Le 31 octobre, les jeunes démocrates et les jeunes républicains en France s’affrontent au cours d’un dernier débat, dans le grand amphithéâtre de l’ESCP-EAP. Guerre en Irak, crise financière, couverture maladie,…Pendant plus d’une heure, les deux camps débattent des questions clés du scrutin du 4 novembre. Retour sur une confrontation musclée.
C’est leur dernier débat. A 5 jours de l’élection du 44ème président des Etats-Unis, l’association France-Etats Unis organise, en partenariat avec l’ESCP-EAP et Sciences Po, une dernière rencontre entre jeunes démocrates et jeunes républicains en France. Pour les représenter, quatre jeunes américains engagés. Côté républicain : James et Kate. Côté démocrate : Shone et Brian. Tous sont issus des plus prestigieuses universités outre-Atlantique. L’amphithéâtre est presque plein. Dans le public, beaucoup d’Americains et quelques Français. Une poignée de supporters de McCain. Une grande majorité de pro-Obama. Pour la dernière fois, ils viennent écouter les propositions de chacun des partis.

Ultime face-à-face entre jeunes démocrates (à gauche) et jeunes républicains (à droite) américains à Paris
Endiguer la crise économique
Sortir de la crise financière. Un thème phare de la campagne présidentielle américaine. Pour stimuler l’économie, Barack Obama prône une politique de relance. McCain lui, est favorable à un engagement limité de l’Etat. Les jeunes démocrates et les jeunes républicains rappellent, les uns après les autres, le rôle clé que doivent jouer les taxes dans la résolution de la crise économique à laquelle leur pays est confronté : « Il faut réformer le système des taxes afin que ceux qui souffrent puissent être soulagés » lance le premier Brian. Et d’ajouter : « Le but premier des taxes , c’est de financer les services de l’Etat ». Le jeune démocrate s’insurge contre la politique mené par les républicains en ce domaine. « Ils ont démontré qu’ils ne connaissaient rien en matière d’économie, en créant des disparités très importantes ». Les jeunes républicains répondent sans attendre : « Obama veut augmenter les taxes. McCain, lui, veut les supprimer ». Pour James et Kate, taxer les plus riches, c’est taxer les entrepreneurs, ceux qui créent des emplois. « En augmentant les taxes, Obama va handicaper les entrepreneurs, les brillants hommes d’affaires qui stimulent notre économie » explique Kate. Métaphore à l’appui : « Imaginez que vous soyez un étudiant sérieux et que votre colocataire lui, pense d’avantage à faire la fête qu’à travailler. De manière logique, vous décrocherez des bonnes notes, et lui de mauvaises. A présent, imaginez ce que vous ressentiriez si le professeur décidait de faire une moyenne de l’ensemble des notes de la classe. Et que chacun obtenait cette même note ». Et la jeune fille de conclure : « Ne serait-ce pas profondément injuste ? »

