Un petit reportage réalisé avec Sarah Lecoq, Pauline Théveniaud et Tristan Vey.

Les réactions au refus de Nicolas Sarkozy d’extrader l’ex-activiste des Brigades Rouges ne se sont pas fait attendre. L’information, révélée par le JDD du dimanche 12 octobre, est en effet un revirement complet de la part du président français. Et tant du côté italien que français, politiques, acteurs de l’affaire et associations confrontent leur points de vue. Pour l’avocate de Marina Petrella, Maître Irène Terrel, c’est évidemment « un soulagement » comme elle le confie au micro de RFI. Idem pour le compagnon de l’ancienne activiste, très ému sur l’antenne de France Info, lui qui a d’abord « cru à une blague » quand sa fille lui a annoncé la bonne nouvelle.

Mais le son de cloche est différent côté italien où la presse s’est offusquée en Une de cette décision, comme le rapporte la rubrique “vite dit” d’ Arrêt sur images.  La presse internationale s’interroge quant à elle d’avantage au rôle joué par Carla Bruni-Sarkozy et par sa sœur Valeria dans cette affaire. Le quotidien Il Riformista dénonce même un président français qui « au lieu de se comporter en président, s’est comporté en mari ». C’est également le point de vue de Marie Muzard qui, dans son blog rattaché à Bakchich.info, dépeint l’influence de Carla Bruni sur Nicolas Sarkozy de façon humoristique en la comparant à l’influence des femelles chimpanzés sur les mâles.

Le Figaro présente lui de façon plus sérieuse les divergences qui anime la classe politique française sur cette non-extradition et s’interroge sur le retour ou non à la “doctrine Mitterrand” , c’est à dire à la protection des anciens des Brigades Rouges qui se sont réinsérés en France. Le Figaro toujours, nous livre un diaporama-photos qui retrace les grands moments de cette affaire, à  un moment ou elle connait son épilogue. Enfin presque…Bruno Berardi, président de l’association «Domus Civitas Victimes du terrorisme et de la mafia» a annoncé son désir d’entamer une grève de la faim pour obtenir l’extradition de Marina Petrella, comme le rapporte 20minutes.

Le dernier rebond en date nous vient de la principale intéressée, Marina Petrella, qui fait paraître dans Le Monde du 16 octobre une lettre intitulée « Dire ma compassion » ou elle rejette le mot “regret” lui préférant les termes “peine”, “respect profond” et “compassion, si elle est acceptée”. Voilà qui ne manquera pas de relancer le débat entre les pro et les anti-extradition….

Un billet d’humeur inspiré par la mort du leader de l’extrême-droite autrichienne.

Sortie de route

 

Le dernier tour de piste de Jörg Haider, leader de l’extrême-droite autrichienne, lui a été fatal. A force de rouler pied au plancher sur la pente du populisme, on finit par glisser. Auteur d’un come-back remarqué sur le grand circuit électoral lors des dernières législatives, le pilote semblait revenir en course. Mais à trop déraper, on n’évite pas la sortie de route. On ne joue pas avec la mécanique comme on joue sur la peur. Et ce n’est finalement pas l’aigle impérial qui est venu l’emmener, mais bien un cheval cabré sujet à embardées. Dommage qu’il ait fallu un accident pour le mettre hors-circuit. Souhaitons-lui tout de même « bonne route ».

 

It’s a free world: une plongée au cœur des dérives du libéralisme

 

A travers le parcours d’Angie, recruteuse d’immigrés pour des missions temporaires, Ken Loach nous dresse un tableau noir du libéralisme anglo-saxon.

 

Flexibilité est le nouveau mot d’ordre du système libéral anglais. Angie (Kierston Wareing), l’héroïne du film de Ken Loach en est l’illustration. Enchainant les petits boulots, elle finit par se faire renvoyer de son travail de recruteuse dans les pays de l’Est pour une agence d’intérim britannique. Exaspérée de se faire exploiter, elle décide de fonder sa propre entreprise avec son amie Rose. Du statut de maillon de la chaîne, elle passe à celui de patronne. Recrutant des immigrés légaux, attirés par l’argent de la capitale londonienne, elle les sélectionne tel du bétail dans l’arrière cour d’un pub tous les matins pour ses entreprises clientes. Employés à l’heure, corvéables à merci, ils constituent la main d’œuvre parfaite pour le travail à la chaîne ou les chantiers du bâtiment. Qu’importe le fait que dans leur pays ils soient professeurs ou médecins, ici ils ne seront que les exploités du système. Et Angie devient une exploitante, contournant la légalité et finissant même par embaucher des immigrés clandestins, plus dociles et payés moins cher.

 

La précarisation croissante en toile de fond.

 

En réalisant ce film, Ken Loach livre une critique du système libéral qui par la flexibilité du travail précarise les travailleurs, surtout les plus vulnérables que sont les immigrés. Il pointe également du doigt le gouvernement britannique qui ferme les yeux sur ce phénomène, induit par sa politique économique et sociale. Pour lui, Angie n’est qu’un rouage de la chaîne, exploitée puis exploitante, contrainte aux pires injustices pour s’en sortir elle-même, avec l’espoir de pouvoir récupérer son fils confié à ses parents. Magnifiquement interprétée par Kierston Wareing, elle doit se battre dans la jungle individualiste que cache « le miracle anglo-saxon». Ce n’est donc pas le « monde libre » que suggère le titre que filme ici Ken Loach, mais le « monde libéral ». Un monde libéré de sa conscience, presque animal et qui ne vit plus que par la domination des uns sur les autres.