La dernière avocate de Mesrine

Par Ioana Doklean et Aurélie Fontaine

Le 2 novembre 1979, Jacques Mesrine est abattu par la police Porte de Clignancourt. Avocate de Mesrine entre 1976 et 1978, Martine Malinbaum, qui a notamment publié en octobre un recueil d’une quarantaine de lettres et de poèmes écrites pour elle par ”l’Ennemi public n°1″, revient sur ces deux années.

Martine Malinbaum lit un poème de Mesrine

Grande, charismatique, les yeux verts. On ne doute pas que Martine Malinbaum ait pu faire tourner la tête des hommes. Mesrine le premier. Agée de 26 ans à l’époque, elle explique sans fausse modestie : ”J’étais un oiseau tout frais qui se posait sur la cage de la prison”. Accueillante, l’avocate reçoit dans son cabinet situé avenue Foch (XVIe arrondissement de Paris). Elle porte un tailleur noir, strict. Un manteau de fourrure est posé sur une autre table, quasi identique à celui qu’elle portait à la fin des années 70. ”Mesrine m’avait désignée pour que je sois son avocate. D’autres détenus de la prison de la Santé que je défendais à l’époque ont dû lui parler de moi”. Aucune appréhension du côté de la jeune femme, qui rejoint alors une dizaine d’avocats défendant Mesrine. ”Il faut replacer les choses dans leur contexte. La première fois que je rencontre Mesrine, c’est en 1976, au Quartier de Haute Sécurité (QHS) de la Santé. Il n’est pas encore l’Ennemi public n°1″.

Plus de détails sur cette première rencontre

 

Martine Malinbaum devient alors source d’inspiration. ”J’étais sa muse. Je ne lui ai pas interdit de m’écrire des lettres et des poèmes, à la seule condition de ne pas avoir à y répondre”. Dans ces courriers à l’écriture soignée, Mesrine évoque les souffrances dues à la prison, à l’isolement. ”Certains disent qu’il s’agit de lettres d’amour, mais je ne suis pas d’accord. Mesrine avait surtout besoin d’exprimer des sentiments. Je comprenais son besoin d’écrire et ce n’était pas désagréable de le lire”. Lorsqu’un avocat rend visite à son client en prison, les parloirs représentent des moments d’ ”évasions intellectuelles, pendant lesquelles on parle de tout”. On apprend ainsi que Mesrine était passionné d’architecture et suivait de près ce qui était dit sur lui dans la presse. Le 8 mai 1978, Mesrine et deux comparses réussissent à s’évader de la prison de la Santé, grâce à la complicité de gardiens. ”Il n’a jamais évoqué avec moi une possible évasion” précise-t-elle. Pendant cette période (mai 1978-novembre 1979), Martine Malinbaum n’a eu qu’un seul contact avec lui : le jour de son anniversaire Mesrine lui a envoyé un bouquet de roses.

L’histoire du bouquet de roses

Le 2 novembre 1979, Martine Malinbaum revient du Palais de justice de Paris en voiture. Aux alentours de 15 heures, la radio annonce la mort de Mesrine. ”Ca fait un drôle d’effet, mais je m’y attendais. D’ailleurs, ça s’est passé comme il me l’a décrit”. Martine Malinbaum s’interrompt dans son récit : une alerte Google lui indique que le film ”Mesrine” a de bonnes chances d’être primé aux Césars. ”Il faudrait quand même que j’aille voir le deuxième” convient-elle. ”La première partie est un ramassis de faits, qui donne l’impression d’un type qui n’est bon qu’à cogner. Le personnage pouvait être violent, mais ce n’était pas de la violence permanente”. Dans le dyptique de Jean-François Richet, la thèse de l’assassinat de Mesrine par la police est privilégiée. Thèse pour laquelle maître Malinbaum s’est toujours battue.

La thèse de l’assassinat

“Mesrine a accompagné ma carrière d’avocate. J’étais jeune, ce n’était pas rien de le défendre”. Martine Malinbaum poursuit son combat : elle a posé un recours devant la Cour Européenne des droits de l’homme (CEDH) pour faire valoir un déni de justice dans le dossier de Jacques Mesrine. Aujourd’hui, elle défend deux prévenus dans l’affaire de l’Angolagate, dont Paul-Loup Sulitzer.



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