TELERAMA
UN ETE 49…
” Ella Sauvageot, codirectrice de La Vie catholique illustrée (aujourd’hui La Vie), avait convié à un repas chez elle, rue de Babylone, l’équipe du journal La Quinzaine, dirigée par Jacques Chatagner, à laquelle j’appartenais alors. Elle voulait nous consulter au sujet d’un projet auquel elle travaillait depuis quelques semaines. C’était un jour de 1949. Partant du constat que l’audiovisuel ne cessait de prendre de l’importance, elle pensait qu’il y avait une place, jusque-là restée vide, pour un magazine consacré aux productions radiophoniques et cinématographiques. Elle visait, nous dit-elle, non seulement leur actualité mais aussi le développement d’une culture de l’audiovisuel et de son langage. Elle a ajouté : ” Et il y a la télévision ! “ Nous faisions la grimace. ” Eh bien, j’en suis sûre, ce sera bientôt le règne de la télévision, présente dans tous les foyers, vous verrez, une vraie révolution. ” Prophétique ! Dès 1950 paraissait le magazine Radio Cinéma, devenu plus tard Télérama. “
Témoignage anonyme d’un lecteur de Télérama,
publié à l’occasion du numéro 3000 (4 juillet 2007).

LE CONCEPT
Télérama = Télévision, Radio, Cinéma
Télérama c’est un journal de télévision atypique basé sur un concept unique. L’hebdomadaire est à cheval sur deux univers : la presse news (marché publicitaire) et la presse tv (vente en kiosque). Il est axé sur les oeuvres plutôt que sur les artistes.
A ses débuts, le magazine était fortement marqué du sceau de la chrétienté. Au fil des années, l’hebdomadaire s’est émancipé. Que reste-t-il aujourd’hui de ses origines « catho de gauche »? Olivier Milot, grand reporter, décrypte cette « crise d’adolescence ».
Pour Olivier Milot, ” aimer la télévision, c’est se donner le droit de la critiquer “.
Plus que jamais, le credo de Télérama est de faire partager la culture au plus grand nombre. Un créneau délaissé par la presse et dans lequel Fabienne Pascaud, directrice de la rédaction, compte s’engager. Elle explique la ligne éditoriale de Télérama.
LE LECTORAT
Depuis sa création en 1947, Télérama place les lecteurs au centre du magazine. Pour les débuts de sa nouvelle formule, en 2006, l’hebdomadaire lance une campagne publicitaire originale et reprend les phrases choc de son “courrier des lecteurs” sur le thème : « Nous sommes durs, vous êtes pires. »
Fabienne Pascaud revient sur cette relation d’exigence entre le journal et son lectorat.
LES GRANDES DATES
22 janvier 1950 : Naissance de Radio-Cinéma-Télévision, ancêtre de Télérama. 7 797 exemplaires.
2 octobre 1960 : Changement de nom pour Télérama. Première Une en couleur avec Jean Seberg, l’héroine de Bonjour tristesse et A bout de souffle. 34 000 exemplaires.
1964 : Francis Mayor, rédacteur en chef. 50 000 exemplaires.
1969 : Déménagement au 10 rue de Laborde.
1972 : Mise en kiosque dans la région parisienne. Parution le samedi et non plus le jour du Seigneur. Suppression de la publication du sermon dominical et création de la rubrique “ Ca va mieux en le disant “. 166 000 exemplaires.
1973 : Extension à toute la France de la mise en kiosque. 307 000 exemplaires.
11 septembre 1974 : Parution le mercredi.
1978 : Installation bd Malesherbes. 417 000 exemplaires.
5 décembre 1979 : Création du supplément Le Petit Journal.
1981 : Création de la chronique d’Alain Rémond, ” Mon oeil “.
6 novembre 1991 : Nouvelle formule : Télérama est désormais tout en couleur.
1992 : Le Petit journal devient Télérama Paris. Informatisation de la chaîne éditoriale dans son ensemble.
1994 : Campagne d’affichage dans le métro. 600 000 exemplaires.
1997 : Déménagement au 36 rue de Naples.
1998 : Lancement du site Télérama.fr. Seulement 4% des internautes qui le consultent sont des abonnés de l’hebdomadaire papier.
2000 : 50 ans. Nouvelle formule. Création de la rubrique ” Signes du temps “, sélection des programmes du câble et du satellite. Changement de nom du supplément Télérama Paris pour Sortir. 804 404 exemplaires.
2002 : Exit Alain Rémond de la rédaction.
2003 : Prise de contrôle par le groupe Le Monde. Bruno Patino devient président du directoire de Télérama.
2006 : Nouvelle formule. Le prix du numéro passe de 1,60 à 2 € . 643 157 exemplaires.
2007 : Refonte du site internet. Dernier déménagement au 8 rue Jean Antoine de Baïf.
Avril 2008 : Grève contre les suppressions de postes annoncées par Le Monde.
