février 23rd, 2009
Le grand détournement d’Orléans
Pour lutter contre un projet routier qui détruirait plusieurs hectares d’espaces protégés, une association du Loiret a décidé, il y a quatre ans, d’alerter les instances européennes. Retour sur le parcours du combattant de ces « castors énervés ».
Le président Yves de la Martinière et son secrétaire Jean-Marie Salomon sont remontés. Depuis dix ans, ils se battent, par l’intermédiaire de leur association Les Castors Enervés, pour empêcher la construction d’un pont sur la commune de Mardié (Loiret) visant à contourner Orléans. En 2005, après plusieurs tentatives infructueuses au niveau national, le petit-fils du président de la structure revient du collège, où il a assisté à un cours d’instruction civique. L’adolescent suggère à sa mère d’envoyer une pétition au parlement européen pour les avertir du danger qui pèse sur la commune pourtant classée au patrimoine de l’Unesco. Le 13 mai 2005, le jeune homme et sa mère envoient le document à Bruxelles.
La requête alerte la commission des pétitions. La commune de Mardié appartient à une zone classée Natura 2000, un réseau européen qui vise à préserver la diversité et le patrimoine naturel des sites. Impossible donc aux yeux des députés européens en charge du dossier de refuser la demande des associations du Loiret. Six autres structures de la région, inquiètes du projet de Grand contournement routier d’Orléans, ont-elles aussi fait parvenir des pétitions jugées recevables. Les réclamations sont regroupées en un seul document.
« Le pont sur la commune de Mardié est le pire des projets »
Les auditions à Bruxelles commencent deux ans plus tard. Chaque représentant des associations vient s’exprimer devant des députés européens pour exposer ses griefs. Le président UMP du Conseil Général du Loiret, Eric Doligé est lui aussi invité à parler. Pour Jean-Marie Salomon, pas de doute, l’accueil reçu à Bruxelles est allé bien au-delà de ce qu’il espérait. « On dit tellement de mal de l’Europe, alors que c’est en France que nous avons l’impression d’être des intrus, des gens qui n’ont pas voix au chapitre », s’insurge le secrétaire des Castors énervés. « Ce qui nous a frappé, c’est la qualité de l’accueil. A Bruxelles, nous avons même été pris en charge par un correspondant local », poursuit-il. De leur côté, les représentants de la commission se mobilisent. Pour eux, parmi toutes les constructions dénoncées dans la pétition, « le pont sur la commune de Mardié est le pire des projets ». « Il n’y a pas d’alternative proposée par le Conseil Général, et la route qui passe déjà par la commune est loin d’être surchargée », confie t-on à Bruxelles.
La visite sur place, une première en France
Les 1er et 2 octobre 2007, une délégation européenne décide de se rendre à Mardié et dans les communes environnantes pour examiner la situation. Une dizaine de personnes, dont deux députées danoise et italienne et un polonais, débarquent dans le Loiret. Emmenés par le secrétaire général de la commission des pétitions, David Lowe, les parlementaires écoutent les réclamations des associations et du Conseil Général, qui reste évasif sur la suite à donner au projet de grand contournement. « Cette visite a été une première en France », confie fièrement Jean-Marie Salomon. « Au vu de notre charge de travail, ce type de rencontre sur le terrain se fait de manière sporadique », déclare t-on à la commission.
Normal, quand on sait que 1864 pétitions provenant de toutes l’Europe ont été reçues l’année dernière. « Mais cette fois-ci, le sujet paraissait important et complexe. Il était nécessaire de voir les acteurs concernés par le problème ». Quelques semaines plus tard, la commission rend son rapport. Les conclusions vont dans le sens des Castors énervés. Le projet est jugé potentiellement incompatible avec trois directives européennes en matière d’environnement. Le pont existant est qualifié de « suffisant ». Dans les rangs des associations, c’est le soulagement. Mais pas l’apaisement.
Car comme le confie un responsable de Bruxelles, « La commission ne peut pas engager de procédure. » C’est donc plus un avis qu’une injonction qui est rendu par l’Union européenne. Si les députés gardent un œil sur l’avancement du projet, Jean-Marie Salomon continue de se battre. Pour l’instant, le grand contournement routier d’Orléans est en suspend. Le castor d’Europe, cette espèce rare qui peuple les rives de la Loire peut dormir sur ses deux oreilles : les énervés de Mardié veillent sur lui.
Marion Liautaud et Nicolas Herbeaux
Site de l’association “Les castors énervés”
Présentation de la commission des pétitions (Site du Parlement)


