Episode 4 : the true taste of Quebec
Lorsque que nous étions en voyage dans les Hautes Terres d’Ecosse à chasser le McLeod*, notre quête d’authenticité nous avait conduit dans un supermarché à la recherche de produits du terroir quand nous sommes tombés sur un paquet de flocons d’avoines « the true taste of Scotland » montrant un valeureux Highlander, le regard tendu vers l’horizon, les bagpipes dans une main, le tronc à lancer spécial highlands games dans l’autre (en fait la main gaughe, c’est ma théorie, la main droite c’est le souvenir de Matthieu, nous sommes encore en débat pour trancher si c’était un cornemuseur ou un concurrent des Highlands games, des jeux où les écossais tentent de prouver leur virilité en lançant des choses lourdes loin, en gros). Le viril Ecossais porte bien sûr un kilt prometteur (car lourd de suggestions de nudité vulnérable, quoique la taisant par respect pour les mangeurs de porridge de moins de 12 ans).
Bref, la limite entre authentique et kitsch est ténue, on s’en aperçoit vite en observant les touristes en France, voire soi-même à l’étranger. Et résumer une culture sans tomber dans d’absurdes clichés est un exercice ardu. Mais, amatrice de défis, je vais m’y risquer (tatatatatatata : Mesdames et Messieurs sous vos yeux ébahis et vos applaudissements enthousiastes, la grande Miss Mélimélo, la perle du cirque Pinder, va se risquer à un exercice périlleux: la Description du Québec, un frisson de terreur parcours la foule aux yeux ébahis).
La première fenêtre du Français moyen sur un pays étranger quelconque, c’est le guide du routard. Et c’est peut-être une fenêtre un peu biaisée. La première fois que Sean a vu le guide du routard Québec, il a explosé de rire. Il faut dire que la couverture présente un espèce de bucheron hirsute en chemise à carreaux qui présente, à la fenêtre de son chalet, un plateau de pancakes, sur lequel il répend une quantité honorable de sirop d’érable. Sous prétexte qu’il ne porte pas de chemise à carreaux et qu’il est toujours rasé de près, Sean prétend que cette couverture est un cliché ridicule. Moi qui étais persuadée qu’un routard lors de l’un de ses périples avait trouvé le Québécois parfait, j’ai réalisé que la photo avait peut-être été prise en studio… ô désillusion!
La même photo a même choqué les cousins moit’-moit’ (moitié québécois, moitié français de Matthieu) qui se sont sentis un peu (au moins à moité…) tournés en ridicule.
Sean, qui a décidément le sens de l’humour, était tout aussi mort de rire lorsque, fiers de l’exception française qu’est pour nous le routard nous lui avons lu l’intro. Il a trouvé remarquablement drôle le passage qui disait que le climat rude avait forgé le caractère québécois. Il ne manque d’ailleurs jamais une occasion de me rappeller, lorsque je me plains de la température, que c’est l’occasion pour moi de mieux comprendre de l’intérieur comment s’est forgé le dit-caractère. Plutôt que de continuer à être la risée de mon coloc, j’ai rangé le routard au placard.
Et bon appétit bien sûr
Pour le Français qui se respecte une culture étrangère s’aborde avant tout par la nourriture, mais là encore les difficultés pour aborder la version québécoise de la gastronomie sont nombreuses. D’abord, parce que certains s’appliquent à ne pas manger québécois. Sean, par exemple. Les premiers jours, je l’observais pleine de curiosité à l’heure des repas (un peu bizarre l’heure des repas soit dit en passant). Dans ma tête défilaient déjà des commentaires de documentaires animaliers. « Le jeune mâle québécois se nourrit essentiellement de x. Il est aussi friand de y qui donne à son poil ce lustre et cette douceur typique et lui permet de supporter l’hiver rigoureux qui a forgé le caractère québécois, même si le jeune mâle québécois refuse de l’admettre parce qu’il est de mauvaise foi. » Je m’attendais à un mangeur de hamburgers ou qch conne ça. Sean ne mange que des crudités en salade et des pâtes, très bon sans doute, mais absolument rien que je n’ai déjà mangé…
Il a néanmoins fait une recette très bonne une fois, à base de lentilles et de gingembre, vraiment super. Je l’ai donc imité et je lui ai confié combien j’éatis fière de ramener une recette québécoise dans mes bagages. « c’est indien », m’a t-il corrigé. Damned, encore raté caramba.
