Nom : Géraldine Meignan
Profession : Journaliste à L’Expansion depuis 10 ans
Parcours : Depuis ses 15 ans, Géraldine Meignan veut devenir journaliste. Après avoir obtenu une maîtrise de langues étrangères (anglais et espagnol) appliquées au droit et à l’économie, à l’université de Nanterre ( Paris), elle effectue six mois de stage au sein de la rédaction du Courrier picard, à Amiens. En 1989, elle intègre le service économie du quotidien Libération, pour lequel elle pige régulièrement, durant un an. En 1990, elle est contactée par La Tribune. Elle rejoint la rédaction en tant que journaliste aux services “Bourse” et “Vie des entreprises”. En 1998, suite au rachat de La Tribune par Bernard Arnault, elle quitte le groupe et intègre l’équipe de L’Expansion. Le magazine est alors un bimensuel, ce qui lui permet d’approfondir les sujets et de mener de véritables enquêtes. En 2000, elle est nommée président de la Société des rédacteur du journal. Rédactrice au sein du service “Business”, elle est en charge du suivi de la vie des entreprises, des médias et du sport. Avec le temps, elle acquiert de nouvelles casquettes. Aujourd’hui, elle traite aussi des sujets liés aux telecoms, à l’informatique et à Internet.
Sa rédaction : L’Expansion est un magazine économique mensuel du groupe Express-Roularta. Créé en 1967 par Jean Boissonnat et Jean-Louis Servan-Schreiber, il a été racheté successivement par les groupes Vivendi, Dassault et Roularta. La rédaction se compose d’une quinzaine de journalistes.
En 1998, Géraldine Meignan claque donc la porte de la Tribune. C’est le début d’une nouvelle vie de journaliste où l’éthique sera au centre de ses préoccupations. « Aujourd’hui, je me sens libre de traiter les sujets que je souhaite, je me sens indépendante, totalement », estime-t-elle. Pourtant, les relations avec l’actionnaire sont toujours délicates à appréhender. Jusqu’en 2002, l’Expansion est la propriété du groupe Vivendi. A l’époque Géraldine Meignan s’occupe de la rubrique « Vie des entreprises » et suit particulièrement le groupe de Jean-Marie Messier. Quand l’affaire Vivendi éclate, le magazine fait la sourde oreille. Par facilité et par peur.
Affaire vivendi_Meignan OK
La pression n’est pas directement exprimée par les actionnaires. Selon Géraldine Meignan, la rédaction veut souvent « être plus royaliste que le roi ». Exemple avec cette Une de l’Expansion alors modifiée pour ménager Jean-Marie Messier.
Autocensure Messier_Meignan OK
Son indépendance envers les entreprises, Géraldine Meignan essaye de la cultiver au quotidien. Depuis 10 ans et son entrée à l’Expansion, elle refuse systématiquement les voyages de presse. Une position « minoritaire », dit-elle au sein de sa rédaction.
Non aux voyages de presse
Pour autant, la journaliste sait que tenir cette position est délicate car quand la situation économique d’un titre est minée, le voyage de presse reste l’un des seuls moyens pour partir en reportage. Elle, le refuse toujours et estime qu’il ne suffit pas de partir loin pour mener des enquêtes de fond.
Voyage de presse, seul moyen de partir
Nous avons demandé à Géraldine Meignan d’imaginer la charte du journaliste économique idéale. Un exercice auquel elle s’est prêté volontiers. En tant que membre de la société des rédacteurs de L’Expansion, Géraldine Meignan a déjà participé à la rédaction, il y a quelques années, d’une charte éthique interne au journal. Elle admire le modèle de la presse anglo-saxone, un exemple en matière de déontologie, selon elle.
LA CHARTE DE GERALDINE MEIGNAN
Article 1 Tout article ayant été rédigé à la suite d’un voyage de presse financé par une entreprise doit l’indiquer clairement. Une mention, en fin d’article, signalera cette information au lecteur.
Article 2 Les journalistes devront systématiquement renvoyer tout cadeau d’une entreprise, dont le montant lui apparaît comme excessif.
Article 3 Les journalistes et actionnaires du journal pourront se retrouver au sein d’un groupe de discussion. Il devra permettre de présenter clairement et ouvertement les questions que se posent les journalistes quand au traitement de sujets touchant les propriétaires du journal. Ces débats visent entre autre à éviter l’auto-censure de certains journalistes, qui craignent le mécontentement de leur direction.
Léa Barracco et Lucie Barbarin