Vous reprendrez bien un peu de participation ?

26 05 2008

Pour retrouver la confiance du public dans ses médias, une nouvelle forme de journalisme s’élabore, en partenariat avec les lecteurs. Mais attention, il ne s’agit pas de revenir à la mode du “tous journalistes”, qui a débouché sur des impasses. Intégrer le lecteur dans la production journalistique tout en maintenant une information de qualité, tel était le sujet polémique du débat ” Journalisme de participation, la solution ? “, organisé ce vendredi 23 mai.

La collaboration entre les journalistes professionnels et les internautes a de beaux jours devant elle. La thèse de cinq journalistes, qui demandent au public de fournir des contenus à leurs médias, inquiète l’assistance, composée en majorité de journalistes. ” Il faut s’adapter aux nouveaux modes de consommation et ne pas se replier dans le conservatisme “, plaide Benoît Raphaël, rédacteur en chef du Post.fr.Les attaques fusent sur la qualité du journalisme de participation. “Il ne s’agit pas d’information sérieuse mais d’un mélange douteux d’information et de commentaire ”. “ L’opinion d’un lecteur sur un sujet qu’il ne maîtrise pas n’a aucune valeur”. Philippe Duley, rédacteur en chef d’Aujourd’hui en France et du Parisien fait front. Ce journaliste défend ” la voix express “, une sorte de micro-trottoir présente sur un quart de page dans les colonnes de ses journaux.

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Autre accusation : les médias qui impliquent leurs lecteurs dans la fabrication de l’information confondent souvent info et intox. ” Le journalisme participatif exige la même rigueur que le journalisme traditionnel”, soutient Aurélien Viers, rédacteur en chef de Citizenside, un site internet qui achète des photos à ses contributeurs. Et nul besoin de gros effectifs pour contrôler les contenus. http://www.ipjmag.fr/ipjpodcast/audio/podcast-ipj-2006–2008-05-23-44422.MP3

Dans un contexte économique morose pour la presse écrite, les journalistes craignent que les amateurs ne prennent leur place. Une inquiétude infondée, à en croire Mohamed Hamidi, responsable du Bondy blog. “ Mon site va recruter un quatrième collaborateur. Preuve que l’avenir des journalistes passe par le journalisme de participation ! ”, sourit-il. Un essor, qui oblige les professionnels à évoluer, explique Benoît Raphaël.

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Catherine Duthu




Quartiers : “sortir des initiatives cathos-sympas”

23 05 2008

Conférence Vu des quartiers« Il faut améliorer l’information sur les quartiers, je pense qu’on est tous d’accord sur le pourquoi  on va tout de suite passer au comment. » Marie Dujardin, coordinatrice de Vu des Quartiers, ouvre le débat sur la couverture médiatique des banlieues.

Tous participent à des initiatives qui apportent une pierre à cet édifice. Atelier de journalisme à Bobigny ou Marseille pour former au métier des jeunes issus des minorités, blog participatif pour donner la parole aux habitants de Bondy, les initiatives ont fleuri ces dernières années.

Des solutions qui restent ponctuelles. Erwan Rutty, fondateur de l’agence de presse Ressources urbaines, s’efforce de proposer aux médias articles et photos apportant un regard différent sur les quartiers où les journalistes ne vont pas assez. Il met les pieds dans le plat : « il faut sortir des initiatives  cathos-sympas et voir plus grand. »

Les procédures de sélection des écoles de journalisme et entreprises de presse ont été montrées du doigt. Alain Le Gouguec, un des rares représentants des médias traditionnels présents, défend Radio France qui a mis en place, avec plusieurs écoles de journalisme, une formation en alternance pour diversifier son recrutement.

Des modes d’entrée privilégiés dont se méfient les jeunes journalistes de l’atelier de Bobigny. « On ne veut pas devoir notre place à un traitement de faveur », s’est insurgé l’une d’elles.

Mohamed Hamidi, responsable éditorial du Bondy blog, leur a plutôt conseillé de profiter de la moindre ouverture. « Ce ne sont pas les obstacles qui vont manquer pour vous, professe-t-il, alors quand une porte s’ouvre… les portes, il faut les défoncer »

Mélody Enguix




Opposition frontale dans les entreprises de presse

23 05 2008

Un véritable climat de défiance perdure entre journalistes et éditeurs au sein des entreprises de presse.

Au sein des rédactions, les éditeurs ont mauvaise presse. De leur côté, ces derniers n’hésitent pas à critiquer l’attitude des journalistes. Pour preuve, vendredi, seul un éditeur sur trois a participé au débat des Assises portant sur le thème.

Pour expliquer cette opposition, plusieurs éléments de réponse sont souvent avancés. Les journalistes seraient trop « distants de l’économie » selon Philippe Frémeaux, le directeur de la rédaction d’Alternatives Economiques.  D’autres décrient « l’immaturité des confédérations syndicales de journalistes » peu soucieuses des multiples contraintes.

Patrick Eveno, historien, spécialiste de la presse et des médias revient sur les raisons de cette opposition.