Comme mon cobaye préféré s’est révélé décevant, nous nous sommes tournés vers les restos. Malheureusement notre resto préféré est un italien. Un délice, mais ça ne fait pas avancer notre enquête.
En fait, il semblerait que la nourriture ici, quand elle ne vient pas des quatre coins du monde, soit un mélange de plats traditionnels consistants, genre la tourtière, une tourte à la viande de veau, boeuf et porc, et de plats plus récents adaptés des traditions plus fastfood américaines. Un bonne exemple est la poutine: des frite nappées de sauce marron, avec de la viande et du fromage fondue. C’est souvent considéré comme un accompagnement! C’est assez pratique cependant, tu ne manges qu’un seul plat dans toute la journée que tu mets environ dix heures à digérer.
La richesse d’un pays, ce sont ses hommes (c’est beau, ce que je dis). Mais où sont les hommes ? (et leurs compatriotes féminines…)
Le Québécois, dont le caractère, rappelons-le, s’est forgé à la froidure de l’hiver, est plus dur à rencontrer qu’il n’y paraît, même dans son habitat naturel.
Je ne vais pas encore une fois pleurer sur mon sort de pauvre stagiaire incapable de me faire l’auberge espagnole sans être à la fac (spécial dédicace à Erasmus)… vous avez déjà, pour la plupart d’entre vous déjà entendu ce refrain, mais c’est sûr que ça n’a rien d’un facteur arrangeant.
J’ai essayé de résister longtemps à l’attraction des Français, mais rien n’y fait j’ai dû rencontrer dix fois plus que des locaux. Cest bien simple le Français pullule ici, c’est déprimant. Le plus dingue, c’est que parmi ceux que j’ai rencontré, vous n’imaginez même pas combien sont à l’IEP à Lyon avec moi… sans que je ne les connaisse de là bas!
Quand nous sommes arrivés, nous avons trouvé ici pas mal de gens de la famille de Matthieu. Grâce à eux on a pu faire quelques trucs de Québécois, genre partir dans un chalet perdu dans la nature près d’un grand lac gelé (où le gens roulent en voiture sur la glace, sisi, c’est vrai, ils le font. Par contre, si la glace craque tu es mort. Bon, après chacun fait ses choix. D’après le cousin de Mat, tu as une minute pour reprendre ta respiration -à cause du froid, et cinq minutes pour dégager, ça laisse une minichance).
Bref, on a fait du patin à glace sur l’étang dans le jardin et de la luge sur lma colline derrière… trop bon, d’autant que les luges ici sont plus sophistiquées que les machins en plastique rouge français… vous avez même des espèces de bodyboard… Mais je m’égare. Des trucs de québécois disais-je comme manger de la poutine et de la tarte au sucre (on devrait plutôt parler de tarte au beurre, par honnêteté nutritionnelle). Le seul hic, c’est que c’est pas vraiment des Québécois 100%: avec une mère française et tout le temps qu’ils ont vécu à l’étranger…
Bien sûr, il y a Sean et ses amis de la fac de droit, tous anglophones… Mais est-ce que des anglophones peuvent être Québécois? « Pas question » tranche une collègue francophone. Elle a un sourire en coin, mais elle est catégorique. Nos autres coloc, Toto et Oscar, les perruches de Sean, seraient aussi anglophones, en tout cas, on leur parle anglais. Ben quoi, ça vous fait rire « Toto » et « Oscar » ? vous préféreriez peut-être que les perruches s’appellent Jean-Marc et Martin?
Bref, outre la vie en coloc, je voulais socialiser grâce à des cours de sport, donc j’ai repris le chemin de la piste de danse et des cours de salsa. Je pensais rencontrer quelques autochtones. Que neni, c’est tous des hispanos. Et si vous entendiez le prof, oh mon dieu…. Orlando, de son prénom, baraguine un espagnol parfois entrecoupé de français, où émerge régulièrement des mots que je ne reconnais pas qui s’avèrent être du québécois. Genre« les go vous faites un po », ça veut dire les gars vous faites un pas… Hilarant. Sisi, vraiment.
