Une semaine après la naissance d’un enfant, sa famille se réunit pour lui donner un nom et verser le sang du mouton. Une fête en musique et en couleurs.
Aujourd’hui, on fête la naissance du septième enfant d’Abdou, vendeur d’art sénégalais au marché de sandaga. Après mon travail, je revêts mon nouveau boubou et tente de trouver la maison de Mariama, sa deuxième épouse, à Souboudioum, dans le quartier de la medina.
Heureusement, je suis guidée par le son des tamtams qui résonnent dans toute la rue. Sur le trottoir, une trentaine de femmes sont assises en cercle et dansent au rythme des percussions.
Abdou m’accueille et me guide dans l’allée exiguë qui dessert les pièces de la maison. Au bout de ce couloir extérieur, les hommes se réfugient dans une chambre pour trouver un peu de calme. Ils fument, boivent le thé à la
menthe préparé sur un andou thiouray, récipient posé à même le sol où sont déposées des braises. Une fois échangées les civilités d’usage, je dois rejoindre le groupe des femmes à l’extérieur. Je n’ai pas encore vu le bébé.
Je me glisse entre la soeur d’Abdou et Seynabou, sa première épouse. La musique est assourdissante. Les femmes de la famille se relaient au centre du cercle pour danser le tié bou dièn : les pieds marquent le rythme des percussions dans un concours de vitesse et de grâce. Lorsque leurs visages se tournent vers moi, je prétexte une photo pour m’éclipser à l’intérieur : je ne me sens pas encore d’attaque pour les affronter.
Je croise alors Mariama qui vient changer de tenue (elle en portera plusieurs dans la journée). Elle m’invite à pénétrer dans sa chambre. J’aperçois enfin son deuxième enfant qui, il y a encore quelques heures, n’avait pas de nom.
Ce matin, le marabout s’est présenté à la maison. Le grand-père paternel est mort, c’est donc l’homme saint qui donnera son nom au bébé après avoir consulté son père : il s’appellera Serigne Fallou, comme le grand marabout.
Une fois le nouveau né baptisé, on tue le mouton pour rendre le sang que la mère a versé lors de l’accouchement, puis on mange le couscous au lait et le riz à la viande.
Je suis réquisitionnée pour les photos, au grand dam du photographe embauché pour l’occasion qui m’observe d’un oeil menaçant. Je décide donc de retourner dehors. Je me retrouve alors projetée sur la piste improvisée. Tous les regards sont braqués sur moi. Je jette mes tongues, soulève mon boubou du bras droit, et tape des pieds en rythme avec les soumpe, bâtons de percussions qui battent les tamtams. Finalement, l’une des femmes me rejoint, puis une autre : j’ai relevé le défi ! L’une d’elles est particulièrement sympathique. Elle me prête son foulard, me fait danser et me complimente. Je suis aux anges, puis comprends qu’elle veut de l’argent.
Car tout ça n’est pas gratuit. Ma nouvelle amie est une griote : une chanteuse-biographe affiliée à la famille dont elle chante les louanges.
Il faut aussi remercier les joueurs, la deuxième griote, et bien sûr la maman.
Après avoir dépensé toute mon énergie et l’argent de quatre taxis, je quitte l’heureuse famille. Abdou fera de même un peu plus tard (sa maison n’est pas encore assez grande pour accueillir Mariama). Il ne dormira avec elle que dans plusieurs semaines : selon la croyance, l’enfant serait malade s’il buvait le lait de sa mère alors qu’elle fait l’amour.
