L’énergie verte, moteur d’Enercoop

Ci-dessous l’article avec lequel j’ai remporté le 1er prix de la bourse Charles Gide, qui récompense chaque année le meilleur reportage en économie sociale.

 

 

 

 

 

5e fournisseur d’électricité derrière EDF, GDF, Poweo et Direct Energie, Enercoop est la seule coopérative de fourniture d’électricité renouvelable en France.

 

Dans les locaux parisiens de Greenpeace, la célèbre ONG environnementale, on se chauffe à l’électricité verte. A bas le nucléaire ! Et vive les ressources naturelles renouvelables ! Eau, vent, soleil, ou matières végétales comme le bois. Mais Greenpeace ne s’arrête pas là et loue un de ses étages à Enercoop, seule coopérative de fourniture d’électricité renouvelable en France.

“Toutes les études montrent que beaucoup de Français ne connaissent pas d’autres fournisseurs qu’EDF” explique Patrick Behm, 50 ans, directeur d’Enercoop, lors de la conférence qu’il anime au salon « Ecobat » sur l’éco-construction et la performance énergétique. Malgré le brouhaha du salon, l’assemblée hétéroclite est concentrée sur l’exposé, intitulé « Electricité, consommez vert ». L’éco-militant décrit un monopole d’EDF qui « possédait tout : de la production à la fourniture d’électricité, en passant par les réseaux d’acheminement. Depuis 2004, deux marchés coexistent. Le marché réglementé, dont les prix sont fixés par l’Etat, et le marché libre ». Aujourd’hui, Enercoop est le 5e fournisseur d’électricité en France derrière EDF, GDF, Poweo et Direct Energie.

9 salariés, 3500 clients au compteur, dont 550 professionnels. Pour l’instant, aucune collectivité locale n’est client. Trop cher. Quant aux professionnels, il s’agit de structures, issues du milieu de l’écologie et de la solidarité, mais de plus en plus de professionnels indépendants les rejoignent. La SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif) connaît un joli succès. Reconnue seule véritable “offre verte” parmi toutes celles existantes en France par l’UFC-Que Choisir, Enercoop arrive également en tête du classement 2007 de Greenpeace “Ecolo Watt”, le comparatif écolo des fournisseurs d’électricité.

 

Soutenir l’essor des énergies renouvelables

 

Eté 2004. Le marché de l’électricité s’ouvre. 22 acteurs au départ, parmi lesquels La Nef, Hespul et Les Amis de la Terre, se regroupent pour soutenir l’essor des énergies renouvelables. Patrick Behm, alors cadre pour la succursale transport de Siemens, prend une année sabbatique. En septembre 2005, la SCIC est créée. Avec Julien Noé, directeur adjoint d’Enercoop, ils réfléchissent longuement au statut juridique, mais pour une “appropriation démocratique de la filière”, la coopérative s’impose. Une personne = une voix, quelque soit le montant apporté. Les membres sont sociétaires, c’est-à-dire qu’ils possèdent au moins une part dans la société, d’une valeur de 100 euros. Patrick Behm rappelle que “l’objectif n’est pas le profit, mais le service public”. De plus, seule une SCIC permet d’associer au capital des collectivités locales. En septembre 2006, Enercoop vend de l’électricité aux professionnels, puis en juillet 2007 aux particuliers. Stéphanie Lacomblez, directrice commerciale depuis deux ans, est convaincue de la finalité d’Enercoop : “Je ne dépense pas l’électricité de la même façon si j’ai porté le projet”. Elle précise que lorsque « l’on a décidé ensemble de l’emplacement des éoliennes, la notion d’électricité n’est plus abstraite. Moi citoyen, je décide de ma coopérative.” Les consommateurs ont le choix, d’être sociétaire ou non. Patrick Behm les surnomme les “consomm’acteurs”, à l’instar de Stéphane Gerbaud, 37 ans, ingénieur en microbiologie. Il loue un appartement à Asnières : “je connais Enercoop depuis ses débuts, mais je suis consommateur et sociétaire depuis janvier 2008, dès qu’il a été possible de revenir aux tarifs réglementés”. Car jusqu’en 2008, à cause du mécanisme d’irréversibilité, en cas de changement d’opérateur, il était impossible de revenir aux tarifs réglementés. Stéphanie Lacomblez déplore un manque d‘information : “Les associations de consommateurs ont bien expliqué le mécanisme d’irréversibilité quand il existait, mais quand il a été supprimé, personne ne l’a su”. En tant que locataire d’un appartement, il est donc désormais possible de choisir son fournisseur d’électricité. Stéphane Gerbaud reconnaît que le tarif Enercoop est plus élevé mais “ce n’est pas entré en ligne de compte dans mon choix. La différence sur la facture est d’environ 25 %, soit 5 à 6 euros en plus chaque mois. J’assimile cet argent à un don pour une association caritative. Je sais qu’il va servir à développer une cause à laquelle je crois, celle des énergies renouvelables”.

