Les fab labs veulent changer notre manière de produire
Une présentation du fab lab américain CCBC, à Baltimore :
Camarade, lève-toi et produis ! Telle pourrait être la devise gravée aux frontons de chaque fab labs. Abrégé de fabrication laboratory, ces mini-usines permettent, en les programmant par ordinateur, de manufacturer à la demande une vaste gamme d’objets. Livres, pompes à eau, stations météo…Chacun peut à une échelle locale concrétiser son projet. Voilà un raisonnement qui change du schéma de production capitaliste, caractérisé par une consommation de masse et des importations de biens parcourant des milliers de kilomètres. Listés par le réputé Massachussets Institute of Technology qui est à l’origine du projet, les fab labs sont aujourd’hui plus de 200 à travers le monde.
« Ce sont les connaissances qui doivent bouger, pas les produits », résume Nicolas Lassabe, responsable du fab lab toulousain Artilect. Pour ce chercheur en robotique de 33 ans, ces unités de production locale ont le mérite de redonner au consommateur un moyen de fabriquer ce qu’il désire. « Depuis 3 semaines, nous travaillons avec un menuisier qui veut lancer sa propre gamme de meubles, témoigne-t-il, il vient à l’atelier et fabrique ses prototypes, avec pour but de les vendre plus tard ». Nicolas Lassabe espère à terme « renverser le schéma industriel classique ». Pour le moment cet objectif est, il le concède lui-même, au stade de l’utopie. Mais il croit en sa cause : « nous nous efforçons de coopérer avec des industriels locaux, de les associer à nos projets ».
La proximité, c’est l’autre leitmotiv de l’aventure fab lab. Produire ce dont on a besoin à l’aide de matières premières locales, en utilisant largement le recyclage. « C’est plus viable au niveau des ressources locales, plus écologique, on évite d’importer des choses de l’autre bout du monde », soutient Nicolas. Une vision partagée par Yogesh Kulkarni, directeur de l’institut indien Vigyan Ashram qui abrite un fab lab. « Nous voulons apprendre aux gens à ne plus être satisfait par des produits prêts à être consommé offerts par les multinationales, affirme-t-il, ils doivent produire ce dont ils ont besoin avec ce dont ils ont à disposition ».
Dans les pays émergents comme l’Inde, le concept prend tout son sens. « Ils ont une vision beaucoup plus pragmatique que nous », reconnaît Nicolas. Un fab lab sénégalais a par exemple mis au point un modèle de four solaire. En Afghanistan, une antenne wi-fi apportant internet à un village entier a été construite. Vygian Ashram fabrique entre autre des incubateurs d’œufs de poule et des lampes LED. « Nous essayons de donner un pouvoir de production aux habitants, pour qu’ils puissent trouver des solutions eux-même, et démarrer leurs propres business si ils le souhaitent », déclare Yogesh Kulkarni. Seul bémol, selon lui : le coup excessif des machines outils qui équipent les fab labs. Les découpeuses lasers, imprimantes 3D et autres fraiseuses valent parfois plusieurs dizaine de milliers de dollars. Un problème de taille qui doit être absolument résolu, pour permettre au projet fab lab de réellement changer le monde.
Maxime Benoit

