Papi politique

Ancien secrétaire d’État communiste au patrimoine et à la décentralisation culturelle sous Jospin, Michel Duffour s’attache aujourd’hui à être un grand-père de qualité. Sans renier son goût pour le débat d’idées

Il a le sourire malicieux d’un papi jovial. Et la poignée de main ferme de l’homme politique. A 67 ans, Michel Duffour raconte trouver « une joie certaine » à accompagner ses petits-enfants au tennis, au cheval et à leur faire réciter leurs leçons. Ce temps qu’il leur donne est celui qu’il n’a pas consacré à ses propres enfants, trop pris par ses responsabilités publiques.

« Je suis en rêve plus quotidien, sourit-il, je tâche de bien faire ce que l’on me confie. » Être un bon grand-père, un bon père, un bon époux et un bon copain. Mais l’engagement politique lui colle à la peau. Parrain de sans-papiers, il tanne le préfet des Hauts-de-Seine pour obtenir des régularisations. Et hier encore, une vingtaine de voisins avaient rendez-vous chez lui, à Nanterre, avec le maire sortant, communiste et candidat de la gauche (PC-PS-Verts et MRC) aux municipales, Patrick Jarry.

Même s’il se considère « en bout de piste », Michel Duffour a encore envie de débattre. 

« Lutter pour les sans-papiers, défendre un cinéma et une littérature de qualité et se mobiliser pour les droits de la caissière de chez Auchan ou du précaire de chez Virgin, tout cela doit aller en ensemble », clame-t-il, convaincu. Après plus de trente ans au comité central du Parti Communiste, l’ancien sénateur des Hauts-de-Seine estime que de nouvelles formes de mobilisation et de discours sont à inventer pour rendre plus attractives les idées communistes.

D’un rire goguenard qui laisse apparaître ses dents en bataille, l’homme admet avoir toujours eu « un avis sur tout », au point d’être un peu « casse-pieds » pour les autres.

Au lycée déjà, le futur bachelier de philo milite parmi ses camarades et défie les professeurs en partisan de la révolution castriste. Quelques années plus tard, au printemps 1963, il est le seul enseignant gréviste au collège de Rueil-Malmaison. Certain d’avoir raison, il campe pendant une heure avec ses élèves dans la cour.

Aujourd’hui, le communiste reconnaît que son engagement a même influencé une bonne part de sa vie personnelle. Beaucoup de ses amis enseignants, connaissances de vacances en camping ou compagnons de bateau sont du même bord politique. Mais depuis son adhésion au Parti Communiste à 19 ans, Michel Duffour a appris à manier un langage plus mesuré, « une certaine langue de bois » observe-t-il. Et avance faire attention aux idées toutes faites. Si le militant et le responsable politique en lui ont changé, ses valeurs sont les mêmes : générosité, laïcité, école publique. Né dans une famille de postiers, « modeste mais pas pauvre », Michel Duffour a grandi dans le quartier des Halles à Paris. Dans un foyer uni où le monopoly et le coca-cola, symboles des puissances d’argent, n’avaient pas droit de cité. Des lectures engagées – L’espoir de Malraux et Les chemins de la liberté de Sartre, auront aidé le fils à transformer les réflexions politiques des parents en actes et débats argumentés.

C’est donc naturellement que l’homme de 67 ans retourne aujourd’hui vers ce qui lui a donné sa force : la famille.

 

 

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