 

Garantir une “offre verte”

 

Pour garantir une « offre verte », Enercoop ne produit pas elle-même l’électricité, mais a signé des contrats à long terme avec 20 petits producteurs répartis en France, tous sociétaires. Se pose alors le problème de la traçabilité de l’énergie. Comment prétendre produire de l’énergie verte quand les réseaux d’acheminement –RTE, réseau de transport d’électricité, filiale d’EDF- sont les mêmes que ceux de l’énergie nucléaire ? Comme garantie, Enercoop s’assure que le fournisseur produit 1 kWh d’électricité quand le consommateur a besoin d’1 kWh. La vraie solution étant de produire soi-même son électricité, car plus la distance entre un point de production et un point de consommation est grande et plus les pertes d’énergie augmentent. Joachim Rauhut, 50 ans, est l’un des “pionniers” d’Enercoop. Agriculteur biologique et fromager depuis 25 ans dans l’Aude, il a commencé son activité de producteur d’énergie éolienne en octobre 2006. “Comme je produis du lait, j’ai besoin de beaucoup d’électricité. J’ai alors réfléchi à d’autres façons de me fournir”. Ses deux éoliennes produisent annuellement 28800 kWh. La plus grande partie est consommée par l’exploitation agricole. Le surplus, d’environ 10000 kWh, est vendu à Enercoop, à un tarif approximativement similaire à celui du tarif de vente. Yvon Tilloy, 57 ans, est producteur d’énergie photovoltaïque dans la Drôme depuis deux ans : il possède 21 panneaux de 30 m2, pour une production moyenne annuelle de 3600 kWh. Il a acheté une dizaine de parts à la coopérative. “Il y a trente ans déjà, j’étais persuadé que l’énergie fossile aurait ses limites. Aujourd’hui, je suis content de produire ce que je consomme”. Précurseur, Yvon Tilloy a exercé le métier d’installateur de matériel utilisant les énergies solaires, il forme maintenant de jeunes installateurs.

 

“La panacée écologique dans le mouvement coopératif”

 

Solidaire, écologique, mais également éthique. Enercoop n’est pas coté en bourse, il est donc impossible pour la coopérative de se faire racheter. Le revers de la médaille ? Il est difficile de trouver des investisseurs. Pour les consommateurs, le frein principal reste le prix. “Le challenge pour l’avenir est purement commercial” affirme Stéphanie Lacomblez. Mais avec 200 consommateurs supplémentaires chaque mois, “l’équilibre sera atteint plus tôt que prévu, d’ici la fin de l’année sûrement” se réjouit Patrick Behm. Enercoop pourra alors investir ses bénéfices dans de nouveaux projets de production. De nouvelles antennes locales d’Enercoop pourraient apparaître dans le Nord-Pas-de-Calais et la région Rhône-Alpes. “Si ce modèle aboutit, ce serait une victoire. La panacée écologique dans le mouvement coopératif” s’exclame Stéphanie Lacomblez. D’autres structures similaires fonctionnent bien en Europe, telles que EcoPower en Belgique et Greenpeace Energy en Allemagne, et “ce sont les fournisseurs les moins chers” tient à préciser le directeur d’Enercoop, qui poursuit: “comparé au niveau européen, on se situe dans les prix les plus bas. On finira par avoir l’électricité la moins chère, en France aussi”. La réversibilité est maintenue jusqu’au 1er juillet 2010. Enercoop espère que ce dispositif jouera en sa faveur et sonnera le glas du tarif réglementé. La coopérative attend impatiemment qu’une nouvelle ère commence. L’ère de l’énergie verte.

 

 

ENCADRE : EDF protégé par la législation française

La Commission européenne a fixé un objectif de 20 % d’énergies renouvelables dans le bouquet énergétique global d’ici 2020. Comme chaque Etat-membre européen, la France est soumise à cette obligation, mais ne subventionne que l’opérateur historique EDF.  Le prix du photovoltaïque est, par exemple, très élevé : 60 cts le kW, quand le prix du marché de l’énergie (celui du nucléaire) est de 6 cts. Afin qu’EDF puisse proposer de l’électricité à base d’énergie renouvelable, l’Etat compense la différence entre le prix de l’électricité verte et celui du nucléaire (dans le cas du photovoltaïque, EDF paye les 6 cts, et l’Etat le reste. Enercoop paye la totalité, faute de compensation). Enercoop a déposé une plainte jugée recevable par Bruxelles, qui a demandé des explications à la France. Le sujet a été évoqué au Grenelle de l’environnement et Enercoop attend une réponse d’ici la fin de l’année. En 2006, un amendement a déjà été proposé afin que tous les fournisseurs achetant de l’électricité d’origine renouvelable soient compensés de la même façon qu’EDF. L’amendement a été voté par les principaux partis politiques, y compris le PS et l’UMP. Sauf qu’il avait disparu du texte de loi…



One Response to “L’énergie verte, moteur d’Enercoop”

  1.   rauhut Says:

    Dear Ioana,

    your article is very exact. Small correction : Mister Rauhut operates 2 windpower plants insted of 3.
    I would be glad to extend the park to 3 or 4 plants.

    kindest regards
    J.Rauhut

Leave a Reply

*
To prove you're a person (not a spam script), type the security word shown in the picture.
Anti-Spam Image