« Le journalisme d’investigation est un combat »

Mohamed Sifaoui, journaliste d’investigation, était l’invité de Frédéric Encel à l’IPJ jeudi dernier. Extraits choisis d’une conférence riche en enseignements sur le journalisme d’investigation.
Mohamed Sifaoui est un homme sans concession. Et un journaliste d’investigation dans l’âme. A peine la conférence commencée, il renverse la situation et pose la première question. « Qui veut être journaliste d’investigation? », demande-t-il les bras croisés à l’auditoire. Quelques mains timides se lèvent. Le débat s’anime.
Pour Mohamed Sifaoui, « l’investigation est un choix. Le journaliste d’investigation s’intéresse aux phénomènes extrêmes, à des choses à la marge du quotidien ». Tout de noir vêtu, il teste son auditoire, le plaçant face à un dilemme. « Si vous interrogez un homme et que vous obtenez deux réponses différentes en on et et off, laquelle utilisez-vous? » Pour Mohamed Sifaoui, pas de doute possible. Il faut utiliser les deux réponses, afin de respecter le « climat de confiance entre le citoyen et le journaliste. Trop de journalistes deviennent des porte-micro ».
Mohamed Sifaoui dénonce cette « culture de la connivence entre les journalistes et les gens qui sont dans le débat public, ce qui décrédibilise les journalistes ». Car le rôle du journaliste, « c’est de montrer la réalité, et non de rapporter une propagande », affirme-t-il. Tripotant ses lunettes, il revient sur ce qu’il appelle « le journalisme institutionnel ». « Aujourd’hui, il y a des pressions pour que l’information soit traitée d’une manière favorable aux milieux dirigeants ».
Pour ce passionné, le « manque de combativité de beaucoup de journalistes » nuit à la profession. Il faut se battre pour ses sujets. « Je me suis spécialisé dans les réseaux islamistes. C’est une bataille de tous les jours avec les chaînes, qui ne veulent pas se mettre des communautés à dos », explique-t-il agitant les bras comme pour convaincre son auditoire. « Une auto-censure s’installe dans les rédactions. On s’interdit de traiter certaines informations. ».
Une chose inconcevable pour Mohamed Sifaoui. Vu la liberté de ton et de parole du personnage, qui exècre toute forme de conformisme. Mais cela dérange et suscite des critiques. Mohamed Sifaoui « revendique le fait d’être un journaliste controversé ». Il avoue « assumer la subjectivité » de certaines de ses enquêtes, notamment sur les réseaux islamistes. « Dans mon enquête, je défie quiconque de dire que ce qui est dit est faux. Mais c’est vrai, il y a une part de subjectivité. Je le revendique, car je déteste l’islamisme et le terrorisme. Je veux les dénoncer. » Aller à contre-courant. Repousser les limites. Et assumer. Telle est l’investigation selon Mohamed Sifaoui.