DETECTIVE

DETECTIVE, 80 ans de faits divers

 

L’Histoire du magazine en 10 Unes

 

Détective, de 1928 à nos jours …

 

De sa création en 1928 à aujourd’hui, le magazine Détective a changé de look et de nom pour devenir Le Nouveau Détective. Si les années 70 marquent un tournant sensationnaliste plutôt négatif pour l’image de l’hebdomadaire, l’esprit de ses fondateurs est resté le même: rendre compte de la misère sociale.

 

1928 : La naissance d’un nouveau genre journalistique

 

A l’origine de Détective, une bande de copains: les frères Gallimard devenus éditeurs, l’écrivain Joseph Kessel, le journaliste judiciaire Marcel Montarron.

Dans leur première équipe, figure même Georges Simenon, qui peu de temps après deviendra le romancier de polars à succès.

Dès l’origine, la ligne éditoriale est claire: faire du vrai fait divers, être au plus proche de l actualité criminelle. A ceux qui l’accusent déjà de voyeurisme, Jospeh Kessel réplique alors, cinglanr: “ Le crime existe, c’est une réalité, et, pour s’en défendre, l’information vaut mieux que le silence ”.

 

Michel Mary, le “Monsieur Détective” arrivé en 1978, revient sur l’essence même du journal.

VIDEO 1 : http://www.dailymotion.com/video/x5izrl_historique-partie-1_news

 

Mais en 80 ans, si l’esprit est resté intact, les méthodes ont évolué. A l’époque “le pont entre les autorités enquêtrices et le lecteur” souhaité par Kessel était bien plus facile à bâtir, selon Michel Mary: “J’ai connu une époque où on avait trois journalistes accrédités à la Préfecture de Police chargés de distribuer l’information à leurs confrères. Et quand on feuillette les journaux de l’époque, on voit que les journalistes sont sur les scènes de crime, suivent les policiers, photographient le cadavre. Maintenant les relations police/ presse se sont compliquées”.

 

Côté visuel, les premiers exemplaires jaunis laissent apparaître une maquette plutôt simpliste : une seule photographie – un portrait, la scène de crime, un dessin d’Angelo Di Marco -, un titre accrocheur “ Détective reconstitue la scène capitale ” (n° 426, Décembre 1936).

 

1970-1980 : Les années scandales

 

Après des décennies de totale liberté, la belle image de Détective se fissure dans les années 70.

VIDEO 2 http://www.dailymotion.com/video/x5izvx_historique2_news

 

Pendant cette période, la politique du journal se centre sur l’impact de vente. “Du sexy, du sexe, du sang avec des histoires un peu inventées” résume ce vieux de la vieille qu’est Michel Mary.

Aux “ unes ” précédentes qui mettaient en avant le fait divers majeur de la semaine, se substituent des femmes quasi-nues et des couleurs criardes. Cette version très controversée se heurte aux mœurs de l’époque.

Comme de nombreuses autres publications, Détective subit les foudres de la loi de 1949 “ sur les publications destinées à la jeunesse ” et de son bras armé, la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence. En cause : l’accroissement de la criminalité juvénile et l’outrage à la femme dont la Commission et le ministère de la Condition Féminine – les rendent responsables.

Une seule solution alors, adoptée par plusieurs éditeurs : publier la même chose sous un autre emballage. On passe alors du Détective à Qui Police. Et les photos interdites en une, on fait le choix du dessin. Mais face à la désaffection croissante du lectorat, l’équipe de rédaction décide de rénover le concept. C’est la naissance du Nouveau Détective en 1980- 1981.

 

1981 : Le Nouveau Détective

 

Le magazine va avoir du mal à se débarrasser de l’image scandaleuse des années 70. Il adopte alors un nouveau nom, une nouvelle maquette. Et regagne la confiance de ses lecteurs.

VIDEO 3 http://www.dailymotion.com/video/x5j01g_historique3_news

 

En une, on fait le choix de la couleur. Le rouge, le noir, le blanc et le jaune constituent désormais la charte graphique.

L’écriture est fidèle à l’esprit des débuts: coller au plus près de la réalité. Et il suffit de regarder la plaquette sur laquelle on peut lire: “ Tant qu’il y aura des passions humaines et des laissés pour compte, il faudra un journal comme Détective ”.

 

Il faut cependant noter le paradoxe entre ce credo et le recours au rewriting, à la scénarisation des faits. “ On a une écriture très proche de la littérature populaire ”, déclarait en 2000 l’ancien rédacteur en chef, Cyril Guinet. Un système qui donne à beaucoup l’impression que les journalistes ne se fixent aucune limite dans l’horreur.

