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Un pas de géant pour le dubstep
Une file épaisse se presse sur les abords du boulevard Poissonnière à Paris. Il est près de minuit et l’excitation est perceptible. On n’avait pas vu un tel phénomène depuis une dizaine d’années. Le dubstep est en train de se faire une place de choix dans le milieu bouillonnant des musiques électroniques. Et ça commence à s’entendre. Après le Cabaret Sauvage, l’association Splash s’est invitée, le 29 octobre, au mythique Rex Club. En un an, ces soirées dubstep ont migré des salles underground vers les lieux les plus huppés de la capitale.
Si cette musique remporte autant de succès, ce n’est pas le fruit du hasard. « Le secret, c’est le tempo », explique Lucid, l’un des Dj et le coorganisateur de la soirée. 140 battements par minute (bpm), c’est plus que la house (environ 110 bpm), mais beaucoup moins que le drum’n bass (180 bpm). « Les fans d’électro plus conventionnel ne sont pas désarçonnés par le rythme et le public underground répond toujours présent », décrypte-t-il dans l’espace VIP. S’il est aisé d’aimer le dubstep, le définir l’est beaucoup moins. Brutal et mélancolique. Coupé décalé. Une caisse claire suivie d’un grondement de basses. De la noirceur qui rend joyeux. Un style inqualifiable mais identifiable.
Les dj drum’n bass sont condamnés à coupler leurs mixs avec du hip-hop ou du reggae. Ces 140 bpm offrent une palette bien plus large. Un public pop peut y trouver son compte. Le résultat ? Des soirées métissées. Les talons hauts croisent les dreadlocks, les costards plaisantent avec les punks. Des populations aux antipodes ont jumpé ensemble sur le rutilant sound system du Rex Club.
Une démocratisation croissante
Originaire du sud de Londres, le dubstep s’est développé sur la base d’atmosphères urbaines et futuristes. Il n’est apparu qu’au milieu des années 2000 en France. Ses fers de lance sont de cette génération. Jayson, 20 ans, est le leader du groupe 16 Bit, tête d’affiche de la soirée. Cet Anglais a tâtonné entre différents styles pendant une adolescence tumultueuse. Du Ska Punk à la trance en passant par le drum’n bass, il a finit par croiser la route du dubstep il y a trois ans. Son groupe remporte depuis un succès croissant. Nike a même utilisé l’un de ses morceaux pour accompagner l’une de ses publicités. « Pour moi, ça a quelque chose de symbolique, s’enthousiasme le jeune londonien. Que le dubstep gagne ses galons un peu grâce à notre musique fait vraiment plaisir ».
Il n’est pas le seul à surfer sur la vague dubstep. Nul besoin de faire le conservatoire pour identifier les influences de Glitter freeze de Gorillaz ou Attack Music de These New Puritans.
Aujourd’hui, le dubstep est en pleine mutation. Traversé par d’innombrables influences, il est prêt pour le grand saut de la notoriété. Du simple style de musique, il devient un courant à part entière. Si des sonorités comme le minimal ou le drum’n bass ont mis des années à se faire adopter, le dubstep s’est imposé en moins d’un an en France.
Il existe même deux écoles. Les adeptes de l’explosif et les basses vrombissantes d’un côté, les orfèvres et sculpteurs d’atmosphères de l’autre. Sa banalisation, c’est peut être le premier danger pour le dubstep. Selon certains, des artistes comme Rihanna qui le popularise pourraient gâcher son esprit festif, innovant et à la marge. Attention à ce que cette musique ne soit pas victime de son trop grand succès. Ses fans de la première heure lui tourneraient le dos.
Thaïs Brouck
Des testicules artificiels pour chien et chat
Est-ce que vous voulez aider votre chien castré à « conserver son estime de soi », soutenir votre chat dans « le traumatisme associé à la stérilisation »? Les prothèses Neuticles seraient faites pour vous. De 150 à 450 dollars selon la qualité et la taille (réduction si on les achète par paire), l’entreprise américaine propose toute une série de prothèses testiculaires à destination de nos chères bêtes à poils.
Gregg Miller, fondateur de l’entreprise, a eu le premier l’idée d’occuper ce marché de niche (ouah, ouah). Neuticles revendique aujourd’hui sur son site un fichier client de plus de 25 000 cliniques dans le monde.
Prix de l’invention improbable
« Frodo n’a jamais su qu’il avait perdu quoi que ce soit. C’est un petit chien encore plus heureux depuis qu’il a été castré avec Neuticles », témoigne une cliente californienne toujours sur le site de l’entreprise. Gregg Miller s’y vante d’avoir remporté le prix Ig Nobel de médecine en 2005 pour le dépôt du brevet de ces testicules en silicone.
Mais le génial inventeur évite habilement d’expliquer la nature exacte de ce prix, remis chaque année aux recherches scientifiques les plus improbables [1].