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Sophie Boltz




Les leçons du professeur Kahn

23 05 2008

Jean-François KahnC’était la der des der. En guise de conclusion à ces 2e Assises du journalisme, la question cruciale a été posée : à quoi sert un journaliste ? Jean-François Kahn a délivré une série de leçons pour « sauver la profession ».

Leçon n°1 : « Adopter un style plus adapté aux lecteurs d’aujourd’hui. Il y a des mots que les jeunes n’emploient plus, ne comprennent plus.  J’ai employé dans un éditorial l’expression « boulangisme », sans revenir sur ce concept. Les lecteurs ont cru que je parlais des boulangers ».

Leçon n°2 : « Aller sur le terrain. Sortir de sa bulle, de sa spécialité. Tout journaliste devrait couvrir au moins deux fois par an un fait divers, une grève… Faire des reportages. Ca devrait être la loi. »

Leçon n°3 : « Briser la structure féodale des rédactions. La rendre plus souple. Eviter l’entassement bureaucratique que, paradoxalement, nous dénonçons dans nos journaux ».

Leçon n°4 : « Combattre le conformisme et faire que les journaux retrouvent leur spécificité, et une ligne éditoriale claire. »

Leçon n°5 : « Rétablir une fraternité entre les journalistes. Et faire front ensemble pour sauver la presse. »

Conclusion : « La presse écrite, si elle fait sa révolution, a une chance formidable de rebond. »

Les assises se terminent sur une note d’optimisme. Ouf.

Jim Jarrassé

Photo: Dorian Chotard




Un exemple de journalisme vu des quartiers

23 05 2008

Lancé l’année dernière par l’association Journalisme et citoyenneté, le projet “Vu des quartiers” faisait le bilan ce matin aux Assises. “Vu des quartiers” fait collaborer des habitants de quartiers avec des journalistes professionnels afin de faire venir les médias dans des lieux délaissés. Dix reportages ont déjà été réalisés dont celui du “Grand repas partage” à Champigny-sur-Marne.

Plus qu’un habitant, Saliou Dia est un responsable très actif du tissu associatif de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). Chaque année, dans le quartier de Bois-l’abbé, il organise le “Grand repas partage” qui invite les différentes communautés de la ville à se rencontrer.

Il se réjouit d’avoir pu donner de la visibilité à son action grâce au reportage de Vu des quartiers :

http://www.ipjmag.fr/ipjpodcast/audio/podcast-ipj-2006–2008-05-23-74380.mp3

http://www.ipjmag.fr/ipjpodcast/index.php?id=407

Journaliste à RFI, Valérie Rouart s’est beaucoup investie dans ce reportage. Elle tire de nombreux enseignements de cette collaboration avec des acteurs de la vie locale :

http://www.ipjmag.fr/ipjpodcast/audio/podcast-ipj-2006–2008-05-23-74926.mp3

http://www.ipjmag.fr/ipjpodcast/index.php?id=409

 Vous pouvez également écouter un extrait (3′30) du reportage de Valérie Rouart, Bintou Coulibaly et Saliou Dia :

http://www.ipjmag.fr/ipjpodcast/audio/podcast-ipj-2006–2008-05-23-75364.mp3

http://www.ipjmag.fr/ipjpodcast/index.php?id=411

L’intégralité (13 minutes) sera mise en ligne ce dimanche sur le site de Vu des quartiers.

Vu des quartiers

Bintou Coulibaly, Valérie Rouart et Saliou Dia (de gauche à droite).

Dorian Chotard




Télé publique : regarder la différence ?

23 05 2008

JT de TF1 ou de France 2 : certains téléspectateurs ne font pas la différence. « Ça me met en rage », s’énerve Agnès Molinier, présidente de la société des journalistes de France 2.

Les journalistes du service public ont cherché à convaincre de leurs spécificités. « Parce que si vous, public, pensez qu’on est pareils, on est morts », s’inquiète Agnès Molinier. Ces professionnels ont porté un regard critique sur leur travail. Emotion plus que réflexion. Voilà le travers du traitement des faits divers, selon Olivier Milot, grand reporter à Télérama. Il regrette que le service public cède à la tentation.

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Arte Info refuse de traiter de faits divers. Pour William Irigoyen, journaliste de la chaîne franco-allemande, seuls ceux qui se transforment en phénomènes de société méritent d’être couverts.

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Pour plusieurs invités, le service public gagnerait à se démarquer du privé sur les formats de reportages. 20 secondes d’intro, 20 secondes de relance, chute et deux interviews calées au milieu : une formule magique quel que soit le sujet ? La télévision formate trop pour William Irigoyen, ancien reporter de France 2 aujourd’hui présentateur d’Arte Info.

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« C’est inadmissible », s’insurge Hervé Brusini, directeur délégué à l’information de France 3, à propos de ce calibrage. Une pratique pourtant courante, selon un de ses journalistes localiers.