Pourtant, certaines règles sont établies : “ On ne parle jamais de pédophilie ou d’histoire d’inceste. Pour ne pas donner des idées aux gens [...] on passe son temps à s’autocensurer, soutient-il. “ Concernant l’affaire Dutroux par exemple, on savait des choses tellement affreuses qu’on a choisi de ne pas les divulguer ”.

Il s’agit donc de ménager la sensibilité du lecteur mais aussi les familles des victimes. “Par respect”, explique Michel Mary. “ Si au cours de nos investigations nous découvrons des choses qu’elles ignorent, nous n’en parlons pas. ”

Jean-Pierre Maire, qui a quitté Détective à la fin des années 70 pour Le Parisien le confirme: “ Quand vous travaillez sur l’âme humaine, il est nécessaire de se fixer des limites [...] Certaines choses trop gores, dégueulasses, crapoteux, pourraient mettre les gens mal a l aise.” 

 

La déontologie, le respect des familles et le sérieux de l’enquête fondent aujourd’hui la légitimité du Nouveau Détective. Et qu’il s’agissent des journalistes de toujours ou de ceux qui n’ont fait que passer, l’avis est unanime. “Ce magazine, c’est l’école du terrain” clament-ils, convaincus. Un terrain qui leur fournit aujourd’hui des anecdotes savoureuses. “Je me souviens de pythons volés au Museum d’Histoire Naturelle. J’avais dû faire un papier sur ces reptiles vendus au mètre”, raconte Jean-Pierre Maire, dans un sourire.

Un exemple du virage opéré par le magazine. Les faits divers, ce sont avant tout des faits de société, qui mêlent le dramatique à l’insolite.

 

Détective ou l’école du terrain

Le journaliste Jean-Pierre MAIRE a passé près de 20 ans à la rédaction du Parisien. Retraité depuis peu, il se souvient de son année passée à Détective, “une bonne école”:

http://www.box.net/shared/1npapi884o

  

 Les faits divers comme un roman:

“ Plus d’informations, plus de photos, plus de détails. ” Voilà la valeur ajoutée selon Michel MARY, grand reporter à Détective:

VIDEO 4  http://www.dailymotion.com/video/x5j3w5_video-4-modele_news

 

Racoleur ? Vous pensez !

Pour Détective, le scandale est un fond de commerce. Femmes violées, enfants immolés ou meurtres sataniques, le “ magazine d’enquête ” ne recule devant rien pour faire frémir ses lecteurs. Pourtant, Michel MARY, grand reporter au dit journal, se défend de tout sensationnalisme :

VIDEO 5 http://www.dailymotion.com/video/x5j487_sensationnalisme_news

Angelo Di Marco, mémoire des faits divers

Pendant près de 60 ans, ce dessinateur de génie a illustré tous les grands faits divers. Parmi les dizaines de journaux et magazines qui ont publié ces dessins, son meilleur client de 1948 à 1990 est Détective.

                                                        

Femmes égorgées, enfants défénestrés, jeunes filles séquestrées, aucune de ces scènes macabres n’a échappé à la qualité de son trait, à la précision de son pinceau.

Avec son style hyperréaliste, le choix des angles, l’expression des personnages, et l’atmosphère rendue, ses croquis sont autant d’instantanés qui remplacent la photo, impossible à prendre au moment du drame.

Savoir saisir les “ microsecondes avant que l’acte horrible ne soit perpétré ”. La balle suspend sa trajectoire, la lame est à quelques centimètres de la chair. Telle est l’empreinte d’Angelo Di Marco.

C’est ce travail de précision extrême qui, en 1959, permet aux policiers d’identifier un meurtrier… grâce à l’un de ses portrait-robots. Il se souvient: “ On est allés à la PJ et, pendant trois heures, la voisine de palier de la victime m’a décrit le type qu’elle avait entrevu. On a publié le portrait à la une de Détective et, peu après, le gars a été arrêté, explique-t-il. Maintenant, il y a les simulations sur ordinateur. Mais à l’époque, c’était pas mal, non ? ”.

Après soixante ans de métier à saisir l’indescriptible, il admet tout de même avoir des interdits. “ Je n’aime pas trop mettre en scène des enfants persécutés et, en général, je peins les victimes en blanc et les agresseurs en noir, comme ça on ne risque aucune confusion ”, explique-t-il.

Mais cet univers de réalisme où la peur et la douleur côtoient l’insolite, n’exclue pas l’humour ou la dérision, faisant de lui un maître du genre.

Consécration suprême, en 2004 est inauguré à Troyes (Aubes) le Musée Di Marco, entièrement consacré à son art, le Dessin de Faits Divers dans la Presse.

http://www.museedimarco.com/

Plus de dessins d’Angelo Di Marco, ici

Un dossier réalisé par Auriane Boudin, Aurore Chiroix, Lucile Gimberg et Julien Sellier



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