Présidentielle et droits de l’homme en Russie
25 February, 2008
Le 2 mars, les Russes éliront leur prochain Président. Le résultat étant connu d’avance, l’espérance d’un changement en matière de droits de l’homme dans le pays est illusoire. La majorité de la population soutient son gouvernement et ne semble pas s’offusquer de cette société liberticide.
Ils sont encore quatre candidats en lice pour la présidentielle russe.Le vice-Premier ministre Dmitri Medvedev, l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski, le communiste Guennadi Ziouganov et Andreï Bogdanov, un quasi-inconnu apparemment fidèle au Kremlin, ont été admis par une commission électorale peu impartiale, à participer à l’élection du 2 mars prochain, qui se déroulera donc sans candidat de l’opposition libérale. Les défenseurs des droits de l’homme, à l’instar de Lev Ponomarev de l’ONG Pour les droits de l’Homme, déplorent quant à eux que “les gens qui aspirent à la démocratie n’auront pas de candidat à la présidentielle”. En effet, de nombreux candidats ont été éliminés d’office par la commission, tel le candidat de l’opposition libérale Mikhaïl Kassianov, tandis que d’autres ont décidé de se retirer de la course, comme l’ancien joueur d’échecs Garry Kasparov. Le résultat de la présidentielle est cependant d’ores et déjà connu. D’après les spécialistes, tout s’est joué en décembre dernier lors des législatives. Medvedev, le dauphin de l’actuel président Vladimir Poutine, crédité actuellement de plus de 82 % des intentions de vote, est assuré de remporter l’élection. Selon la Constitution russe, Poutine, qui est au pouvoir depuis 2000, ne pouvait se présenter pour un troisième mandat. Toutefois, il a affirmé qu’il était prêt à devenir Premier ministre si Dmitri Medvedev gagnait l’élection. Une façon comme une autre de contourner la Constitution.
POUTINE OU LA NEGATION DES DROITS DE L’HOMME
Sous les deux mandats de Poutine, le champ des libertés individuelles et des droits de l’homme s’est considérablement restreint. Le droit de manifester est désormais strictement encadré et souvent bafoué, la justice n’est plus indépendante, le racisme est de moins en moins puni…Mais l’exemple le plus significatif est le musellement des médias. La télévision, seule source d’informations nationale pour 80% de la population, est contrôlée par le gouvernement. Les deux chaînes publiques qui couvrent le pays sont entièrement sous tutelle étatique et célèbrent Poutine quotidiennement. Un an après l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, les journalistes s’autocensurent, preuve que la répression “poutinienne” bat son plein. Pourtant, le gouvernement russe est fréquemment rappelé à l’ordre par la communauté internationale. En octobre dernier, la Cour européenne des droits de l’homme a ainsi condamné la Russie pour ses actions en Tchétchénie, à travers trois jugements qui resteront sans doute lettre morte comme tous les précédents. Pourquoi Vladimir Poutine s’encombrerait-il de ces remarques, alors qu’il est soutenu par l’ensemble de la population russe ? Même dans les grandes villes, où il est plus facile de s’informer grâce à Internet et aux journaux indépendants, comme Novaïa Gazeta, le journal d’Anna Politkovskaïa, les Russes de la nouvelle classe moyenne s’accommodent de ce régime autoritaire simplement parce que leur vie de tous les jours s’est améliorée grâce aux bons résultats économiques de leur pays. Quant à la majorité de la population russe, elle n’a pour l’heure d’autre choix que d’accepter sa situation en espérant vivre un peu mieux demain.
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