Sophie Boltz et Mélody Enguix




Droit d’entrée dans les stades

23 05 2008

Des journalistes qui laissent la caméra au vestiaire. L’image n’est pas si rare. Victime du succès médiatique croissant du sport, la presse peine à faire respecter son droit d’informer. Lors de la conférence “Droit de payer, droit d’informer”, les intervenants se sont prononcés pour un renouvellement du code de conduite. Ce code de 1992 établit des règles entre le diffuseur principal et les autres médias. Il est aujourd’hui dépassé.

Christophe Bouchet, directeur général de SportFive et ancien président de l’OM, nous explique l’importance de ce type de code.

Matthieu Payen




A chaque pays sa manière d’informer

23 05 2008

mappemonde.jpgAu moment où se rédessine les contours de l’audiovisuel extérieur français, les Assises s’interrogent. Réalité d’un regard français, budgets suffisants, pertinence de s’associer? Le débat s’enflamme.

On a des façons de couvrir l’actualité en fonction des pays”, admet d’emblée Bruno Daroux, rédacteur en chef de RFI. Le Zimbabwe, ancien bastion britannique, fait régulièrement l’ouverture de la BBC. RFI privilégie plutôt l’information provenant du Liban et du Tchad. 

“On est marqué par notre histoire”, fait remarquer Robert Ménard. Le secrétaire général de Reporters Sans Frontières ironise : “le poids de RFI provient-il de sa qualité journalistique ou du colonialisme?”. Sourire pincé de Bruno Daroux. 

Selon Lucas Menget, grand reporter en Irak pour France 24, la spécificité des Français réside surtout dans les risques qu’ils prennent pour aller sur le terrain.

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http://www.ipjmag.fr/ipjpodcast/index.php?id=406

Bruno Daroux partage cet art de la débrouille. Correspondant à Chypre, il avait assuré la couverture d’un évènement de moindre importance, lorsque la BBC disposait d’une équipe de treize personnes. “Ca nous force à faire des coups d’éclat”, annonce fièrement le rédacteur en chef de RFI.

Robert Ménard rebondit sur “l’éloge de la pauvreté”. Les budgets des médias français sont risibles. 85 millions d’euros pour France 24. 300 millions pour la BBC. 1,2 milliards de dollars pour CNN.

Hervé Bourges enfonce le clou, “il faudra dix ans à France 24 pour arriver au niveau la BBC”.

L’hypothèse d’une mise en commun des moyens émerge. “On peut envisager de réunir nos bureaux à l’étranger”, déclare le chef du service Monde de RFI.

Néanmoins la fusion pure et simple a été abandonnée. “On a laissé tomber l’idée que France Monde absorberait RFI, TV5 et France 24″, glisse Agnès Levallois.

“Ne pas fusionner, c’est garder les mêmes budgets partout”, objecte Robert Ménard, décidement poil à gratter.

Elise Maman




Robert Menard n’oublie pas Moussa Kaka

23 05 2008

robert-menard.jpgLe secrétaire général de Reporters Sans Frontières a rencontré hier Rama Yade pour lui parler de la libération de Moussa Kaka. Ce journaliste nigérian, correspondant de RFI, est emprisonné depuis neuf mois par les autorités. Ses homologues français, Thomas Dandois et Pierre Creisson, avaient été arrêtés en même temps que lui pour un reportage sur la rebellion touarègue. Les deux Français avaient pu être libérés rapidement. Moussa Kaka est lui toujours enfermé. Où en est le dossier? Réponse du militant.

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Propos recueillis par Elise Maman




Le prix de la liberté d’expression

23 05 2008

ngono.jpgJ. Remy Ngono est camerounais. Il s’est réfugié en France en 2004, contraint de fuir son pays où on lui interdisait de faire son travail. J. Remy Ngono est journaliste, et désirait exercer librement son devoir d’informer.

 

A Yaoundé, J. Remy Ngono a créé la première radio privée du Cameroun en 2000, la radio télévision Siantou. Dans son émission “Coup franc”, il tenait avant tout à “faire le toilettage du Cameroun en dénonçant la corruption”. Une initiative qui l’a conduit en prison.

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Avec l’aide de Reporters sans Frontières, RFI, d’autres médias et ONG, J. Remy a pu quitter son pays. D’abord en transit en Italie, il a finalement été accueilli par la maison des journalistes à Paris. Une arrivée sur le marché du travail difficile, où ses compétences de journaliste n’ont pas été reconnues.

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Le gouvernement français ne lui a pas facilité la tâche pour s’insérer professionnellement. Pourtant, grâce à sa ténacité et au soutien de la maison des journalistes, J. Remy est finalement parvenu à s’imposer dans le monde des médias. Il regrette ce manque de soutien de la part de la France, qui préfère les dictateurs africains aux défenseurs de la liberté d’expression.

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Aujourd’hui, ce déraciné rêve de retrouver son épouse et ses cinq enfants. “On brise un noyau familial”, soupire-t-il, “car je ne peux pas retourner les voir”. J. Remy Ngono a voulu s’exprimer librement. Il en paie le prix aujourd’hui.

Maureen Grisot