D’UN LIEU A L’AUTRE
1950. L’adresse est prestigieuse. Boulevard de la Tour Maubourg dans le très chic VIIe arrondissement de Paris. Mais l’habit ne fait pas le moine. La rédaction de Radio-Cinéma (le magazine ne prendra le nom de Télérama que dix ans plus tard) est abritée dans les minuscules bureaux des éditions du Cerf au numéro 29 du boulevard. Tout juste assez grands pour ses cinq salariés.
En 1969, le besoin d’espace se fait impérieux et Télérama déménage pour la première fois de son histoire dans un grand appartement du 10 rue de Laborde, entre Saint-Lazare et Saint-Augustin. Neuf ans plus tard, rebelote dans un hôtel particulier du 129 boulevard Malesherbes dans XVIIe arrondissement de Paris. On ne se refuse rien. Un tirage à 417 000 exemplaires vaut bien ça !
Pendant près de vingt ans, les journalistes doivent franchir un flot ininterrompu de voitures pour se rendre aux services commerciaux, situés dans le même boulevard. La circulation trop périlleuse et l’agrandissement de la famille ont poussé Télérama vers le 36 de la rue de Naples.
A quelques centaines de mètres à peine du boulevard Malesherbes, le journal passe néanmoins sous l’égide du VIIIe arrondissement. A l’exception des abonnements et de la régie publicitaire, tous les services sont réunis dans un immeuble de la fin du XIXe reconstruit par l’architecte Didier Drumond. Un bel écrin pour la revue qui séduit chaque semaine 2,5 millions de lecteurs.
Après avoir été racheté par le groupe Le Monde, Télérama déménage à nouveau. Le magazine s’installe pour la première fois de son histoire sur la rive gauche de la Seine à Paris. L’hebdomadaire arrive au 8 rue Jean Antoine de Baïf, dans le nouveau quartier de la Bibliothèque nationale de France. Un déménagement imposé par le nouveau propriétaire qui rassemble une partie de ses titres au même endroit dont Courrier International et Fleurus Presse.
LES UNES, TOUTE UNE HISTOIRE
L’histoire commence en noir et blanc, en 1950. Le visage de Daniè�le Delorme fait la Une de Radio Cinéma. Petite frange et cheveux massifs, l’actrice de la Cage aux filles donne le ton de ce qui n’est encore que ” l’hebdomadaire catholique des auditeurs et des spectateurs “. D’emblée la revue se dote d’une empreinte visuelle forte. En accrochant ainsi le regard, la rédaction promet dans ses 32 pages un dossier plus fouillé sur la performance de la tête d’affiche du film de Maurice Cloche.
Au fil des ans, le concept du portrait photographié perdure. Le sourire de Jane Birkin illumine le numéro 1967. Les pommettes de Meryl Streep transpercent celui de la semaine du 16 avril 1983. La mèche blonde de Catherine Deneuve partage la première page dans le dernier numèro. Fort de cette signature, Télérama a réussi à se créer une place bien à part dans les kiosques. Car comme l’explique Patrick de Korte, directeur artistique, ” une bonne Une se reconnaît entre deux mille autres ! “
Mais plus qu’une incitation à l’achat, la Une met en lumière l’importance de la photographie pour Télérama. A titre d’exemple, le numéro consacré à Sophie Marceau en août 1997 contient 151 photos sur les 170 pages que compte le magazine. C’est énorme ! Il ne s’agit pas d’illustrer pour soulager la longueur d’un texte.
Chaque image procède d’un choix rédactionnel assumé. Concernant par exemple la Une du numéro 2814 consacré à Michel Drucker, Serge Ricco, le directeur artistique de Télérama, a opté volontairement pour le regard sombre de celui qui fait sourire la ménagère le dimanche. “On a plutôt une image de lui très souriante et en couleur. On a donc proposé de décaler l’image, de la faire en noir et blanc avec une pose différente. Il était très content”, explique le jeune homme.
Si la photo part le plus souvent la Une, des dessins peuvent aussi y figurer. Spirou, Tintin, Hugo Pratt, font notamment la couverture du magazine. D’ailleurs l’effort artistique est si poussé que l’hebdomadaire a été récompensé par France Rail pour son spécial Woody Allen de la semaine du 15 février 2001. L’illustration d’Hervé Coffinières était si forte qu’elle en est presque devenue un logo.
SI TELERAMA ETAIT…
… une chanson ?
Ne me quitte pas, de Jacques Brel. Guy Bedos, humoriste
J’suis snob, de Boris Vian. François Morel, comédien.
… un film ?
Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes. Ahmed Hamidi, auteur des Guignols.
Je t’aime moi non plus. Michel Blanc, comédien.
… un tableau ?
Le Cri, d’Edvard Munch. Serge Moati, documentariste.
… une couleur ?
Noir ou blanc. Franz-Olivier Giesbert, journaliste au Point.
” Il m’a fait trop de bien pour en dire du mal, il m’a fait trop de mal pour en dire du bien. “ Claude Chabrol, cinéaste.
Source : numéro 3000 de Télérama (4 juillet 2007)
BEAUCOUP DE LETTRES
MAIS AUSSI DES CHIFFRES
2 200 000 lecteurs contre seulement 650 000 acheteurs dont 530 000 abonnés.
