quand je viens ici, je retrouve des frères africains. Ca me permet d’oublier un peu ma tristesse », témoigne-t-il. Alors le jour de dames reviendra à la même heure demain, après-demain… Pour ce soir, ça suffit. Et puis le jour commence à tomber. Il est temps de rentrer.

novembre 11th, 2009

Le mur invisible de Barbès

Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombe. Le 9 novembre 2009, l’anniversaire de cet événement a un retentissement mondial. Pourtant, de nombreuses murs existent toujours. Ils sont moins visibles, non moins efficaces. Exemple dans le quartier de la Goutte d’or à Barbès.

photo mur Berlin

On a fêté hier les 20 ans de la chute du mur de Berlin. Le monde entier a salué cet anniversaire, synonyme de liberté et d’espoir pour des milliers de gens.

Cependant, “pour un mur abattu, combien de murs érigés?”, demande la jeune députée d’Europe Ecologie Karima Delli sur son blog. Des Palestiniens ont notamment ouvert une brèche dans l’enceinte qui encercle la Cisjordanie. Ils sont parvenus à renverser un pan de la muraille, mais en guise de réponse, n’ont obtenu que des jets de grenades lacrymogènes.

Il a y encore de nombreux murs de la honte, même en France. Ils sont quelques fois invisibles. Mais pas moins efficaces. Le quartier de la Goutte d’or, pourtant en plein centre de Paris en témoigne. Il semble en recul par rapport à la société française. “Ces murs séparent les communautés et interdisent l’ascension sociale ou organisent le racisme. Murs invisibles, ils sont plus difficiles à faire tomber que les murs de pierre”, insiste Jacques Attali sur Slate.fr.

30% d’immigrés à la Goutte d’or, 17,5% pour tout Paris

Barbès Coeur

C’est un des quartiers les plus cosmopolites de la capitale: 30% de population d’origine immigrée, contre 17,5% pour toute la ville de Paris, à majorité des individus provenant de pays caribéens, du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. Une population refoulée derrière le mur de l’ignorance, à quelques centaines de mètres de Montmartre et du Sacré Coeur!

Le quartier de la Goutte d’or serait devenu infréquentable. Les trafics récurrents en dressent un portrait pas très reluisant. Mais c’est aussi un lieu de fête, où les cultures et les gens se mélangent. Le “tout-Paris” se presse au marché de Barbès, réputé pour ses petits prix. De petites boutiques (voir ci-dessous “La création à l’heure africaine”) naissent les unes après les autres, les immeubles sont en pleine réhabilitation et le quartier, depuis le début des années 2000, subit une large “boboïsation”. Pour autant, les différences restent flagrantes entre la population de la Goutte d’or et celle de la capitale toute entière, comme ce graphique le montre.

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Mais le quartier bouge et se transforme. Si certaines solidarités disparaissent, la criminalité et l’insécurité sont en baisse depuis de nombreuses années. Ce sont ses habitants qui en parlent le mieux.

novembre 2nd, 2009

« Marlboro, Marlboro »

A la station Barbès-Rochechouart, les vendeurs à la sauvette sont de plus en plus nombreux à vendre des cigarettes de contrefaçon, pour 3,50 euros le paquet. Au bord du carrefour et dans les couloirs du métro, ils haranguent les passants.

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« Marlboro, Marlboro » lâchent-ils pendant des heures sans discontinuer. Sur le boulevard et aux abords du métro, des dizaines de vendeurs à la sauvette proposent des cigarettes. Le tarif est attractif. 3,50 euros le paquet, au lieu des 5,50 euros de la moyenne. Mais ce n’est pas la même qualité. Car ces cigarettes sont issues de la contrebande. Elles sont même, d’après Les Echos, les premières victimes de la contrefaçon.

Le phénomène n’est pas nouveau. Il a déjà été montré du doigt par plusieurs reportages. Arte en a fait un sujet.

Mais aussi cette précieuse enquête de Lundi Investigation, une émission de Canal+.

Barbès, un carrefour bondé, quelques fois hostile

Pour autant, les vendeurs agissent sans véritable contrainte. Ils sont présents toute la journée autour du carrefour sans que personne ne les opportune. Il arrive que de temps à autre une descente se fasse à l’arrêt de métro Barbès-Rochechouart. Ces six derniers mois, pas moins de 254 vendeurs ont été interpellés, d’après Le Parisien.

Barbes

Mais par impuissance ou par manque de conviction des policiers, les vendeurs à la sauvette parviennent presque toujours à s’échapper. L’explication ? L’endroit est toujours bondé, quelques fois hostile. Il est donc bien difficile pour les policiers d’imposer leur autorité. La situation n’est pas près de changer.

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