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« Ce jour sanglant a bouleversé mon existence » 6 janvier 2012

Publié par msizin in : Bloody Sunday, Conflit nord-irlandais , rétrolien

Damien Donaghey, 15 ans le jour du drame, avait reçu une balle dans la jambe.

Damien Donaghey est l’une des quinze personnes gravement blessées lors du Bloody Sunday. Quarante ans plus tard, c’est avec beaucoup d’émotion qu’il revient sur les lieux du drame.

« L’armée britannique ouvre le feu sur moi ici, sur William Street. Vers 16h, une balle me touche à la jambe droite. Je tombe à terre. Je vois du sang se répandre sur mon pantalon, là, juste au dessus du genou. Je réalise alors que je suis blessé. Je n’ai pas la force de me relever. Je crie de douleur. Au loin, j’entends toujours les tirs de fusils des parachutistes. Une panique intérieure m’envahit : j’ai peur de mourir. Dans la cohue, un homme se fraye un chemin. Son nom, je ne l’oublierai jamais : John Johnston (59 ans). Il vient à mon secours, et sans hésiter, il tente de me relever, mais il devient à son tour la cible des soldats. Il est touché lui aussi. Alors, une femme m’emmène chez elle, me bande le genou pour tenter d’arrêter l’hémorragie. On nous transporte ensuite, John et moi, à l’hôpital le plus proche, à environ trois miles d’ici.

 Ce 30 janvier 1972, j’avais 15 ans. Des hommes, des femmes, des enfants, des amis défilent avec moi sous le froid. En milieu d’après-midi, la foule avoisine les 15 000 manifestants dans les rues de Derry. C’est l’Association nord-irlandaise des Droits Civiques qui organise cette marche pacifique pour protester contre l’internement et l’emprisonnement sans procès et à durée indéterminée. Mais les autorités britanniques déclarent cette manifestation illégale. Ce n’est pas une répression policière, mais une chasse préparée à l’avance. John Johnston et moi n’étions pas dangereux. Nous n’étions pas armés. Nous sommes innocents. Et les soldats A et B qui nous ont tirés dessus n’ont même pas été poursuivis.

« Sans John, je ne serais pas ici »

John Johnston meurt six mois plus tard, à l’hôpital, des suites de ses blessures. Moi, j’y suis resté pendant neuf mois, mais je n’ai jamais pu lui parler. Depuis ce fameux dimanche, j’enchaîne les opérations pour tenter de retrouver l’usage complet de ma jambe droite. Mais je n’ai jamais réussi à marcher comme avant. C’est une lutte acharnée pour continuer à vivre malgré la douleur. Quarante ans après cette tuerie, j’aimerais que John Johnston soit à mes côtés. Pour remercier cet inconnu de m’avoir sauvé la vie à William Street. Sans lui, je ne serais pas ici avec vous. Cet homme fait désormais partie de moi, comme ce jour sanglant qui a bouleversé mon existence. »

Propos recueillis par Céline Cabral

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