22 500 000 personnes connaissent Télérama en France.
154 salariés dont 68% de femmes et 47% de quadragénaires.
4.4 tonnes d’encre pour 290 tonnes de papier pour l’impression hebdomadaire.
24 tonnes d’archives sont conservées dans les locaux
600 films critiqués chaque année. La Grande Vadrouille a été commenté 13 fois, contre 58 fois pour la série Urgences.
Fabienne Pascaud, la directrice de la rédaction, a passé l’équivalent de 3 années de sa vie enfermée dans un théâtre, sa passion. Aurélien Ferenczi a sacrifié 1 an de sa vie au festival de Cannes. En radio, Anne-Marie Gustave revendique 80 000 heures d’écoute.7 couples légitimes se sont formés dans la rédaction depuis le début des années 90.
Données extraites de l’article de Nicolas Delesalle, numéro 3000 de Télérama (4 juillet 2007)
TELERAMA, LE NOUVEAU MONDE
En 2003, Télérama est racheté par le groupe Le Monde, déjà endetté. Olivier Milot, alors président de l’association du personnel de Télérama, raconte l’acquisition et explique ce qui a changé.
Rappel des faits : Télérama appartenait au groupe Publication de la vie catholique (PVC). Le président de PVC meurt et ses enfants veulent vendre le titre. Trois candidats au rachat : Ouest France, les éditions Francis Lefèvre et Le Monde. Le Monde rachète d’abord 15% puis en 2003 la totalité de Télérama.
LES INSOLITES
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En juin 1964, la une de Télérama annonce un entretien avec un mérou.
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Le 19 mai 1968, Télérama consacre sa une aux feuilletons télévisés.
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En 1983, le journal annonce la création de la chaîne de télévision VF4, que l’on pourra capter en plaçant un numéro de Télérama sous son téléviseur : poisson d’avril!
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En 1992, Télérama titre ” Séduis-nous ! “ pour la naissance de la chaîne Arte.
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Le 17 janvier 1998, Pierre Murat ose un ” Dégueulasse ! “ dans sa critique cinéma de Funny Games, de Michael Haneke.
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Dans les programmes télé, l’appréciation des films (” pour tous “, ” pour adultes et adolescents “, ” des idées peuvent heurter “) par Chrétiens-Médias a disparu en 2000.
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Jusqu’en 2004, la photo de une pour Noël était toujours une crèche.
- Télérama a consacré le plus grand nombre de ses couvertures à Jésus.
Nicolas Delesalle, grand reporter, revient sur les Unes ” Poisson d’avril ” de Télérama.
Ecoutez : http://www.box.net/shared/31o9r0tssw
QUIZ : CONNAISSEZ-VOUS
MIEUX TELERAMA ?
1/ A son lancement, en 1950, l’ancêtre de Télérama s’appelait :
a- Radio-télévision
b- Radio-cinéma-télévision
c- Radio-ciné-loisirs
d- La Vie cathodique
2/ Première couverture en couleur le 2 octobre 1960, avec une jeune femme blonde :
a- Grace Kelly
b- Sylvie Vartan
c- Jean Seberg
d- Samantha Opus
3/ Jusqu’en 1972, Télérama paraissait :
a- Le mercredi
b- Le jeudi
c- Le samedi
d- Le dimanche
4/ A qui Télérama a-t-il consacré le plus grand nombre de couvertures ?
a- Catherine Deneuve
b- Jésus
c- Gérard Depardieu
d- Woody Allen
5/ La célèbre chronique d’Alain Rémond s’appelait :
a- Clin d’oeil
b- Mon oeil
c- Mon Dieu
d- Coup d’oeil
6/ En quelle année a été créée la rubrique ” Ca va mieux en le disant ” ?
a- 1966
b- 1972
c- 1978
d- 1986
7/ Le 3 mai 2000, la couverture de Télérama fait l’éloge :
a- de la lenteur
b- de la paresse
c- du silence
d- de l’ivresse au volant
8/ Télérama est entièrement en couleur depuis le :
a- 15 janvier 1972
b- 26 septembre 1984
c- 6 novembre 1991
d- 13 avril 1996
Réponses : 1b, 2c, 3d, 4b, 5b, 6b, 7a, 8c
Dossier réalisé par Thomas CHOLET, David COULOUME, Claire MAHJOUB,
Elise MAMAN et Tiffanie OSSWALT, dans le cadre du cours d’Histoire de la presse
dirigé par Patrick EVENO à l’Institut Pratique de Journalisme.
Remerciements à Fabienne PASCAUD (directrice de la rédaction), Olivier MILOT (grand reporter), Nicolas DELESALLE (grand reporter) et toute la rédaction de Télérama.
Très sympa votre blog. J’ ai beaucoup appris sur Télérama, que je lis depuis 20 ans. L’idée du Quizz est excellente… ma note était moyenne, donc je suis retourné chercher les réponse. Ludique!
…s!