8 octobre 2008
It’s a free world
Posted by jrabier under Cinéma | Tags: Cinéma, It's a free world, Ken Loach |No Comments
It’s a free world: une plongée au cœur des dérives du libéralisme
A travers le parcours d’Angie, recruteuse d’immigrés pour des missions temporaires, Ken Loach nous dresse un tableau noir du libéralisme anglo-saxon.
Flexibilité est le nouveau mot d’ordre du système libéral anglais. Angie (Kierston Wareing), l’héroïne du film de Ken Loach en est l’illustration. Enchainant les petits boulots, elle finit par se faire renvoyer de son travail de recruteuse dans les pays de l’Est pour une agence d’intérim britannique. Exaspérée de se faire exploiter, elle décide de fonder sa propre entreprise avec son amie Rose. Du statut de maillon de la chaîne, elle passe à celui de patronne. Recrutant des immigrés légaux, attirés par l’argent de la capitale londonienne, elle les sélectionne tel du bétail dans l’arrière cour d’un pub tous les matins pour ses entreprises clientes. Employés à l’heure, corvéables à merci, ils constituent la main d’œuvre parfaite pour le travail à la chaîne ou les chantiers du bâtiment. Qu’importe le fait que dans leur pays ils soient professeurs ou médecins, ici ils ne seront que les exploités du système. Et Angie devient une exploitante, contournant la légalité et finissant même par embaucher des immigrés clandestins, plus dociles et payés moins cher.
La précarisation croissante en toile de fond.
En réalisant ce film, Ken Loach livre une critique du système libéral qui par la flexibilité du travail précarise les travailleurs, surtout les plus vulnérables que sont les immigrés. Il pointe également du doigt le gouvernement britannique qui ferme les yeux sur ce phénomène, induit par sa politique économique et sociale. Pour lui, Angie n’est qu’un rouage de la chaîne, exploitée puis exploitante, contrainte aux pires injustices pour s’en sortir elle-même, avec l’espoir de pouvoir récupérer son fils confié à ses parents. Magnifiquement interprétée par Kierston Wareing, elle doit se battre dans la jungle individualiste que cache « le miracle anglo-saxon». Ce n’est donc pas le « monde libre » que suggère le titre que filme ici Ken Loach, mais le « monde libéral ». Un monde libéré de sa conscience, presque animal et qui ne vit plus que par la domination des uns sur les autres.