Irlande, le Tigre blessé
Trois ans après être entrée en récession, l’économie irlandaise a du mal à retrouver le chemin durable de la croissance. Les deux premiers trimestres de 2011 avaient entretenu l’espoir que le pire était passé. Mais après avoir progressé de 1,9% puis de 1,4% durant les six premiers mois de l’année, le produit intérieur brut (PIB) a chuté brutalement au 3e trimestre. En recul de 1,9%. Malgré cela, l’économie irlandaise devrait croître de 2,2% en 2011.
Cette situation devrait toutefois se dégrader en 2012 pour l’ancien « Tigre celtique ». La mise en place d’un septième plan de rigueur en trois ans n’y est pas étranger. Augmentation de la TVA, nouvelles taxes ou encore coupes dans les aides sociales et familiales permettront de réaliser 3,8 milliards d’euros d’économies : 2,2 milliards grâce à la baisse des dépenses publiques et 1,6 milliard au titre des hausses d’impôts. Des mesures nécessaires pour réduire une dette qui s’élève à 145 milliards d’euros. « Le budget [2012] est dur. Il se doit de l’être », a commenté le Premier ministre Enda Kenny lors de la présentation des mesures, début décembre.
Une croissance ralentie à cause de l’Europe
Ces décisions drastiques devraient avoir des conséquences sur l’évolution du PIB du pays. Le gouvernement a ainsi revu ses prévisions de croissance à la baisse pour 2012. De 1,6% en novembre, celles-ci ont chuté de trente points de base pour s’établir à 1,3%. Pour l’institut de recherche économique et sociale (Esri), cette prévision est encore trop optimiste. L’organisme ne table que sur un petit 0,9%. « La détérioration de l’économie européenne rend improbable la croissance forte de l’économie irlandaise et le retour de l’emploi », a expliqué l’Esri.
De fait, le ralentissement de la croissance au sein de l’eurozone impacte directement le volume des exportations irlandaises. Celles-ci ne devraient croître que de 3,6% en 2012, en retrait de 20 points de base par rapport aux précédentes prévisions. Seules les grandes multinationales implantées sur l’île (Google, Facebook, Sennheiser,…), attirées par un faible taux d’impôt sur les sociétés (12,5% contre 33,3% en France), tirent la croissance vers le haut. Mais elles ne suffisent pas à cacher la partie immergée de l’iceberg composée d’une multitude de petites entreprises locales. Ces dernières souffrent d’une demande intérieure atone. Et la hausse de la TVA – de 21 à 23% – ne devrait pas améliorer la situation de la population, étranglée par les mesures d’austérité successives. En conséquence, le taux de chômage devrait rester au dessus de 14% jusqu’en 2013, selon l’Esri. Un chômage qui touche en premier lieu les jeunes chez qui il dépasse les 20%.
Ce tableau noir pourrait quelque peu s’éclaircir dans les années à venir. Le déficit public s’est déjà considérablement réduit, passant de 32% (!) du PIB en 2010 à 10% en 2011. Et l’objectif donné par la Troïka (FMI, Banque centrale européenne et Commission européenne) de descendre à 8,6% du PIB en 2012 semble réaliste. De toute façon, l’Irlande n’a plus le choix. La Troïka a prévenu : la cure d’austérité durera au moins jusqu’en 2015 pour espérer repasser sous la barre des 3% de déficit. C’est le prix à payer pour retrouver le chemin de la guérison.
Hadrien Hiault

Un prompteur de la RTE dans le studio de la "news programming". 500 000 euros.

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