Professeur, animateur ou journaliste, l’étudiant en sciences à l’université Paris XI et d’origine irlandaise n’a pas encore tranché. Mais une chose est sûre : il fera entrer la science là où on ne l’attend pas.
« Tu vois ces néons, c’est de la science… Tu vois la mousse du dossier de cette chaise, là aussi, il y a de la science. La science est partout ! » lance le jeune chercheur irlandais de 24 ans. « Et moi, je veux expliquer comment tout ça marche. »
Les manches de son sweat à capuche sable sont remontées. Son regard vif. Ses yeux d’un vert-brun clair sautent d’un coin à l’autre de la salle de réunion du Laboratoire de Physique des Solides. Ses mains blanches s’agitent à mesure qu’il parle. Elles désignent, soulignent, expliquent.
Faire entrer la science là où on ne l’attend pas. Par surprise. L’inviter « dans les écoles, les commerces, les banques », comme une guérilla s’infiltre en terrain hostile. Voilà ce que compte faire Alexander Gryson : « guerillero scientifique ».
Tout petit déjà, le blondinet démonte radios et télécommandes. En Australie où il vit avec sa famille entre 3 et 7 ans, il dévore « How it works », des livres d’explication scientifique pour les plus jeunes. Son père n’y est pas pour rien d’ailleurs. Fabriquant et restaurateur de cheminées, Anthony Gryson, père de trois enfants, répond à toutes les questions de sa marmaille.
« Mon père a un grand respect pour la connaissance » raconte Alex. « Pour lui, nous apprendre à poser les bonnes questions et nous inculquer la curiosité des choses, c’était nous donner les meilleures chances dans la vie. »
Un « Pourquoi il pleut, daddy ? » et le paternel enfourne une assiette dans le congélateur, se souvient Alex. Puis il place le récipient bien froid au dessus d’une bouilloire remplie d’eau bouillante. Au contact de la porcelaine glacée, la vapeur d’eau se transforme en gouttelettes. « Voilà comment mon père m’a expliqué la pluie ».
A 16 ans, Alex en est donc convaincu : il sera scientifique. A 20 ans, c’est encore plus précis : il veut expliquer les sciences.
Alors le jeune homme imagine son parcours. Pourquoi pas prof ? Il approche l’enseignement en préparant les cours et en corrigeant les copies d’un professeur de physique à l’Institute of Education de Dublin. En marge de ses études de physique-chimie, il teste aussi la vulgarisation scientifique : pendant l’été 2005, il participe à « Lab’ in a Lorry ». Planté dans un camion qui ressemble à celui de « C’est pas Sorcier » - l’émission de Fred et Jamy sur France3 -, Alex explique pourquoi le ciel est bleu ou comment fonctionne la lumière.
« Je suis un yes man ! », s’exclame-t-il le pouce tiré vers le ciel, « j’ai toujours pris toutes les opportunités que l’on m’a offertes. »
Installé en France depuis bientôt deux ans, l’étudiant, d’abord barman dans un pub irlandais, est désormais chercheur, quatre jours par semaine. Il travaille sur les mousses alimentaires monodispersées, c’est-à-dire composées de bulles de taille égale. Un sujet de recherche qu’il a choisi parce qu’il s’applique à des éléments « de la vie quotidienne » – les îles flottantes ou la mousse au chocolat par exemple.
Dans les années à venir, il se voit journaliste scientifique. « Peut-être ». C’est pour cela qu’il prépare un article, en anglais et en français, pour la revue de son Université. Mais il regrette que le journalisme scientifique ne s’adresse souvent qu’à des personnes déjà attirées par le monde scientifique.
« Entre le journaliste qui ne fait pas de sciences et le scientifique qui ne fait pas de journalisme, on perd de la connaissance », explique le jeune homme. « Moi je veux être les deux.» A l’attaque !
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