Pas le temps

Opéra Garnier, 10 h. Défiguré par des travaux, le Palais Garnier est cerné par des échafaudages. Besoin d’un petit coup de jeune.
Sous le regard de Beethoven et de Mozart, deux ouvriers s’efforcent de plier une immense toile blanche, tandis qu’un autre, fatigué, passe le balai. Le jean tâché de peinture, un travailleur téméraire, bien harnaché, grimpe sur l’échafaudage en fer et se retrouve à trois mètres de haut, le sourire aux lèvres. Le travail reprend son cours. Pas le temps de flâner.
Devant l’Opéra, les bruits et la poussière se mêlent aux visiteurs, qui affluent de plus en plus nombreux. Prêts à dégainer les appareils photos. Pour « le » cliché qui fera sensation auprès des amis et de la famille, un couple japonais mitraille le monument. Mais déjà, ils repartent vers une autre destination. Pas le temps.
L’air pressé, un homme en costume passe devant l’Opéra sans même prêter attention à l’édifice. Fatigué, il ne lève plus la tête. Comme obnubilé par ses chaussures. Il ne s’émerveille plus. Pas le temps.
Des bohémiennes errent sur les trottoirs bordant l’Opéra. Pieds nus, jupes longues et foulards rouges sur la tête, elles interpellent les passants. « Pour manger, s’il vous plaît ». Les piétons détournent la tête. Baissent les yeux. Pas le temps.
Le temps est devenu une denrée rare dans la capitale.