Depuis début octobre, l’association Droit au Logement (DAL) interpelle le gouvernement sur la question des mal logés à travers l’installation d’un campement d’environ 150 familles rue de la Banque (Paris 2e). Malgré plusieurs vagues d’évacuation des tentes par les forces de l’ordre, les mal-logés persistent et réclament des solutions à leurs revendications. Aujourd’hui nombreux sont les peoples qui se mobilisent en leur faveur, il y a un mois nous réalisions un dossier sur la question, retour sur cet état des lieux.

Photographie : Maureen Grisot
Diakité et ses deux filles sont emmitouflées dans leur duvet, la fermeture éclair de leur anorak remontée jusqu’au menton. “Elles ont froid et dorment accrochées à moi”, se désole la jeune maman. Aux côtés des 143 autres familles du mal logés soutenues par le DAL, elles dorment à même le sol, rue de la Banque (2e arrondissement) sous les fenêtres du ministère de la crise du logement.
So-so-solidarité!
Ce matin, la majorité des hommes partent travailler. Les femmes sont en charge de faire vivre la mobilisation, qui dure maintenant depuis plus d’une semaine. Sur le trottoir, tout le monde se connaît. La solidarité reste la meilleure arme contre le froid et le découragement. Samia, la quarantaine, s’agite, danse et hurle dans le mégaphone. “So-so-solidarité! Un toit c’est la loi!” Elle a vécu de longues années dans “la galère des foyers” et même si elle a trouvé un studio depuis, pas question de baisser les bras. Elle milite pour le DAL et partage son enthousiasme sans compter. La voilà qui chante à tue-tête. Les voix usées reprennent en coeur une Marseillaise détournée pour l’occasion.
Il y a deux jours, les CRS sont intervenus pour confisquer leurs tentes. Autant dire qu’il faut déployer une énergie considérable pour garder le moral. Drifa, mère de cinq enfants, est fatiguée. “Ca fait quatre ans, je me balade d’hôtel à hôtel”, explique-t-elle. “On peut même pas rajouter de matelas”. Elle contient ses larmes. Et puis elle tourne son regard vers le groupe de femmes, comme pour se rappeler qu’elle n’est pas la seule dans cette situation inextricable.
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3 QUESTIONS A JEAN BAPTISTE EYRAUD (Porte parole de l’association Droit Au Logement)

Après deux évacuations par les forces de l’ordre, redoutez vous une nouvelle intervention ?
L’intervention est, en fait, permanente. Les gendarmes mobiles nous entourent. Depuis mercredi notre espace se réduit. Nous occupions toute la rue alors qu’aujourd’hui seule une portion de trottoir nous est autorisée. Cette nuit nous avons dormi le nez dans les rangers !
Comment se sont déroulées ces actions policières ?
La première fut violente le 03/10 au métro Ricquet (19ème). Ce lieu constituait notre rendez-vous pour lancer une action, la police a procédé à 62 interpellations. Vendredi dernier, lorsque nous avons été délogés du campement rue de la banque (2ème), les CRS ont piétiné les tentes et ont brutalisé des personnes. Mardi matin, lorsqu’ils nous ont à nouveau évacué, ils ont évité la violence physique, mais être réveillé de la sorte à 5h30 représente une violence psychologique.
Cette tension croissante va-t-elle amener le mouvement à se radicaliser ?
Notre action va prendre de l’ampleur afin d’être davantage médiatisée. Samedi, ici même rue de la banque (2ème), nous organisons un grand rassemblement avec de nombreuses personnalités qui viendront apporter leur soutien aux mal logés.
Ci dessous : L’évacuation du campement par les forces de l’ordre, le 05/10 à 05h, filmée par un amateur.
Dossier réalisé par Alexander Turnbull, Emmanuel Thiery et Julien Sellier, le 11/10/2007.
1 response so far ↓
» Je dors où ce soir? Rue Saint Georges // Nov 15th 2007 at 1:24 pm
[...] Pour plus d’informations, vous pouvez lire le reportage de Julien Sellier sur son blog. [...]
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