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Guinée-Bissau : toute la misère du monde

Posted by: Maureen Grisot | janvier 13, 2010 | No Comment |

Série de cinq carnets de route pour Un dromadaire sur l’épaule, émission quotidienne de la Radio suisse romande. Un voyage en Guinée-Bissau, pour découvrir une population qui paraît mener une vie paisible malgré la situation précaire.

La Guinée-Bissau est classée par la PNUD au troisième rang des pays les plus pauvres au monde.

Une affirmation bien trop abstraite, dont on imagine mal les conséquences sur le terrain: des routes défoncées, des enfants dont la journée à l’école se résume à une matinée, d’autres enfants qui fréquentent uniquement l’école coranique car leurs parents ne peuvent payer les 1 000 F CFA (environ 2,20 CHF) mensuels de l’école portugaise, un unique hôpital bondé et où seuls les plus démunis sont contraints d’y recevoir des soins médiocres, des commerces qui disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus, des trafiquants de cocaïne qui ont pignon sur rue, une population qui fuit inexorablement vers l’Europe, une capitale sans électricité ou presque.

Pourtant, les Bissau-Guinéens, communauté lusophone coincée entre le géant Sénégalais et les Guinéens de Conakry, semblent mener une vie paisible à l’ombre des cocotiers. Oubliée la cohue de Dakar: ici tout s’écoule, au rythme du gumbe et des Caïpirihnas.

Soucieux de prouver leur nonchalance, beaucoup d’habitants se targuent d’avoir rempli les terrasses des bars du centre-ville au lendemain de l’assassinat du président et de son chef d’Etat major en mars 2009.

Mais ce leurre cache une autre réalité: on ne retrouve dans ces endroits à la mode que les expatriés, de rares touristes, ou encore le peu de locaux employés par les agences onusiennes ou européennes.

Si quelques rares diplômés résistent à l’émigration, c’est au prix de crises de nerfs et de débrouilles en tout genre. Le reste de la population ne peut que subir les conséquences d’un Etat désorganisé, et espérer une amélioration grâce à leur nouveau président, élu en juillet 2009.

Diamanka. Les livres pour passion (11.01.10)

Diamanka au CCFAu centre culturel français (CCF), tout le monde connaît Diamanka. Posté derrière son ordinateur dans la bibliothèque, il passe son temps à archiver, classer, ranger, et conseiller les lecteurs.

Mamadou Diamanka adore son métier, mais son sourire disparaît quand il se penche sur la vie culturelle de son pays, qui se résume au CCF et à un centre culturel brésilien tout juste émergent.

Il envoie la quasi-totalité de son salaire au Sénégal, où il construit une maison pour ses parents. Il espère pouvoir bientôt s’offrir une bibliothèque en bambou pour y ranger ses livres, qui prennent la poussière dans des sacs plastiques sous son lit.

Centre culturel français de Guinée-Bissau

Invité

Gérard Chaliand est un géostratège, spécialiste de l’étude des conflits armés et des relations internationales et stratégiques. Ses axes de recherche concernent essentiellement les conflits irréguliers (guérilla et terrorisme) dont il est devenu l’un des plus éminents spécialistes et théoricien mondial.

Il s’est engagé comme observateur participant dans les guérillas de décolonisation durant plus de vingt ans. Il côtoie les combattants d’une quinzaine de maquis sur quatre continents et notamment en Guinée-Bissau portugaise, aux côtés d’Amílcar Cabral, fondateur du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert le PAIGC, qui amena à l’indépendance ces deux états colonisés par le Portugal.

Son expérience et ses réflexions sur la guerilla guinéenne ont été publiées dans Lutte armée en Afrique, 1967, Librairie François Maspero.

Pour en savoir plus sur Gérard Chaliand

Quinhamel. Un asile sous les cocotiers. (12.01.10)

L'asile de QuinhamelLe fleuve, les palmiers, le soleil et les oiseaux, à Quinhamel, petite ville à 40 kilomètres de Bissau. Un cadre idyllique où les habitants de la capitale viennent passer leur week-end, juste à côté d’un asile pompeusement baptisé « Défi jeunes ».

Si ici échouent effectivement quelques adolescents déstabilisés, on y rencontre surtout des alcooliques, des fumeurs de joints, des déséquilibrés, et des malades mentaux.

Dans un pays où l’unique hôpital psychiatrique a été détruit pendant la guerre, cette pension de luxe (le mois coûte l’équivalent d’un salaire mensuel moyen) n’emploie pas de médecin.

Le pasteur qui gère le centre prétend soigner ses ouailles par le chant et la parole. Ils peuvent pourtant à peine parler, forcés d’ingurgiter anxiolytiques et autres antipsychotiques prescrits sans ordonnance.

Quinhamel sur Google map

Invité

Christophe Champin, rédacteur en chef adjoint du site Internet de RFI. Il travaille depuis près de 20 ans sur les questions africaines (précisément depuis 1991) et il a été correspondant régional de RFI à Dakar de 2004 à 2008. Il prépare un livre sur le trafic de cocaïne en Afrique subsaharienne.

