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Belfast sous le prisme républicain 11 janvier 2012

Publié par msizin in : Conflit nord-irlandais, Patrimoine , rétrolien

L’association Coiste propose des tours politiques de Belfast. D’anciens membres de l’IRA (Irish Republican Army), souvent ex-prisonniers, animent eux-mêmes les visites de la ville. Une occasion de découvrir la lutte nord-irlandaise sous la perspective républicaine.

Jack Duffin montre la photo d'un article de 1969 sur laquelle il apparaît.


« Ceci est un tour politique. Si vous voulez mon opinion, je vous la donnerai. » Jack Duffin annonce la couleur. Militant passionné de la cause républicaine, il travaille comme guide au Coiste, une association fondée par des anciens prisonniers de l’IRA. Lui n’a pas connu la prison. N’empêche. Il participe à la campagne des droits civiques irlandais depuis 1964. La visite que vous entamez est riche de son expérience personnelle et se dessine sous la perspective nationaliste. « Notre histoire n’est pas enseignée dans les écoles. C’est pourquoi nous existons. »

Certains républicains comparent leur situation à celle des Palestiniens.

Rendez-vous à Divis Street, dans le quartier catholique des Falls, point de départ historique de la guerre civile de l’Ulster (nom de la province qui forme l’Irlande du Nord). C’est dans cette rue de l’ouest de Belfast que les affrontements liés au mouvement des droits civiques explosent le 15 juillet 1969.

« L’Irlande était le jardin de la Grande-Bretagne »

Pour commencer, Jack retrace l’histoire de son pays, de la colonisation du nord de l’Irlande par les Britanniques au XVIIIe à nos jours. Mais il précise la donne. Exemple, la Grande famine causée par la maladie de la pomme de terre. De 1845 à 1848, elle décime environ un million de personnes selon des estimations récentes. Elle provoque aussi l’émigration d’un grand nombre d’Irlandais vers les États-Unis. La population de l’Irlande aurait été réduite aux deux tiers. « C’était un génocide !, s’emporte Jack.  L’Irlande était le jardin de la Grande-Bretagne. Les Britanniques ont pris tout ce qui était disponible pour nourrir leur population et poursuivre leur révolution industrielle. »

Les impacts de balles encore présents sur les murs et les grilles des bâtiments.

Une fois le point historique achevé, la déambulation dans les rues grisâtres et humides de l’ouest de Belfast commence. Jack montre des impacts de balles encore présents sur les murs et les grilles des bâtiments de Divis Street, en face de Percy Street. Un de ses amis a été blessé par l’une de ces balles.

Des peintures en hommage

Le tour nous emmène ensuite auprès des « murals » républicains, ces peintures réalisées à même les façades des bâtiments, qui célèbrent la mémoire des hommes et des femmes tombés au cours de la lutte. Apparaissent ainsi les héros de 1916 (insurrection qui suit la première proclamation de la République d’Irlande), Bobby Sands ou encore Gerry Adams, aujourd’hui à la tête du Sinn Féin. Ils rappellent aussi les principaux événements de la lutte républicaine : les débuts du patriotisme au XVIIIe siècle, la guerre d’Indépendance de 1919 à 1921, les débuts de la guerre civile dans les années 1970, sans oublier la grève de la faim de la prison de H Blocks en 1981…

La porte d'un des Peacelines, entre les Falls et Shankill.

« Les peintures représentent aussi les leaders et mouvements qui ont combattu l’oppression. Ces peuples dont ils sont issus nous inspirent. » À savoir la Révolution française, les républicains espagnols, le mouvement des Civil Rights aux États-Unis, voire Nelson Mandela en Afrique du Sud… « Aujourd’hui, nous nous sentons proches des Palestiniens. La situation est la même : un peuple envahi par un autre avec un litige religieux sous-jacent. »

Les murs, symbole de clivage

Au cours de la balade, Jack évoque ici une marche pour les droits civiques des catholiques, là un échange de tir. Les rues froides du quartier regorgent de souvenirs. Au loin apparaît un immense mur de démarcation. Cette « Peaceline » de grillage et de béton sépare les Falls de Shankill, le secteur protestant et unioniste de l’ouest de Belfast. La ville est parsemée de ce type de cloison. Certaines ont été construites très récemment. Quelques-unes des portes sécurisées qui permettent le passage d’un quartier à l’autre restent fermées le week-end. Aujourd’hui encore.

Mural unioniste dans l'est de Belfast.

La visite se poursuit par une halte à l’Irish Republican History Museum, sorte d’archives de la cause républicaine. On marche ensuite devant le siège du Sinn Féin avant de rejoindre les bureaux du Coiste. La promenade dure plus de trois heures, sous la bruine, dans le froid. Mais riche de discussions passionnées.

Le Coiste organise différents tours, pour un tarif compris entre 8 et 10 euros. Des « murals » existent aussi dans le camp opposé. Certaines associations permettent de découvrir la ville sous le prisme unioniste, comme le Union Jack Shop.

http://www.unionjackshop.com/product_tours.php

Chloé Goudenhooft

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