Bêtes à concours
En France, les testicules artificielles pour Medor ne rencontrent pas encore beaucoup de succès. « Aucun client ne m’a encore demandé ce genre d’opération, s’étonne le chirurgien vétérinaire Thibault de Courcy. Ce n’est pas dans les mentalités ».
Selon Jean-François Bardet, vétérinaire à Neuilly, la pose de prothèses testiculaires rencontre quand même du succès parmi les propriétaires de chiens à concours. L’ectopie, une maladie qui touche 10% des mâles, prive ces derniers d’un testicule. Des prothèses, achetées en Belgique et installées discrètement en France par des praticiens peu regardants permettent de valider le pedigree des toutous et de participer aux expositions canines.
Anthropomorphisme
« L’opération n’est pas traumatisante pour l’animal si on la réalise en même temps que la castration. Mais les prothèses n’ont aucune incidence sur sa physiologie ou sur son moral », explique le docteur de Courcy. Pas sur le moral du chien ou du chat – tous les professionnels le confirment – mais plutôt sur l’ego de son maître.
Julien Duriez
[1] Le Ig Nobel de médecine 2009 a été remis à deux scientifiques Anglais qui ont démontré que les vaches portant un prénom donnent plus de lait que les autres.
Et plus si affinités
« J’ai l’habitude de sortir essentiellement avec mes amis. Du coup, je croise peu de nouvelles têtes » regrette Charlotte, étudiante à Sciences Pô Paris. Et même dans les lieux que l’on croirait pourtant propice aux rencontres, ces dernières ne sont pas toujours évidentes. Anne fréquente les boîtes de salsa à Paris et constate : « les bons danseurs se connaissent déjà et restent entre eux. Ils ne se mélangent pas ». Mais depuis janvier 2009, elle a trouvé l’astuce : les soirées Agua. Organisées tous les mardis soirs sur la péniche l’Alizée, amarrée quai de la Rapée, elles proposent aux danseurs TaxiBoyz et TaxiGirlz.
Aisément repérables à leur t-shirt noir sur lequel est inscrit leur titre en lettres jaunes, ces salseros font danser tous ceux qui hésitent à se lancer. « Pour un novice, il n’est pas aisé d’évoluer au milieu de danseurs confirmés. Grâce à nos taxidanseurs, ceux qui viennent pour la première fois en profite plus. Cela leur permet aussi de progresser. » explique Léon Rose, danseur professionnel et co-organisateur des soirées. De 22 heures à minuit, quatre taxidanseurs sont présents « pour que tout le monde puisse s’amuser et se mélanger », comme se plaît à expliquer Loubaba, TaxiGirlz de 22 ans. Avec ces collègues, elle enchaîne les pas, pour le plus grand plaisir des danseurs. A peine une demi-heure après l’ouverture, la piste de danses affiche complet. « Ce système est tout simplement génial », s’enthousiasme Anne.
Charlotte, elle, a mis en place une toute autre solution pour élargir son cercle de connaissance. Elle organise des soirées « plus one ». Inspirée d’une série américaine, le principe est simple : chaque invité vient accompagné de la personne de son choix. Une seule règle : ce « plus one » ne doit pas connaître l’organisateur de la fête. Cette étudiante de 24 ans n’a organisé qu’une seule de ces soirée mais en garde un très bon souvenir. Ses invités aussi. Christelle, l’une de ses amies également étudiante, raconte, enthousiaste : « je me suis beaucoup amusée. Et cela m’a permis de connaître certains copains de Charlotte que je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer. » Seul bémol, « certains invités, moins ouverts, qui ne cherchaient pas à se mélanger et restaient avec la personne avec laquelle ils étaient arrivés. »
Pour la sociologue Beate Collet, maître de conférences à l’université Paris IV, ces nouvelles formes de rencontres sont en réalité un « renouveau de ce qui existait avant, adapté au mode de vie contemporain. » Dans les années 1950, les rencontres se faisaient surtout lors des bals ou grâce à des relations de voisinage. Aujourd’hui, elles se font majoritairement sur le lieu de travail ou au sein des établissements scolaires fréquentés. Mais si les lieux de rencontres changent, « la sélection des lieux de sorties et des fréquentations contribuent à unir des partenaires socialement proches », concluent Michel Bozon et François Héran, sociologues et directeurs de recherche à l’Institut national d’études démographiques, à la fin de leur étude portant sur les lieux de rencontres (in La Formation du couple, édition La Découverte, mai 2006).
Socialement proches ou pas, ces rencontres restent souvent éphémères. Le temps d’une danse, à l’Alizée, ou d’une soirée, chez Charlotte. « Après la soirée, chacun retourne à sa vie et à ses proches », commente son amie Christelle. Charlotte pense tout de même renouveler l’expérience, lorsqu’elle aura achevé sa formation. « Quand on est étudiant, c’est finalement assez simple de rencontrer du monde. Mais l’année prochaine, dans le monde du travail, cela sera plus compliqué », anticipe-t-elle.
Viviane Bach