La langue de Molière, la langue de Shakespeare et …. la langue de Céline Dion (oui, bon, je suis cruelle)
Une des vannes que j’ai le plus entendue en partant, c’est que j’allais revenir avec l’accent québécois. Normalement, ça ne devrait pas arriver, encore que… Ceci dit, un des grands changements, c’est qu’il ne me semble plus ridicule du tout, aussi surprenant que cela puisse paraisse, pas moyen de me souvenir ce qu’il ya de drôle. A noter que pour eux aussi notre accent est ridicule! Un mec de mon cours de salsa m’a fait une imitation, au demeurant fort cruelle, alors apparemment on ne sais dire que « tututulutulutu » (je n’avais jamais remarqué) et en nous regardant, ils désespèrent de nous voir ouvrir la bouche.
Si on peut s’habituer à l’accent, il reste qu’entendre un Québécois a souvent tendance à mettre en alerte les fonctions Bled et Petit Robert du cerveau du Français moyen (comme vous le voyez, mon stage dans une agence de presse spécialisée dans les sciences m’a donné des notions solides de neurosciences).
Soyons logique : comme chacun sait (je sais parfaitement que les trois quarts d’entre vous n’en savent rien, mais nous allons prétendre le contraire pour les besoins de la démonstration), les Français se sont fait piquer la Nouvelle-France par les Anglais après la guerre de sept ans, soit pour prendre la date officielle, en 1763. Les colons français encore dans le coin ont donc perdu ce jour là leur lien avec la mère patrie. Même si des échanges culturels se sont maintenus après cela, on pouvait s’attendre à ce qu’en presque deux siècles et demi à évoluer quasi librement, la langue québécoise s’écarte un peu de sa cousine. Je suis personnellement même surprise que le français de France reste le « bon » français officiellement et que le Québec n’ait pas ses propres dicos et livres de grammaire.
Quoiqu’il en soit, les écarts peuvent tout de même surprendre, à vous de choisir s’ils vous amusent, vous irritent ou vous surprennent simplement.
Trêve de blabla, des exemples, s’écrient la plupart d’entre vous (oui, j’aime à penser que j’ai un auditoire attentif et énergique).
Je suis allée avec mon cheum à l’expo, pis c’tait ben le fun. T’as-tu vu l’expo ?
Non, j’ai le goût d’y aller, mais je demeure trop loin.
Ah, c’est plate, où c’est-tu que tu restes ?
À Laval.
Non ! Ça se peux-tu ?
Ben oui, pis je cherche un nouveau condo parce que j’suis tanné. En tout cas, t’as-tu vu le match de Hockey hier (« oki ») ?
Oui, ils ont bien performé !
( Traduction pour cex qui n’ont pas pris québécois troisième langue : Je suis allée avec mon petit copain à l’expo, c’était génial. Tu l’as vue ? Non, j’ai envie, mais j’habite trop loin. Dommage, t’habites où ? À Laval. Non, c’est pas vrai! Ben si, je cherche un nouvel appart à acheter, parce que j’en ai marre. Et sinon, tu as vu le match de hockey (oké) hier ? Oui, ils ont bien joué.)
Bref, ça pourrait durer longtemps, d’ailleurs ils le parlent 24 heures/24, c’est vous dire s’il y a de la ressource pour faire durer… Plein d’autres exemples qui vous montrent que le Québécois va garder des vieux mots qu’on n’utiliserait plus jamais en France, des tournures vieillotes ou au contraire « novatrices », et beaucoup d’anglicismes, plus ou moins francisés, qui frappent d’autant plus qu’ils sont différents de ceux que nous utilisons et qui peuvent gêner certains Québécois comme des menaces pour la langue française. Ils disent bonne fin de semaine et pas weekend, courriel et surtout pas mail, mais à côté de ça….
Bref, et cette fois-ci ce sera un vrai bref, je voudrais remercier les courageux qui m’ont suivie jusqu’à la fin, Elisa m’ayant fait réalisé avec horeur que certains pourraient trouverque je fais quelques longueurs et s’arrêter en chemin… rage et désespoir du poète incompris.
Je dois avouer que depuis le temps que je devais vous l’écrire celui-là, j’avais emmagasiner pas mal de matière…
*Highlander, je traduis pour les ignards, mais vous m’apprendrez vos classiques pour la prochaine fois