A Paris, les partisans de John McCain étaient peu nombreux, amphithéâtre Vital Roux
Irak et Afghanistan
Outre les solutions à apporter afin de résoudre de la crise financière, la politique étrangère menée par les Etats-Unis au Moyen-Orient est l’objet de profonds désaccords entre les deux camps. « La guerre en Afghanistan avait du sens mais celle en Irak est un échec cuisant. Nous devons concentrer notre attention sur la guerre en Afghanistan. C’est elle la véritable guerre contre le terrorisme ». Applaudissements dans la salle. Malgré un public largement acquis à la cause démocrate, les jeunes républicains ne se démontent pas : « Facile à dire, mais maintenant qu’on y est, il faut assumer et essayer de trouver des solutions ! » James rappelle que « grâce à Bush, il n’y a plus de dictateur fou en Irak ». Kate prend le relais : « Le sénateur Obama n’a aucune expérience en terme de relations internationales ». Les deux jeunes républicains mettent en avant la « vision irréaliste de la politique étrangère » de Barack Obama. Les démocrates rétorquent et pointent du doigt les gaffes répétées de Sarah Palin, la colistière de John McCain.« Vous savez, Sarah Palin en connaît un peu plus que ce que vous pensez en matière de relations extérieures. Elle a travaillé avec différentes entreprises étrangères » leur réplique Kate.
Aider les vétérans
Suite logique des échanges sur la guerre en Irak et en Afghanistan, la question du sort des vétérans. Aux Etats-Unis, ils sont près de 25 millions. M. Obama souhaite offrir des indemnités de guerre plus importantes aux anciens combattants. John McCain lui, veut leur offrir un travail : « Ce que les vétérans veulent, c’est un emploi » explique James. Sur cette question, John McCain semble avoir l’avantage sur Obama. « John McCain sait ce que c’est d’être un vétéran. Et ce sujet lui tient particulièrement à cœur » rappelle Kate.
« 10 millions d’Américains n’ont pas d’assurance maladie »
Mais les vétérans ne sont pas les seuls Américains dont la protection est le sujet d’échanges musclés entre démocrates et républicains. Lorsqu’on leur demande ce que propose leur candidat en matière d’assurance maladie, Shone et Brian expliquent : « 10 millions d’Américains ne sont pas assurés et n’ont aucun recours ». Ils mettent l’accent sur la situation des enfants : « Dans le pays le plus riche du monde, il est révoltant de voir que tant d’enfants ne bénéficient d’aucune couverture maladie ». Et James de rétorquer : « La raison pour laquelle certains enfants ne sont pas couverts est qu’ils sont en bonne santé. Leurs parents ont donc estimé qu’ils n’avaient pas besoin d’une couverture maladie ». Dans la salle, certains manifestent vivement leur désaccord. Les modérateurs du débat interviennent : « Par respect pour les représentants des deux partis, vous êtes prié de laisser parler les membres de deux camps ». Les républicains reprennent de plus belle. Ils lancent aux démocrates : « Les mesures que vous prônez sont des mesures socialistes ! ». Ce à quoi les jeunes démocrates répondent : « Le rôle du gouvernement est de palier des failles du marché ! Et pour l’instant, il n’accomplit pas son rôle »

Le public était déja convaincu par le programme de Barack Obama
Les médias pointés du doigt
Après l’économie, la politique étrangère ou encore la politique sociale, c’est finalement la question du rôle des média dans la campagne qui est abordé. Pour les démocrates, les médias ont été irréprochables : « Aux Etats-Unis, nous avons la chance de posséder des média variés. Fox News, le NYT,…En Angleterre par exemple, la BBC a une vision totalement biaisée des choses ». Les républicains, eux, dénoncent des médias qu’ils disent subjectifs : « Les médias sont aujourd’hui un gros problème. Ils ne jouent plus leur rôle de chien de garde. Heureusement, on a Fox News ». Pour Kate, la presse est clairement en faveur d’Obama « Au cours des derniers mois, dans les journaux, on a recencé 110 histoires favorables à Barack Obama. Et seulement 69 favorables à McCain » lance-t-elle. Et Shone de lui rétorquer: « Si les histoires portant sur McCain ne lui sont pas favorables, c’est parce qu’il a multiplié les gaffes ! Et choisir Sarah Palin n’a rien arrangé… ». Rires dans la salle. Le jeune homme ajoute, un sourire aux lèvres : « Vous savez, c’est le poste de président des Etats-Unis qui est en jeu. Ce n’est pas un job facile à obtenir ! »
Au total, l’audience assiste à une heure d’échange ferme et énergique. Un débat d’idées qui, s’il a pour mérite de rappeler la position des deux principaux candidats en lice pour la présidentielle américaine, n’aura pas pour effet de faire changer d’avis les partisans de chaque parti. Dans l’amphithéâtre de l’ESCP, une grande majorité des auditeurs sont d’ores et déjà conquis par le programme de Barack Obama.