Né le 17 janvier dernier, XXI est un objet journalistique déconcertant. Mi roman mi revue, ce nouveau trimestriel va à l’encontre de toutes les tendances actuelles. Enthousiasmant.

Il a l’odeur d’un livre. Le toucher à la fois lisse et rugueux de la page blanc cassé d’un roman que l’on s’apprête à dévorer. Pourtant XXI n’est pas un livre.
A l’heure où les nouveaux médias s’inventent en ligne, Laurent Beccaria, fondateur des éditions Les Arènes, et Patrick de Saint-Exupéry, grand reporter, ont choisi le papier.
Ne cherchez pas XXI en kiosque, vous le trouverez en librairie. Pas de publicité non plus, les fondateurs de la revue comptent sur les ventes.
En tout, 198 pages de reportages où se côtoient journalistes, romanciers, photoreporters et auteurs de bande dessinée.
Pour s’embarquer à travers le monde, le prendre à bras-le-corps, place au grand format et à la longueur. 67 pages sur une Russie sous «le dollar et le marteau», 30 planches inédites de reportage BD. XXI fait le pari de prendre le temps de l’enquête et mise sur la qualité de l’écriture. Loin les formats réduits imposés quotidiennement sur les ondes françaises. Repoussé le règne de l’immédiateté télévisuelle. Disparues la concision et la fragmentation de l’information des blogs.
Une proposition qui séduit
Critique du journalisme d’aujourd’hui ? « La critique est facile et ne suffit pas, rétorque Patrick de Saint-Exupéry. C’est une proposition aux lecteurs.» Évidemment, reconnaît l’ancien reporter du Figaro, XXI est né d’une situation de manque : « tout va tellement vite aujourd’hui, d’un jour à l’autre, on oublie les sujets de la veille.»
Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry, parents audacieux, en sont convaincus : beaucoup de lecteurs ont envie de prendre du temps et du plaisir à lire des récits tirés du réel.
Et le public est au rendez-vous. Mercredi soir, dix jours après sa sortie, seuls 1000 des 40 000 exemplaires imprimés restaient en stock. Le seuil de rentabilité de la publication était à 20 000 exemplaires vendus. Une nouvelle impression est déjà lancée. « C’est hors normes, s’enthousiasme Patrick de Saint-Exupéry, XXI devient un best-seller de littérature générale ! »
Responsable du rayon Sciences humaines et histoire à la Fnac Saint-Lazare, Martine Pavillon confirme : « ça marche remarquablement bien pour une revue nouvelle et dite haut de gamme.» Et Johann Vitiello, son collègue, de renchérir : « même des vielles dames l’ont réclamée ! ».
Reste le prix. 15 euros. Le prix de la qualité. Tous ne pourront sans doute pas se l’offrir.
Lucile Gimberg
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