Rapports:

Le Trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest, une menace pour la stabilité et le développement, UNODC (Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime), décembre 2007 (pdf)
Criminalité et développement en Afrique, UNODC, juin 2005, (pdf)
Rapports du département d’Etat américain sur le trafic de stupéfiants dans le monde

Articles récents sur le sujet:

Sur les traces de l’avion de la cocaïne, par Serge Daniel,
La véritable histoire de l’avion de la cocaïne
, par Serge Daniel,

Articles de l’auteur:

La plaque tournante ouest-africaine, par Christophe CHAMPIN, 25 février 2009
Afrique du Sud/Drogue: Une nouvelle plaque tournante de la cocaïne, par Christophe Champin, 18 février 2009,
L’Afrique de l’Ouest, paradis des Narcotrafiquants, Christophe Champin, le Figaro, 15 octobre 2007

Réfugié casamançais. Quatorze ans d’exil… à trente kilomètres de chez soi. (13.01.10)

Yuba et sa famille devant leur maison, à quelques kilomètres du SénégalYuba a fui les bombardements de l’armée sénégalaise sur son village en 1995. Depuis il vit avec ses filles et sa femme à quelques kilomètres de sa Casamance natale mais de l’autre côté de la frontière, en territoire bissau-guinéen.

Yuba et les milliers d’autres réfugiés casamançais devraient avoir accès à un lopin de terre pour y exercer leur métier de cultivateur, mais beaucoup se heurtent aux résistances des autorités et des populations locales.

Le Sénégal ferme les yeux sur ce « conflit casamançais ». Les réfugiés eux défrichent et cultivent des champs qui ne leur appartiennent pas. Un travail de Sisyphe qui les empêche de s’installer alors que leur pays d’origine refuse de donner un nom à la cause de leur exil.

Invité

Vincent Foucher, chargé de recherche au CNRS, spécialiste du conflit en Casamance et travaille maintenant sur la crise de l’Etat en Guinée Bissau.

Il a codirigé le groupe de recherche Conflits armés en Afrique subsaharienne du CEAN entre 2004 et 2009. Vincent Foucher a également été rédacteur en chef de la revue Politique africaine entre 2006 et 2008, il en anime maintenant la revue des livres.

Groupe de recherches Conflits armés en Afrique subsaharienne sur le site du CEAN

Revue Politique africaine

Pas d’alternance en Casamance. Le nouveau pouvoir sénégalais face à la revendication séparatiste casamançaise, Vincent Foucher, Politique africaine, n° 91, 2003. (pdf)

Les talibés. Les petits mendiants d’Allah. (14.01.10)

Ahmadou dans la case qu'il partage avec son frèreAhmadou, Mamadou et Abdoulaye ont été envoyés loin de leurs familles pour recevoir l’enseignement de marabouts sénégalais.

Une pratique courante en Afrique de l’Ouest, où les musulmans considèrent que c’est au Sénégal qu’on divulgue le meilleur savoir coranique. Et pour bien comprendre les textes sacrés, les élèves talibés doivent mendier, le seul moyen d’intégrer l’humilité indispensable à tout bon musulman.

Mais sur les milliers d’enfants qui affluent dans les dara (écoles coraniques) des grandes villes, des centaines se font abuser par des marabouts qui ont flairé le bon filon.

Obligés de rapporter une somme d’argent définie par leur maître, les talibés arpentent les rues toute la journée et reçoivent des coups s’ils ne rapportent pas la somme exigée.

Aujourd’hui de retour chez eux, Ahmadou, Mamadou, Abdoulaye et leurs familles témoignent.

Invité

Nicolas Gans, jeune réalisateur et scénariste, qui a tourné en juillet 2007 un documentaire sur les Talibés de Saint-Louis du Sénégal
Son documentaire A la rencontre des Talibés peut être visionné sur dailymotion.

Site de Nicolas Gans

Dina, ou la nouvelle femme africaine. (15.01.10)

Dina sur sa motoActrice, directrice de son hôtel, assistante politique à l’ambassade américaine, étudiante en droit, chanteuse, épouse et mère de deux enfants. Dina multiplie les casquettes et mène ses vies avec autorité mais bonne humeur.

Cette self-made woman est insaisissable, car dès qu’elle le peut elle s’échappe sur sa nouvelle moto. Mais elle est aussi une femme amoureuse, et lorsque son mari chanteur revient de ses tournées en Europe, ils s’assoient dans le salon de leur nouvelle maison pour interpréter les compositions de Dina.

Invité

Idrissa Diallo, homme d’affaire et politicien, fondateur et président du parti d’opposition, le Parti de l’Unité Nationale. Idrissa Diallo nous donne les dernières nouvelles de la capitale.

under: A l'antenne, En Guinée-Bissau
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